CONCLUSION
Ainsi mourut Ap. Claudius Pulcher, loin du fracas des armes, dans une île tranquille de la Grèce. Il ne fut ni meilleur, ni pire que la plupart des nobles romains de son époque ; la médiocrité même de son esprit et de son caractère font qu'il exprime mieux qu'aucun autre les qualités et les défauts de sa race, de son milieu et de son temps.
Il était très entiché de son nom, très fier de l'illustre lignée de ses ancêtres, où l'on comptait vingt consuls, un décemvir, deux dictateurs, quatre censeurs'. Sa morgue aristocratique se faisait sentir de façon parfois blessante aux hommes comme Gicéron, dont le mérite était grand, mais la race obscure"-. Elle devenait insolence et mépris à l'égard des provinciaux qu'il traitait en Barbares et en sujets. Il avait le sentiment de la grandeur de Rome, et il était, d'instinct, conservateur. Son ambition ne l'égara qu'un moment dans les violences de l'action démagogique.
Il était cupide ^^; mais pas plus que la moyenne de ses con-
1. (S. le tableau généalogique donné par Drumann, G. Fi., II*, p. 140-141.
2. Cf. Ad fam., III, 7, 4 sq. Il n'était cependant pas aussi méprisant que son frère Publius, qui s'écriait en plein Sénat : Qiiid liomini Avpirwli cum aquis calidis? (Ad AU., I, 16, 10).
:^. Cf. son pacte avec les candidats consulaires (plus liaul, p. 39-40) ; Ses exactions en Cilicie (plus haut, p. 65-66). Mais faut-il rappeler que
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temporains, et moins peut-être que son gendre M. Brutus'. Audacieux et eflrGné, comme tous les Claudii, il n'avait pas peur de sa réputation, et il savait en imposer à l'opinion par le cynisme-. Bien qu'il fût jaloux'', querelleur, soupçonneux \ capable de mauvaise foi"' et volontiers ingrat"^, l'effet de pareils défauts était corrigé, dans sa conduite, par ce que ses allures avaient de fier et d'aisé.
Sans être sot", il avait l'intelligence plus Une et subtile que haute et lurge. Il excellait à tourner un texte de loi à son profit : il y avait en lui, comme en tout Romain de race, FétofTe d'un juriste ingénieux •'^. Il avait une compétence particulière en matière de droit augurai. Il prenait d'ailleurs très au sérieux ses fonctions d'augure, et les exerçait en croyant '^ : il avait foi dans la divination, et sous plusieurs
pareilles façons d'agii* étaieut courantes au temps d'Appius? (".icéron ne lit-il pas un pacte avec Antoine, son collègue au consulat, pour partager les bénéfices que celui-ci aurait réalisés pendant son proconsulat de Macédoine? (cf. Drumaun, G. R., l-, p. 394). Quant aux exactions d'Appius en Cilicie, il est sur que Cicéron exagère pour se faire valoir. La preuve qu'elles ne furent pas si scandaleuses, c'est que Dolabella, quand il voulut l'accuser, l'accusa de maicstate, et non de vepetnndis. Enfin, Cicéron lui-même ne gagna-t-il pas pendant son année de gouvernement 2.200.000 sesterces, soit 550.000 francs, qu'il déposa dans une banque d'Asie? (cf. Ad Att., XI, 4, 2).