Ad Ait., VI
« souvenir des vains propos qui vous ont été tenus par les « gens de la province »i. G'est qu'il comprenait parfaitement quelle était la raison véritable de l'attitude d'Appius : une irritation qui n'avait sa vraie cause dans aucun fait précis, une jalousie qu'entretenait la vue de la province gouvernée par un autre et selon d'autres méthodes ; l'air du dehors dissiperait peu à peu cette mauvaise hum.eur.
Un médecin est naturellement irrité contre le confrère à qui l'on confie un de ses malades, et qui le traite autrement qu'il n'a fait lui-même-'. Pareillement, Appius sentait dans l;i conduite de Gicéron comme un désaveu public de la sienne. L'alTaire des délégations lui oiïrait un prétexte à accuser Gicéron d'hostilité : il s'en empara, et s'y tint si ferme, qu'au moment même où leurs relations étaient devenues très amicales, il obligea Gicéron à se justifier de nouveau. Gicéron sut calmer Appius sans renoncer à vouloir gouverner mieux que lui. Jamais il n'abandonna le dessein de panser les blessures qu'Appius avait faites. Le 20 février 50, il écrivait à Atticus : « Il paraît qu'Appius me rend grâces (( à présent : je n'en suis pas fâché. Mais cela n'empêche « point que je ne médite, aujourd'hui même, l'abolition c( de certaines choses qu'il a décrétées ou faites contre la « justice ))'\ Sans doute, il lui fit des concessions : il laissa les villes libres de consacrer à l'envoi des délégations la somme qu'elles voudraient»; il laissa les Appiani lever de nouveaux impôts pour bâtir leur édifice ^ Mais, dans l'un et l'autre cas, il maintint l'obligation pour les villes de ne lever aucune taxe sans son aveu : en sorte que, s'il interpréta largement les règles qu'il avait Axées dans son édit, on peut dire néanmoins qu'il n'y fit pas de déro-
\. Ad fam., m, 8, 1.