PREMIERS RAPPORTS AVEC CICÉRON
Nous n'avons aucun renseignennent sur la vie d'Ap. Claudius Pulcher avant l'année 75. La date de sa naissance nous est inconnue. Il était plus jeune que Cicéron, puisqu'il n'arriva au consulat que neuf ans après lui, en 54. Si nous admettons qu'il obtint le consulat à l'âge légal (43 ans), nous ferons de l'année 97 la date de sa naissance.
En 75, Ap. Claudius Pulcher accusa de concussion, de pecuniis repetundis, devant le tribunal du préteur P. Lentulus Sura, un propréteur qui revenait d'Asie, Terentius Varro*.
L'accusé avait pour cousin germain l'avocat Hortensius : ce fut lui qui se chargea de sa défense. Il réussit à le faire acquitter, non sans avoir corrompu les juges par l'intermédiaire d'un d'entre eux, Turius, qui était, comme Terentius Varro, son cousin germain^.
1. Cf. Pseudo-Asconius, in Diuinationem, Orelli, V, 2, p. 109 et 110.
2. Le Pseudo-Asconius nous raconte qu'Hortensius imagina à cette occasion un moyen ingénieux de contrôler les juges qu'il avait achetés. Il leur fit distribuer des tablettes enduites de cires de différentes couleurs : l'auteur de chaque vote devait se reconnaître à la couleur de la
Ces faits ne nous apprennent rien sur le caractère d'Ap. Glaudius : il fit ce que faisaient beaucoup de jeunes gens à son époque, qui commençaient à se faire connaître en accusant devant les tribunaux un magistrat sortant de charge * Mais retenons que sa première expérience des hommes le mit en face de la corruption. 11 sera juste de nous en souvenir, si plus tard nous le voyons lui-même peu embarrassé de scrupules.
L'expérience qui suivit lui fit connaître ce qu'étaient les Romains hors de Rome. Quatre ans après le procès de Varron, en 71, nous le trouvons en Asie, aux côtés de Lucujlus. Ce géuéral avait épousé une Clodia, la plus jeune sœur d'Appius. Apparemment, il avait emmené son beaufrère comme légat. Ce que fit Appius dans cet emploi, quelles qualités il y montra, quels enseignements il en put retirer, c'est ce qu'il importe que nous étudiions : car, d'abord, à la lumière des événements de cette année 71, nous verrons se dessiner ijuelques traits du caractère d'Appius; en outre, quand, vingt ans plus tard, il retourna en Asie, à coup sûr les impressions qu'il avait gardées de son premier séjour ne furent pas sans influence sur sa conduite.
C'est à Plutarque que nous devons de connaître le rôle d'Ap. Claudius Pulcher en Asie^^. Lucullus, après une brillante victoire sous les murs de Cyzique, avait forcé Mithridate à se réfugier chez son beau-tils, Tigrane, roi d'Arménie. Il s'occupait de soumettre aux Romains les principales villes
tablette. En sorte que tous les juges, dans la crainte d'un semblable contrôle, restèrent fidèles aux engagements qu'ils avaient pris. Le souvenir de cette corruption se perpétua assez longtemps pour qu'Horace y fît allusion dans une de ses satires : Sat., II, 1, 49 : Grande malum Turius, si quid se indice certes.
1. Cf. dans Pro Caelio, XXX, 73, quelques lignes qui sont la justification, indirecte et involontaire, d'Appius : « [Caelius] voulut, selon un vieil « usage, à l'exemple de ces jeunes gens qui, par la suite, devinrent dans <( la cité des hommes éminents et des citoyens illustres, faire apprécier au « peuple Romain son activité, en accusant quelque personnage en vue >.