‹ Un curé d'autrefois [microform]Chapitre 10 sur 106 · Le séminaire des · texte numérisé non relu

Le séminaire des

asile au nombre de 7 ou 8. Nous avons passé tout rhiver en petite coterie. Nous nous sommes entretenus de nos anciennes histoires, de nos malheurs passés, présents, futurs; nous avons formé les plus beaux châteaux que l'Espagne ait jamais vu bâtir ; nous avons ri, nous nous sommes amusés et j'étais content.

« A l'approche de l'été, la petite troupe s'est dispersée : je me suis trouvé presque seul, obligé par conséquent de former une nouvelle société. On veut bien m'y accueillir ; je m'y prête de mon mieux; mais ce ne sont pas même façon, même manière et je suis comme le poisson hors de l'eau. Vous appellerez cela rudesse, insociabilité, pour tout dire en un mot : jésuitisme ; tout ce que vous voudrez; mais il est bien difficile de se refondre, et puis à quoi bon? Tout ce que je vois de vrais ecclésiastiques aiment, estiment, respectent les jésuites. Faut-il devenir abbé poupin, abbé petitmaître pour cesser de leur être attaché? Vousmême ne me conseilleriez pas pareille métamorphose.

. (( Pour mes connaissances en ville elles sont bien bornées :

« MM. du Botdéru, de Quélen et de Rieu, voilà le cercle que je parcours de temps à autre. Vingt fois j'ai eu envie d'allerchezM. de Crénelles; mais qu'ont de commun un jeune colonel et un séminariste? D'ailleurs je ne sais pas trop bien son adresse et je n'aime point aller d'hôtel en hôtel derhander quelqu'un.

« Yous voilà bien instruite, ma très chère sœur, mais de choses qui certainement n'intéresseront que vous. L'amitié que vous avez pour moi a seule pu me déterminer à vous les mander. Soyez sûre que je vous rends bien la pareille; tout à vous,

« L'abbé de Talhouët. »

Deux ans s'écoulèrent pour lui dans ces études et ces relations. Il avait continué à monter les degrés de l'autel : le sous-diaconat et le diaconat lui furent conférés les 19 mars et 24 septembre 1763 par l'illustre Christophe de Beaumont, toujours attentif à combler les vides du sanctuaire, et ce n'est pas sans quelque émotion que nous voyons sur les pièces originales, à côté du nom du jeune ecclésiastique qui gardait au cœur l'amour de la Compagnie de Jésus, la signature de son plus intrépide défenseur.

Pendant le carême de 1764, Mgr de Bruns de Monllouet, son compatriote, conférait à notre abbé la prêtrise et l'armait pour les vicissitudes de sa vie.

Elles commençaient déjà:

Sans doute, quelques amis confiants aimaient à se bercer encore de l'espoir que les Parlements rebrousseraient chemin sur la voie de l'injustice : les protestations nombreuses et imposantes de l'épiscopat, de la noblesse et même d'un assez grand nombre de magistrats les entretenaient dans cette pensée. Le P. de Talhouët, en écrivant : « Le bruit court fort à Paris que les Etats de Bre-

tagne demandent le rétablissement des jésuites, » faisait allusion aune nouvelle qui n'était pas tout à fait sans fondement. Mgr de Berlin, évoque de Yannes, s'élevait vivement contre les Assertions attribuées à des écrivains de la Compagnie de Jésus et dont ses ennemis voulaient se prévaloir contre elle *. Dans les États de Bretagne, la même année, plusieurs membres réclamaient en leur faveur avec une générosité digne d'être retenue. Il en fut ainsi dans bien d'autres provinces. Mais ces protestations partielles devaient être impuissantes contre le courant d'opinion qui entraînait la foule et paralysait le pouvoir.

L'arbitraire devenait plus cruel : au commencement de 1764, les Parlements frappèrent les jésuites d'un nouvel arrêt de proscription; l'édit royal qui abolissait la Compagnie dans le royaume était peut-être moins odieux que les prétentions parlementaires qui exigeaient l'abjuration. Les Pères étaient astreints à renoncer à leur Institut, à ratifier par serment les odieuses qualifications dont les arrêts précédents l'avaient outrageusement chargé. A. peine de refus, c'était l'exil et la perte de la modique pension de 400 francs aux profès. Toulouse, Rouen et Paris adoptèrent- ces

1. Les A&sertions dangereuses et pernicieuses de tout genre que les soi-disant jésuites ont dans tout temps et persévéramment soutenues, enseignées et publiées, soufc un recueil de pièces tronquées par l'abhé Goujet, Minard et Roussel do Latour, conseiller au Parlement, Ce libelle ne contient pas moins de 758 textes falsifiés. — Rome et l'épiscopat de France ont condamné cet ouvrage.

maximes tyranniques. Pour vivre sans forfaiture il fallait quitter le territoire de ces ressorts judiciaires.

Renonçant moins que jamais au service de la Compagnie, M. de Talhouët avait à cœur d'amasser pour l'avenir des connaissances qui pus sent lui être utiles. Quel meilleur emploi des loisirs forcés que lui faisaient les circonstances, que les études théologiques ?

Il paraissait d'abord naturel de suivre les cours delà Sorhonne, et son désir l'y eût porté ; mais là encore les portes sefermaient brusquement devant les jésuites et le recteur de l'université de Paris, gagné à la cause du Parlement, avait interdit la fréquentation des cours. Sans doute, le roi faisait casser pararrêt du conseil cet ukase ridicule et le môme jour envoyait chercher le recteur qui, mené en poste à Versailles, était vertement réprimandé et se montrait tr<'^ s subitement des plus conciliants. Mais cet ostracisme indiquait l'esprit de la faculté de Paris et il eût été maladroit de s'exposer à ses mesquineries. On conseilla au P. de Talhouët de partir pour Douai. La Compagnie possédait deux maisons dans la ville : un Séminaire écossais et un grand collège placé sous la direction des Pères de la province gallo-belge et depuis longtemps érigé en université: Il n'avait aucune objection à faire et prépara son modeste équipage pour cette ville oîi les foudres des magistrats jansénistes et des sorboniens gallicans ne l'atteindraient pas.

Il passa à Douai toute l'année scolaire de 176S.

Dès le mois de mai, il écrivait à sa sœur Cathe-

rine

« Je viens, ma très chère sœur, de terminer la première partie de la carrière que j'ai à parcourir dans ce pays-ci. J'ai soutenu ce matin la thèse de bachelier ; au mois d'avril, je recommencerai mes études pour le grade de licencié et je me flatte d'avoir le plaisir de vous revoir à la fin de juillet, au plus tard au commencement d'août.

<■<■ Les amis de mon frère continuent à me faire mille amitiés. Lui-même m'aécritde Besançon où il était occupé à profiter d'une mission qu'on a donnée à la garnison. Les termes de sa lettre marquent un cœur bien pénétré des grandes vérités de la religion et auquel le service du roi n'a pas fait oublier ce qu'il doit à Dieu.

« Il y a quelques jours que j'ai eu l'honneur de voir MM. Dondalet deKersaingily. Celui-ci compte retourner enBretagne après le camp de Compiègne, où il espère recevoir la croix de Saint-Louis. Je souhaiterais que M. de Choiseul ne fût pas si avare de cette décoration et que mon frère l'eût obtenue quand nous le verrons au Leslé *. Si je reviens souvent à cette idée, c'est qu'elle me fait le plus grand plaisir et que je souhaite depuis longtemps de nous trouver réunis.

« Nous n'avons point dans ce pays de nouvelles qui puissent vous intéresser. La première prési-

i. Il ne l'obtint qu'en 1770.

dente du Parlement de Douai est accouchée d'un garçon ; on nous prépare de belles fêtes pour les cérémonies de son baptême. Le prince de Croy et la princesse de Soubise, abbesse de Marquet, le tiendront sur les fonts au nom de la reine et du dauphin, qui ont pour notre premier président toute l'affection et toute l'estime qu'il mérite. Il a commencé par être avocat, il est devenu procureur général, et depuis quelques années le roi l'a nommé président *. Lui et son corps sont aujourd'hui occupés à des affaires qui les attristent beaucoup et qui ne me touchent pas moins : il s'agit de fixer le sort des derniers membres de la société des jésuites qui doivent se disperser au l""" avril.

« Je vous prie de présenter mes respects à mon père et à ma mère. J'ai reçu la lettre de change de 200 livres que mon père m'a envoyée. Dites mille choses de ma part à ma sœur. Je suis tout à vous et pour toujours votre frère affectionné,

« DE Taliiouëï, prêtre.

« Douai, 22 mars 176b. »

Quand il eut obtenu son diplôme de licencié, le P. de ïalhouët demeura aussi incertain de son sort.

Dispersés, les jésuites travaillaient encore au salut des âmes ; ce fut à cette époque de troubles que le P. Berthier réfutait le Contrat social qï que le

1. M. Blondel d'Aubers fut premier président du Parle- ' ment de Flandre de 17S6 à 1767,

p. Delamarre publiait son traité de la Divinité de la religion. Le P. Beauregard, descendant de la solitude du Mout-Yalérien, venait retremper le clergé séculier dans les exercices des retraites, et les fidèles par ses ardentes exhortations dans les principales chaires de la capitale. Vincent de Talhouët se mêlait pour sa part au ministère de ses confrères dans les paroisses.

Les ennemis de la religion crurent voir la Compagnie ressuscitée ; ils frappèrent un nouveau coup. Un arrêt du Parlement, le 9 mai 1767, prescrivit aux jésuites qui n'avaient pas prêté le serment de sortir sous quinzaine du royaume ; le roi était « humblement » prié d'éloigner tout jésuite de sa personne, de sa famille et de sa cour. C'était au temps du « pouvoir absolu » , et Louis XY s'inclina devant les injonctions de ses sujets.

Comme tant d'autres, le P. de Talhouët aurait quitté sa patrie pour s'en aller à l'aventure, sur les grandes routes de l'Europe, si sa famille n'eût obtenu pour lui du premier président du Parlement de Bretagne la faculté de résider auprès d'elle, sans avoir à prêter l'ignominieux serment.

Ce séjour en Bretagne, qu'il croyait temporaire, devait durer vingt- cinq ans.

Sa gaieté traversait bravement les épreuves, et il prit une part personnelle aux joies des siens qu'un heureux événement réjouissait alors : sa sœur Catherine allait épouser le vicomte de Langle, chevalier de Saint-Louis et capitaine de vaisseaux. M. de Talhouët se met en route, et de Rennes

OÙ il vient d'arriver, il écrit d'un ton de bonne humeur à celle qui était depuis longtemps sa correspondante favorite :

« Vos affaires s'avancent, ma chère sœur, et demain partiront de Rennes pour Rome des lettres en demande de dispenses. On n'y insérera que vos noms de baptême et de famille : vous en serez quitte pour lOS francs. Encore si l'on avait voulu mettre dans la requête que c'était la première fois qu'on vous demandait en mariage, en eussiez -vous été quitte pour 75. L'expéditionnaire a jugé à propos d'omettre cette circonstance, peu nécessaire à mon avis : cela accélérera la besogne de huit jours.

« Votre futur me mandait la dernière fois qu'il était incommodé; j'espère que cela ne sera rien, je lui écris aujourd'hui. Je m'attends à recevoir une lettre de vous par les demoiselles de Kerlo ayec lesquelles je dînerai demain; en tout cas, elles me diront des nouvelles de ma' mère, dont je suis inquiet. Je compte lundi me faire voiturer à la Villequeno avec Mlle de Talhouët.

« Votre mariage est publié ici. On a pu l'annoncer au chevalier de Sévérac sans lui demander le secret. Toutes les personnes qui vous connaissent disent que M. de Langle ne pouvait mieux choisir. Je baisse les yeux à ces propos et me renferme dans le manteau d'humilité que j'ai pris chez M. de Talhouët et les bénits Pères. Je n'ai pas communiqué à M. de Vannes le mémoire de mon

père. L'évêque n'ignore aucun des faits très véri; tables qui y sont cités; mais la réponse atout, c'est que le siège épiscopal de Vannes ne jouit d'aucun droit au sujet de la dispense de parenté et que le Souverain Pontife n'a accordé à l'évoque actuel que la permission de dispenser les pauvres.

a Je vous prie de présenter mes respects à mon père et à ma mère. Je suis, avec la plus sincère amitié, mademoiselle de Talhouët et avant trois mois madame la vicomtesse, votre frère,

« TALnouËT, prêtre. »

Nous venons de voir que sur la route il s'était arrêté au château de la Villequeno, près de la Gacilly, chez ses cousins de Ïalhouët-Boishorand ; il fit, sans doute, d'autres stations dans différentes terres de famille qui marquaient les étapes de son chemin : la Grationnaye et Sévérac. Il put voir les murailles imposantes des plus anciennes demeures de ses ancêtres : Talhouët et Keredren. Il arriva à Vannes au milieu de l'été.

De là, avant de repartir pour Ilennehont afin d'assister au mariage de sa sœur, il lui écrivit encore :

« Vous me trouverez fort singulier, ma chère sœur, de me mêler de vous donner une femme de chambre ! Aussi ne veux-je pas tant faire. Mais ayant eu occasion de voir Mlle Branho aux Ursulines, je vais vous rendre ce qu'elle m'a dit.

Premièrement, cette femme de chambre n'a que

20 ans et n'est ni bien ni mal : demoiselle un peu trop pour l'ajustement, sachant un peu coudre, un peu broder ; ayant passé depuis l'âge de 14 ans chez Mlle du Grégo, très capable de se faire former par quelqu'un qui en aurait les talents et la volonté. Du reste, la religieuse qui en était chargée depuis la mort de Mlle du Grégo, sur votre réputation, désire beaucoup qu'elle devienne votre femme de chambre, et moi, qui respecte toutes les reliques de cette sainte, je n'en serais pas fâché. Il faut vous dire que ladite demoiselle est d'assezbonne famille : sœur d'un procureur de Yannes, mais n'ayant rien .

Si sur ce que je vous en dis vous la voulez, mandez-le-moi par la première poste ; il me parait qu'on ne serait pas difficile pour les gages. Mais ne manquez pas de me dire, pour qu'on le lui redise, que vous aimez beaucoup la simplicité. On m'a assuré que le goût pour la parure était son seul défaut ; elle a la cape de taffetas, c'est ici la coutume ; toquetée, et ce ne Pest pas si fort.

« Vos dispenses sont arrivées. Il me faudra de l'argent pour les payer, m.a belle demoiselle, et ma bourse n'est que de quatre louis; avisez à m'en faire trouver. Les jésuites qui n'ont pas touché leur pension et les chanoines, avant la Saint-Yincent, sont encore plus grêles que moi. Le beau ménage pour louer un hôtel trois cent quarante livres et avoir officiers, cuisinière et laquais ! JN'allez pas au moins nous décrier.

« Il y avait hier très grande fête chez le doyen du chapitre, donnée par le corps aux demoiselles

Bertille Evêque, chanoines et grands vicaires, le chevalier du Clos, frère du doyen, et M. du Coz, voilà les messieurs. Je ne suis pas galant, mais voici les dames : Mme La Jumel, ses deux sœurs et sa nièce ; Mlle du Clos-Bossard, nièce du doyen; Mmes de Saint-Denis et de Yillegonas, sœurs de chanoines; Mme de Kérisouët et ses deux sœurs, cousines de l'abbé du Plessis. — Pour moi, j'allais dîner avec le P. de Langle chez un dévot et une dévote : M. et Mme de Kerhedin. On y but à votre santé et on me dit que Mlle de la Grationnaye épousait M. de Kéronic.Vous n'en savez pas tant. C'est la deuxième fois qu'on m'en parle. Aujourd'hui qu'elle ne voudrait plus de M. de Ch..,, qui devient parlementaire ^, cela ne serait pas si mal, à la santé près : car en comparaison de celui-ci le vôtre est un verdet, très verd galant.

« Adieu, ma très chère sœur, bien des respects à père, mère, tantes et cousin. Oui, vive le Pape et la cour de Rome ^ ! Pour ce coup, il ne faut pas s'en plaindre et ils ont été d'assez prompte expédition. L'abbé du Plessis, que je n'ai pu voir qu'un moment, m'a' dit que jeudi ou samedi il me mettrait à même de vous mander quel jour il sera au Leslé ou à Hennebont, selon votre bon plaisir, et lundi en huit, à ce que j'imagiae, vous serez

d. Sœurs de Mgr de Berfcin, évêque de Vannes.

2. C'est-à-dire partisan des Parlements, proscripteiirs des PP. Jésuites.

3. Qui envoient les dispenses pourle mariage de Mlle de Talhouët et du vicomte de Langle.

Mme la vicomtesse. Soyez sûre au moins que je ne manquerai aucune des cérémonies essentielles ; pour le compliment qui ne l'est pas tout à fait tant, j'en réponds moins.

« On avait mandé que les provisions de M. de Champeaux étaient retardées. La poste, aujourd'hui fertile en bonnes nouvelles, apprend que MM. Dupont père, La Marche et Montluc avaient reçu ordre de rentrer, sous peine de déchéance, et que MM. de Champeaux, de Becdelièvre et de Langle avaient reçu leurs provisions '.

« Talhouët.

« 18 août 1767. »

« Le P. de Langle a cependant trouvé de l'argent. J'ai pris cinq louis dont je vous tiendrai compte. Écrivez-moi par Hennebont ou Quimperlé, s'il est possible ^. »

Pour notre abbé commença alors une existence assez renfermée. Il dut se -borner à faire le bien dans d'étroites limites; les liens qui l'attachaient à la Compagnie de Jésus ne lui permettaient pas d'accepter les fonctions d'un ministère paroissial ni des bénéfices. Si pénible que cette position ambiguë dût lui paraître, il la préférait à celle qui

1. C'était au plus fort de l'agitation que soulevait en Bretagne le procès de la Ghalotais ; le Parlement de Rennes, moins 12 conseillers, avait donné sa démission; il s'agissait alors de le reconstituer, et l'on sent toutes les menées que cette affaire pouvait faire naître.

2. « A Mademoiselle de Talhouët, au château du Leslé, près Pontscorff, par Hennebont. »

l'eût absolument privé de l'espoir de retrouver un jour les avantages de la vie religieuse.

Cette dernière espérance lui fut enlevée le 16 août 1773, jour où le Bref de suppression de la Compagnie futintimé parle Saint-Siège auP . Ricci .

11 ne saurait rentrer dans le cadre de cette étude d'exposer les péripéties de cette affligeante tra gédie : l'attaque avait commencé en Portugal ; continuée en France et en Espagne, elle n'épargna aucun des Etats de la maison de Bourbon. L'activité de l'exécution est partout égale à l'iniquité de la sentence : des milliers de religieux que leurs talents et leurs vertus eussent dû protéger, sans pitié pour leur âge ou leurs infirmités, sont bannis, entassés sur des pontons, jetés au fond des cachots. Après avoir triomphé de toutes les résistances, la diplomatie des cours coalisées force enfin la main du Vicaire de Jésus-Christ.

M. de Talhouët allait prendre parti. Il le pouvait, il le devait. Poussé par son zèle à accepter des fonctions qui lui permettraient de faire le bien sur un théâtre moins restreint, il ne voulait pas un riche bénéfice, puisqu'il était résolu à consacrer aux pauvres les revenus d'un patrimoine dont il recouvrait la disposition. Il se contenta d'une cure à portion congrue. Au moins l'évêque de Vannes voulut- il le fixer auprès de sa famille, dans son propre pays.

Sous la datedul7 décembre 1773, il le nommait à la cure d'Hennebont, par un acte de collation dont voici la traduction :

« Charles-Jean de Bertin, par la miséricorde divine et la grâce du Saint-Siège apostolique, évêque de Yannes, conseiller du roi, à notre cher fils en Jésus-Christ, noble et prudent maistre Yincent-David de Talhouët, prêtre du diocèse de Quimper, licencié dans l'un et l'autre droit, salut dans le Seigneur.

ce L'église paroissiale de Saint-Gilles d'Hennebont — qui, lorsqu'elle vaque, esta la nomination et présentation de Madame l'Abbesse de l'abbaye royale de la Joye à raison du prieuré du Christ situé sur la même paroisse, mais dont la collation nous appartient à raison de notre dignité épiscopale, — se trouvant actuellement vacante par la mort du vénérable maître Louis Sivien * , son dernier titulaire, nous l'avons conférée et donnée, nous la conférons et donnons avec les droits, charges et revenus y afférant, à vous, que nous savons capable et apte, qui l'acceptez et qui avez souscrit le formulaire d'Alexandre Yll ^] et qui

1. Veut-on savoir comment était enterré un « curé du xvui* siècle » ? L'abbé Sivien, recteur d'Hennebont, décédé le 27 novembre 1773, sur les 7 heures du soir, fut mis en bière le lundi matin, 29. On transporta solennellement le cercueil chez les pères Carmes où l'on chanta une nocturne, puis à la chapelle de la congrégation des hommes, où l'on chanta un mémento ; de là on vint à l'hôpital Saint- Yves; on y chanta un répons du nocturne; ensuite un autre répons fut récité à l'hôpital Saint-Louis; enfin, par le cimetière, tout le cortège se rendit à la paroisse; l'office des morts y fut célébré et l'inhumation eut lieu.

2. C'est le formulaire rédigé par Alexandre VII en 166 j, pour prévenir la propagation du Jansénisme.

nous avez élé présenté canoniquement par Dame Marie-Pétronille de Verdière, abbesse actuelle de ladite abbaye de la Joye *,.. etc. ^. »

1. Madame de Verdière ne fut pas longtemps la paroissienne de l'abbé de Talhouët qu'elle avait présenté. T/AZmanach Royal nous apprend que, dès 1776, Mme de La Bourdonnaye était abbesse de la communauté.

2. L'original est signé : « >^ Car. 3o. Ep. Venetensis. — De mandata I/Z™' et R""^ Dni Episcopi VeneteJisis . Chauveaux, secrétaire, » — Scellé d'un cachet de cire rouge aux armes de Mgr de ertin.

Page 1