Voir Appendice I, lettres VII et VIII
3. Ces paroles sont belles, mais elles sont d'un homme qui pensait mieux qu'il n'agissait. On ne peut s'empêcher de se rappeler que Cicéron, quelques mois plus tard, au .milieu du bruit de la guerre civile qui commençait, eut quelque mal à abandonner l'espoir du triomphe (cf. Ad Alt., VII, 3, 2; 7, 3). De même, Cicéron, en 54, donnait d'excellents conseils à Trebatius qui, attaché à César en qualité de jurisconsulte, trouvait le séjour de la Gaule fort ennuyeux (cf. Atl fcon., VII, 6, 1 : Tu modo ineptias istas et de^ideria urhis et urhanilalis depone, etc. . . ; ibid., 17, 1). Mais, trois ans après, il regrettait Rome au moins aussi vivement que celui qu'il avait si bien prêché (cf. Ad Ait., V, H, 1; 15» 1; 17, 3; Adfam., 11,12, 2).
100 UN COURhSf'O.NDANT DE CICÉRON
et les juslifications avaient cessé. Pourtant, il comprit que les circonstances pouvaient donner à Appius un semblant de rai?on, que dans tous les cas elles expliquaient sa conduite. Il entreprit donc de plaider encore une fois la cause de leur amitié.
Ses arguments, pour la plupart, nous les connaissons déjà, pour les avoir rencontrés dans les lettres antérieures*. Mais Cicéron les ordonne et les développe : on sent que c'est le dernier effort qu'il tente pour la paix. Il revient rapidement sur les faits, et seulement sur l'aflaire des délégations : des Appiani, de l'incident du [^^ septembre, il n'est point question. Il donne beaucoup plus d'importance à des arguments tirés de la vraisemblance. S'il est honnête homme, peut-on admettre qu'il ait trahi un ami? Et s'il est fourbe, il n'est point sot : pourquoi aurait-il taquiné Appius en telle sorte que, sacs lui nuire le moins du monde, il se fût signalé aux yeux de tous comme nn méchant homme-? — D'ailleurs, quelles raisons aurait eues Cicéron de haïr Appius? ne lui a-t-il pas rendu service plus d'une fois^ prouvant ainsi son dévouement? Et compte-t-on pour rien l'intérêt qu'il a à posséder l'amitié d'un homme dont la nais.^^ance est illustre et la situation éminente^? Ne doit-il pas aller où son intérêt l'appelle, si on le suppose rusé? — Mais c'est la raison, et non point un bas calcul, qui lui commande d'aimer Appius. Tout les rapproche : leurs goûts communs, le charme qu'ils éprouvent à se voir, à causer, à vivre ensemble, enfin l'intimité de leurs relations d'écrivains -^ Ce ne sont là que des liens privés : que dire de ce qui les unit aux yeux de tous? Cette réconciliation qui leur interdit le moindre écart sous