N- 55 du ms. Adresse : M- Z. Clément, rue d'Alger
3. N" 56 du ms. Lamciinais vient de passer deux mois au château de Sans-bouci,
l'inquiétude que me causait ce long accès de fièvre qui vous a tant fatiguée. Enfin, vous en voilà quitte, et vous pourrez bientôt aller reprendre sur les bords de la mer les forces dont vous avez besoin. Mais je ne saurais trop vous supplier de ne négliger pendant ce voyage aucune des précautions que nécessite votre santé délicate. Surtout, gardez-vous du froid qui commence à se faire sentir le matin et le soir, et même au milieu du jour, lorsque le vent vient du Nord. Je veux, quand je reviendrai, vous trouver vous et Charles, non seulement rétablis, mais plus forts que vous ne l'étiez avant cette malheureuse fièvre tierce.
Mille grâces de la bonté que vous avez eue de faire retirer ma clé. Nous serons à merveille dans le joli hôtel de la rue Marbœuf, et, comme vous le dites, en n'y entrant que le 15 octobre, vous aurez le temps de le faire disposer de la manière qui vous conviendra le mieux. Reste à savoir toutefois si les propriétaires seront raisonnables, car s'ils avaient des prétentions exagérées, il vaudrait mieux chercher autre chose, et après tout vous ne manquerez point de maison.
Je vous ai mandé quel était dans celle-ci notre genre de vie. Quoique le temps n'ait pas été beau, j'ai pu cependant sortir tous les jours. Hier nous allâmes dîner à une demi-lieue du Faite, chez M. de Musigny. Nous revînmes vers dix heures en char découvert, par un vent très froid, et une pluie qui ne l'était pas moins. Personne ne s'en est ressenti. Il ne faudrait pas vous inquiéter ni vous étonner, si je ne vous écrivais pas très exactement. Nous avons le projet de faire plusieurs excursions assez longues. Aucune pourtant ne durera, je pense, plus de deux ou trois jours.
Ne grondez point Auguste, et laisse,'; ce pauvre enfant s'amuser et vivre à sa guise pendant les quelques semaines qu'il doit passer à Sans-Souci. Il n'en retrouvera peut-être pas des pareilles d'ici longtemps.
Il me larde de vous revoir, vous et notre si cher petit Charles. Ce sera pour la fin du mois, et quinze jours après nous serons, j'espère, établis dans la môme saison (maison?).
Mille amitiés ;i M. Clément. Pour la vie, tout h vous.
Lt; Faite, :\ seplcml)ro 1837.
' Doux mois sculcmeiil pour aujourd'hui, parce ([u'on m'emmène il rinslant rnéme je ne sais où. Je suis ravi (rai)preiidre (juc la lièvre vous a enfin quittée. Ne regrettez pas (pie vulre voyage du Havre ait été rel.'irdé, «'l ne vous mêliez en route ([ne par un beau temps. Ici, depuis rnon arrivée, nous avons (!U une pluie pres(|ue conlinuelle. Ce ser.iil insupportable en voyage;. Nous devons aller ii Aulun, à Dijon, et on
chez M"* CAtmvnl. Il (!sl mainli-nanl cii UourROKne, chez sa coiiHiiir, M"" Chaiiipy- UoiHcrnnd.
1. N» 'il du tiiH. AiIrcHsc : M"" '/.. (^léiin'iil, nu; «l'Alger, 12.
d autres lieux encore, mais rien ne m'empêche d'être de retour à Paris au plus tard à la lin du mois. Dites, je vous prie, à M. Clément, combien je suis touché de son affection, qui ne peut être plus vraie que la mienne. J'embrasse tendrement mon petit Charles. A vous de tout cœur et à jamais. F. L.
Au Faîte, le 6 septembre 1837.
' J'avais toujours oublié de vous dire avec combien de plaisir j'avais appris la guérison de Marie, et que vous l'aviez maintenant près de vous. Vous avez dô. souffrir beaucoup d'être sans femme de chambre pendant votre fièvre. Puisque vous ne l'aviez pas ressentie le 3, j'espère que vous en êtes décidément quitte, mais vous ne sauriez trop vous précautionner contre son retour, surtout par un temps aussi humide que celui que vous avez. Il serait bien imprudent de songer au voyage du Havre pendant qu'il durera. Vous n'y auriez, du reste, aucun agrément, obligée que vous seriez avec Charles de garder la chambre presque sans discontinuation. En ce cas-là une auberge n'est guère plus amusante qu'une prison. Depuis mon arrivée ici, nous n'avons pas eu non plus un seul jour sans pluie. Au moment où je vous écris, il y a vingt-quatre heures qu'elle tombe, et rien n'en annonce la fin. Trois fois j'ai sorti {sic) en char découvert, et trois fois j'ai été plus ou moins trempé. Heureusement que je ne m'en suis pas ressenti le moins du monde. Nous partirons le 9 pour Autun, où il y a beaucoup de choses à voir. J'ignore combien de jours nous y resterons. l\ est question aussi de plusieurs autres petits voyages, à Dijon, à Sainte- Reine près de Semur, et ailleurs. Hier nous nous mîmes en route pour un lieu nommé je crois, Arsilly, où se trouve le réservoir du canal de Bourgogne, ouvrage magnifique; la pluie, qui nous prit en chemm, nous obligea de revenir avant d'avoir atteint le but de notre promenade. On m'a fait mille instances pour prolonger jusqu'en octobre mon séjour au Faîte, mais il a été enfin convenu que je partirais le 28 septembre; ainsi j'arriverai à Paris tout juste à la fin du mois. Si vous avez conclu, comme vous pensiez que vous pourriez le faire, pour l'hôtel de la rue Marbœuf, vous aurez le temps de prendre d'avance tous vos arrangements, de manière à ce que rien ne vous empêche de l'occuper à la mi-octobre. Je serais heureux à mon retour, de vous épargner, si je puis, quelques soins. Le pauvre Charles doit s'ennuier, et j'en ai bien du regret. Ce qui peut le consoler un peu, c'est qu'en vérité il s'ennuierait également partout dun temps semblable, et plus encore en voyage qu'à Paris; car je ne sache rien de si triste que d'être hors de chez soi, lorsqu'on ne peut ni aller ni venir, et qu'on en est réduit, pour tout divertissement, à regarder dans la rue les gens qui passent, à travers