‹ Un correspondant inconnu de LamennaisChapitre 2 sur 37 · Béranger et Lamennais, p · texte numérisé non relu

Béranger et Lamennais, p

lune en achetant et mettant en valeur des terrains et des immeubles qu'il revendait ensuite. Ses affaires, qui l'obligeaient à voyager, le tenaient souvent éloigné des siens. Sa femme, au contraire, d'un tempérament maladif, d'une excessive nervosité, menait cette existence sédentaire et toute repliée sur soi qu'exigeait sa santé. Cet état qui eût éloigné tout autre que Lamennais, eut plutôt sur lui quelque attrait : sa nature frêle et souffrante se plaisait à retrouver en M™'' Clément comme un écho des inquiétudes et des angoisses du corps dont il fut tourmenté toute sa vie. Du reste, avec une intelligence moyenne et qui ne s"élevait guère aux spéculations du philosophe, M"'<^ Clément avait un cœur excellent, naïf, simple, et tout ardent à se dévouer. Ainsi, par les lacunes de son esprit ou les faiblesses de son tempérament, comme par les richesses d'une nature spontanément généreuse, elle devait s'attirer la confiance et l'amitié d'un génie qui plaça toujours les qualités de l'âme bien au-dessus de celles de l'esprit, qui ne supportait guère les prétentions littéraires chez les femmes, et qui, douloureusement sevré de ces joies du foyer dont il cherchait partout l'image, passait tout à l'humanité, hors les vices du cœur.

A partir de juillet 1836 les relations enlie elle et Lamennais prirent un caractère d'intimité véritable. Elle habitait alors rue d'Alger avec son mari, leur lils Charles, âgé de treize à quatorze ans, et le jeune précepteur que nous connaissons déjà. Elle réunissait à sa table quelques-uns des hommes les plus en vue du temps : Mignct, Lafayette, Ampère, Charles Didier, Mauguin, députe, plus tard avocat de Lamennais dans son procès de 1840. Lamennais figura plus d'une fois à ces dîners où il ne se montrait jamais, parait-il, qu'assisté de Charles Didier, le jeune auteur de Rome souterraine, qui semblait alors, nous dit un contemporain, l'écuyer du guerrier Breton. La publication des Paroles d'un Croyant en 1834, la rupture pressentie ou récente des Affaires de Rome^, la direction du Monde qu'il assumait-, faisaient de lui le plus illustre et le plus écouté des convives. Objet des prévenances de la maîtresse de maison et le voisinage aidant — il habitait alors au coin de la rue du 29-Juillet et de la rue de Rivoli — il prit si bien ses habitudes chez elle, qu'il se laissa persuader, en quittant Trémignon, d'aller passer auprès d'elle les mois de juillet et d'août 1837 au château de Frescu ou de Sans-Souci, près de Sézanne, dans la Marne. C'est là, dans ces grandes plaines de la Champagne crayeuse, à moitié stériles bien que cultivées, humides sans verdure, dés<Tles sans élre agrestes, « l'un des pays les plus désagréables qu'on puisse habiter^ », mais dont la désolation lui rappelait du moins ses landes bretonnes, c'est \h, dis-je, qu'il composa lo Livrr du Peuple. Chaque soir, au retour de la promenade, à la clarté d'une lampe, il lisait à ses hôtes son travail du jour : soiré* s qu'il convient d'évoquer dans leur intimité discrète, où tout s'olfre à souhait pour encadrer ces pages modestes, mais fécondes, ces pages qu'il l'audtait lire ainsi, pn-s de la lampe familiale, au déclin du jour Unissant.

.M. <'t M""" Clément entouraient Lamennais de soins prescpie loligieux*, et lui-même, avec un dévouement qui n'était pas sans lui |)oser un pou, remplissait a I occasion au[uès d'eux le rôle de garde-malade ■. Le rêve fut, naturelleuMMit, de reprendre celle vie de famille à Paris, il (juand Lamennais s'y rendit le L'il août 1837, ramenant ses holes rue d'Alger, il était déjà convenu en principe qu'il habiterait le plus tût possible avec (;ux un liûtel qu'ils devaient louer aux Champs Elysées. Il partit, laissant M"" Clénienl la télé

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