‹ Un curé d'autrefois [microform]Chapitre 33 sur 106 · A Mme de Langle · texte numérisé non relu

A Mme de Langle

on, retirez- vous, vous soulevez le peuple. » Ces messieurs se retirèrent et le peuple les suivit.

tt Dans la même ville, le jour de la Saint^Marc, la procession avait coutume d'aller dans la communauté du Mont-Cassin ; les constitutionnels s^ rendirent; à l'ordinaire, rien n'était préparé pour les recevoir, ils revinrent sur-le-champ avec un détachement de troupes qui brisa les confessionnaux, pateficha l'église, descendit les cloches, et depuis, Josselin est sans messe de bons prêtres*. »

Et cependant, l'espérance est si naturelle à ceux qui souffrent, qu'au moindre rayon qui perce les nuages, ils rêvent un ciel serein. C'est sous l'impression de ces consolantes pensées, que M. de Talhouët écrivait à sa sœur la lettre suivante :

« Yoici, en quelque chose, un bon moment, ma chère sœur ! Le temps est beau, tous les prêtres sont en voyage, et j'en vois par-ci par-là avec lesquels je puis causer de mes parents et de mes connaissances. La semaine dernière c'était M. Elédonet, aujourd'hui c'est le recteur de Plouhinec et M. Stéphano qui viennent de nous quitter. Ce dernier habite une paroisse qui n'est pas très éloignée d'ici et oii l'on est fort tranquille. — Que je voudrais que le royaume le fût de même et surtout que mes parents ne fussent pas dans la bagarre ! Les soi-disant patriotes viennent de faire un triste essai de leurs forces ; je voudrais que cela dégoû-

i. A Mme de Langle, 4 mai 1792.

tât tous les partis et que l'on vînt bientôt à une conclusion passable. N'en est-il pas de cette grande affaire comme de tous nos petits riens : un mauvais accommodement ne vaut-il pas mieux que le meilleur procès ? Que la religion sorte sans atteinte de nos divisions et, sans tarder, le reste reprendra bientôt son état, à ce que je pense, d'honneur et de tranquillité *. »

Mais les événements ne donnaient guère raison à ces pronostics. L'abbé de Talhouët, l'homme du monde le moins excessif, le plus éloigné par caractère et par volonté de toute exagération, sentait que le règne des violents grandissait chaque jour. Tout près de lui, à Josselin, lors d'un passage de volontaires, la municipalité avait été contrainte à mettre en prison dix-huit habitants, aussi paisibles que ceux qui exigèrent leur incarcériation l'étaient peu. Préparé avec sollicitude, un voyage au Plessis-Nizon, chez Mme de Feydeau. devenait impossible : les chemins étaient encombrés de, « patriotes ». A Hennebont même, un groupe de a volontaires nationaux », venus en majorité de Lorient, traitaient la ville en pays conquis et logeaient tout justement chez Mme de Langle, « sur la grand'place » .

En dépit de tout cela, les catholiques demeuraient résolus; chaque lettre apportait au recteur exilé des témoignages nouveaux de la fermeté de tel ou tel; il s'en réjouissait, priait plus ardem-

i, A Mme de Langle — De Plumelec le H mai 1792.

ment encore, multipliait ses aumônes, songeant à envoyer les quelques écus qui lui restaient pour payer les mois d'apprentissage du fils d'un pauvre homme, jadis chantre à Notre-Dame de Paradis.

L'exaspération fomentée par les violences antireligieuses, la déroute financière, la conscription agitaient les populations. L'abbé le voyait et en tirait les conséquences logiques. « Si je pouvais espérer le rétablissement de l'ordre, je compterais plus sur le discrédit des assignats que sur les forces qu'on rassemble en Allemagne. Nous avons dit comme Fenfant prodigue : « Mon père, donnez- « nousce quinous appartient, » Notre roi, trop bon, nous l'a laissé prendre et beaucoup plus môme qu'il ne nous était dû; le malheur a suivi notre licence. Nous ne serons heureux que lorsque nous aurons dit : u Ne me traitez pas comme votre fils, (i mais comme un mercenaire. » Alors on nous traitera en fils et on nous donnera la robe \ »

Bien que le canton de Saint-Jean-Brévelay fût une sorte d'oasis au milieu de l'agitation qui secouait le pays de Vannes, et que le recteur de Plumelec pût donner aux enfants de sa paroisse une retraite de première communion, comme si la persécution ne grondait pas autour de son petit village, M. de Talhouët jugea venu le moment de prendre des précautions, surtout dans sa correspondance qui pouvait compromettre les destinataires : il écrivit à ses sœurs sans signer ses lettres,,

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