HENR1QUE
— Va ! chien impudent ! c'est pour t'apprendre à ne plus répliquer quand je parle, dit-il enfin en le lâchant. Emmène le cheval et étrille-le soigneusement. Je saurai bien te mettre à ta place !
— Mon jeune massa , observa Tom, Dodo allait sans doute vous dire que le cheval s'est roulé par terre comme il le faisait sortir de l'écurie ; il est si vif ! C'est de cette manière qu'il s'est sali. Je l'ai vu l'étriller ce matin.
— Retenez votre langue jusqu'à ce qu'on vous interroge ! dit Henriqueavec hauteur; et tournant les talons il monta l'escalier pour rejoindre Eva, qui était là, revêtue de son costume d'amazone.
— Chère cousine , je suis fâché que ce stupide garçon vous fasse attendre si longtemps, dit-il. Asseyonsnous ici, sur ce banc, jusqu'à ce qu'il ait réparé sa faute. Mais qu'avez-vous, cousine? vous paraissez si triste?
— Comment pouvez-vous être si méchant et si cruel envers ce pauvre Dodo? lui dit Eva.
— Méchant ! cruel ! répéta le jeune garçon avec surprise. Que voulez-vous dire, chère Eva?
— Je n'aime pas que vous m'appeliez chère Eva, quand vous agissez ainsi, répondit-elle.
— Chère cousine, vous ne connaissez pas Dodo; c'est le seul moyen de le corriger de ses ruses et de ses mensonges. Il faut Thumilier et ne pas lui laisser ouvrir la bouche ; c'est toujours ainsi que fait papa.
— Mais l'oncle Tom vous a assuré qu'il n'y a pas de sa faute, et Tom ne dit jamais que la vérité.
— Alors, c'est une rareté que ce vieux nègre! s'écria Henrique ; Dodo dit autant de mensonges que de paroles.
— Vous le forcez à mentir en le traitant de cette manière.
— Vraiment, Eva, vous prenez tant d'intérêt à Dodo que je vais en être jaloux.
— Mais vous l'avez battu, et il ne le mérite pas.
— Eh bien! cela fera compensation avec une autre fois où je ne le battrai pas quoiqu'il le mériterait... C'est un mauvais drôle que ce Dodo, vous pouvez m'en croire ; les coups ne peuvent que lui faire du bien ; mais à l'avenir je ne le battrai plus devant vous, puisque cela vous fait de la peine.
Eva n'était pas satisfaite , mais elle ne parvint pas à faire comprendre ses sentiments à son cousin. Dodo parut bientôt avec les chevaux.
— Allons,, Dodo, c'est assez bien cette fois, lui dit son jeune maître d'un air plus gracieux. Et maintenant, tiens le cheval de miss Eva, pendant que je l'aiderai à se mettre en selle.
Dodo s'approcha pour tenir le poney d'Eva. Son visage était bouleversé ; on voyait qu'il avait pleuré.
Henrique, qui se piquait d'être très-galant, eut bientôt placé sa jolie cousine sur la selle ; puis rassemblant les rênes, il les lui remit.
Mais Eva se pencha vers Dodo, de l'autre côté du cheval, et lui dit au moment où il lui remettait la bride :
— Vous êtes un bon garçon ; merci, Dodo.
Dodo leva des regards étonnés vers ce doux visage ;