Pro Sulla, XIV
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3 décembre, un compte rendu infidèle. Gicéron répondit à cela qu'il avait chargé un certain nombre de sénateurs d'écrire tout au long ce qui se dirait pendant cette séance si importante. « Et quels hommes avais-je choisis! Ils n'étaient « pas seulement pleins de mérite et de loyauté, — de « pareilles gens sont légion au Sénat — mais je savais aussi (( que leur mémoire, leur haute culture, la rapidité de leur « écriture leur permettraient plus qu'à tout autre de suivre « facilement tout ce qui se dirait : c'étaient G. Gosconius, € alors préteur, M. Messala, qui était candidat à la préture, « P. IVigidius, Ap. Glaudius. Je crois qu'il n'est personne pour « penser que ces hommes-là aient été empêchés de faire un « rapport exact par manque de foi ou insuffisance d'esprit )). De G. Gosconius, Gicéron parle fort peu, et de façon insignifiante, dans ses lettres ou ses ouvrages. Mais Messala était de ses amis, et Nigidius parmi les plus intimes. Il y a donc dans l'énumération de Gicéron comme une progression, dont le nom d'Appius est le dernier terme. Remarquons en outre que Gicéron dit Ap. Claudium tout court, sans nulle désignation particuhère, comme si ce nom illustre était à lui seul assez éloquent.
Tout ceci ne laisse pas d'être très flatteur pour Ap. Glaudius. Sans doute, Gicéron était forcé, pour les besoins mêmes de la défense, de louer très haut les rédacteurs du compte rendu. Deux faits pourtant doivent être retenus :
1« Pendant son consulat, Gicéron a choisi Ap. Glaudius pour une fonction déhcate.
2o Les termes dans lesquels il rappelle ce choix, l'année suivante, prouvent d'abord qu'il tenait Ap. Glaudius en très haute estime ; et ensuite que ce personnage jouissait alors, malgré son jeune âge, de tout le prestige d'un grand nom qui est porté sans indignité.
Qu'Ap. Glaudius ait été, dans la lutte contre Gatilina et ses complices, un collaboiateur de Gicéron, il n'y a là rien qui doive nous étonner. Publius lui-même, si l'on en croit Plu-
tarque, fut pour le consul un auxiliaire dévoué et un garde du corps*. Il est hors de doute que l'inimitié de Gicéron avec P. Glodius et avec la gens Glaudia tout entière date de ce fameux procès de Gi, où Glodius, accusé de sacrilège, vit Gicéron témoigner contre lui. On connaît les faits : Glodius avait réussi à pénétrer dans la maison du préteur G. Julius Gaesar le jour où l'on y célébrait la fête de la Bonne Déesse; les femmes seules avaient le droit de participer à à cette cérémonie : il s'était déguisé en femme. Mais des esclaves le reconnurent. Ge fut un grand scandale : les augures et les pontifes, consultés, conclurent au sacrilège, et Glodius fut traduit en justice. Il fournit un alibi : le jour où l'on avait célébré dans la maison de Gésar la fête de la Bonne Déesse, il était, disait-il, à Interamna, à quatre-vingt-dix milles de Rome. Mais Gicéron vint témoigner que trois heures avant la profanation des mystères il avait reçu, à Rome, la visite de Glodius. Gette intervention n'amena pas la condamnation de l'accusé ; elle devait faire le malheur du témoin.
Quels motifs poussèrent Gicéron à prendre si violemment parti contre PubUus? Ils restent assez obscurs; pourtant, il ne sera pas inutile de chercher à s'en faire une idée, pour mieux comprendre les rapports ultérieurs de Gicéron et d'Appius. Gicéron fut d'abord sincèrement indigné du sacrilège commis. Bien que sceptique, il entendait qu'on respectât les choses de la religion. D'ailleurs, un souvenir ému se rattachait pour lui à cette fête de la Bonne Déesse. L'année précédente, en 63, elle s'était célébrée chez lui, le soir du jour où il avait fait arrêter les complices de Gatilina ; une sorte de prodige en avait marqué la célébration : on vit tout d'un coup s'élever sur l'autel, du milieu des cendres, une flamme immense; les Vestales virent là un présage favo-
1. Plut., Cic, 29 : Ktxsptov 8't]v {jlèv aÛToy çt'Ào;, xal tôjv repl KaxiXi'vav 7rpaTTotx£vcuv ê-/p^TO zpoGuuûTdToj auvspyfp xal çuÀaxt tou ffoifiaro;...
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rable, et Terentia s'empressa d'aller porter à son mari l'heureuse nouvelle*.
Cicéron jugea donc d'abord l'acte de Publius < avec la sévérité d'un Lycurgue d "^. Mais la personnalité de Clodius n'était pour rien dans la rigueur de sa réprobation : il écrivait à Atticus, le 25 janvier : « Tu as entendu dire, je pense, qu'un homme a assisté, déguisé en femme, au sacrifice qui se faisait pour le peuple dans la maison de César j> l € Un homme » : il n'envisage que ce que l'incident présente en général de répréhensible. Il était même, au moment où il écrivait cette lettre, disposé à l'indulgence. Il voyait, autour de lui, beaucoup d'honnêtes gens céder aux prières de Publius : il sentait son indignation se fondre chaque jour un peu.
Mais, le 13 février, ses dispositions sont changées '\ Il a pris parti : d'un côté il y a les optimales, les boni, Caton, le consul Valerius Messala, Favonius, Hortensius; de l'autre, perditae res atque partes ^ : c'est là qu'on trouve, à côté de Clodius, Curion et son fils, le consul Pison, le tribun Fafius. Au cours des débats sur la juridiction à laquelle Clodius serait soumis, Cicéron se jette avec ardeur dans la bataille : Quas ego pugnas et quantas strages edidi^î
En somme, l'étude des lettres à Atticus I, 13, 14 et 16, conduit à distinguer trois attitudes différentes de Cicéron dans l'affaire de P. Clodius:
1° Décembre 62 — janvier 61. Sévérité sur l'acte commis, sans nulle animosité contre son auteur.
2o Vers le 25 janvier. Dispositions à l'indulgence.