‹ Un correspondant de Cicéron [microform]: Ap. Claudius PulcherChapitre 29 sur 105 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

pas à aller plus loin encore : Gabinius ayant eu à répondre d'une seconde accusation de repetwidis, Cicéron se chargea de sa défense*.

Ainsi le hasard des intrigues semblait se plaire à séparer Cicéron et Ap. Claudius. Au moment où Appius est amené à combattre l'ennemi de Cicéron, qu'il avait d'abord défendu, on voit celui-ci oublier ses rancunes et défendre celui qu'il détestait. Ce double changement déconcerte au premier abord. Tout s'expUque pourtant quand on observe les rapports de nos deux personnages avec Pompée. Cicéron défendait Gabinius parce qu'il ne pouvait pas être libre sans péril, et que le souci de son salut le faisait l'esclave des triumvirs'^. Appius, au contraire, l'attaquait par un mouvement d'indépendance qui, d'ailleurs, ne l'honorait point. Il se vengeait de Pompée -^ qui avait rendu publique une affaire fâcheuse pour son honneur. Les candidats au consulat, pour l'année 53, étaient : M. Valerius Messala, M. Aemilius Scaurus, patriciens ; Cn. Domitius Calvinus, C. Memmius, plébéiens. La biigue fut effrénée '*. Les deux derniers, en particulier, conclurent avec Domitius Aheno-

4. C'est la plus humiliante abdication où le malheur des temps et sa propre faiblesse aient réduit Gicéroii. Cf., pour sa justification, Adfam., I, 9; Val. Max., IV, 2, 3; Quintil., XI, 1.

2. Nous disons les triumvirs, et noti Pompée seulement, car César intervint aussi pour protéger Gabinius (cf. Dio, XXXIX, 03, 4),

3. Il nous semble plus naturel d'interpréter ainsi la conduite d'Appius que de dire avec Drumann, G. H., II-, p. 163, qu'il voulait faire acheter son silence. Il est vrai que Drumann s'appuie sur un texte de Dion (XXXIX, 60, 3). Mais l'explication de Dion paraît lui être personnelle, et imaginée pour faire pendant à celle qu'il donne de l'attitude de Domitius. Il devait être très mal informé de ce qui touchait à cette affaire de Gabinius, car le texte en question est comme encadré d'erreurs grossières. XXXIX, 60, 1, il prête à Pompée et Crassus, pendant leur consulat, des paroles qui furent eflectivement prononcées par Gabinius un an plus tard, en octobre 54 (cf. Ad Q. fr., III, 2, 2). XXXIX, 61 et 62, il place le débordement du Tibre avant l'arrivée de Gabinius à Rome .• or, Cicéron {Ad. Q. fr., Ili, 7) signale ce malheur comme une conséquence de l'acquittement impie de Gabinius, accusé de maiestate en octobre 54.

4. Cf. Ad Q. fr., II, 14 (15b), 4; Ad Att., IV, 15, l;AdQ. fr., II, 15 16), 2.

barbus et Ap. Glaudius le pacte suivant : les consuls de l'année les feraient élire ; en échange, les élus, pendant leur consulat, trouveraient trois augures pour affirmer qu'ils avaient assisté au vote d'une loi curiate conférant Yimperium à Domitius et à Ap. Claudius : cette loi, ils n'avaient pu encore l'obtenir, et elle leur était nécessaire s'ils voulaient exercer dans leurs provinces un commandement militaire ; en outre, les consuls de 53 produiraient deux consulaires prêts à témoigner que le Sénat avait en leur présence voté les crédits nécessaires au gouvernement des provinces*. Si Domitius Calvinus et Memmius étaient élus, et ne tenaient pas leurs engagements, ils devraient payer à Domitius Ahenobarbus et à Ap. Claudius 40 millions de sesterces"-.

Ce pacte fut dévoilé en plein Sénat par Memmius luimême, à l'instigation de Pompée, avec un luxe de détails accablant. Sans doute l'intérêt, autant qu'une vertueuse indignation, avait poussé Pompée à provoquer cette démarche : il ne voulait pas que les élections eussent lieu, il souhaitait un interrègne à la faveur duquel il se ferait donner la dictature ; or, écarter les candidats pour indignité était un moyen, entre autres, d'empêcher les élections. On devine la fureur d'Appius contre ceux qui avaient fait éclater le scandale, et l'on comprend qu'il se soit tourné contre Gabinius, protégé de Pompée, après l'avoir défendu. Cependant, il ne laissa rien paraître de sa colèi e pendant la séance du Sénat. Son collègue, nous dit Cicéron, était complètement écroulé devant les révélations de Memmius. Lui, il était toujours le même, et comme si rien ne s'était passée D'ailleurs, les révélations de Memmius ne firent que préciser les choses, et rendre public ce dont on parlait tout bas. Dès la fin du

1. Il s'agissait de V ornai lo prouinciae, ou allocation aux gouverneurs, par un vote du Sénat, des troupes, de l'argent, du personnel dont ils avaient besoin.

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