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On trouve l'écho de ces mômes pensées chez les prêtres

Ces doutes étaient cruels et assombrissaient encore son âme. Une lettre de sa nièce, Mme de la Gournerie (Catherine de Talhouët), qui, bien jeune, assista à cette perplexité, en a noté avec fidélité les angoisses :

« Dans une maison de campagne, près d'Auray, il fit demander ma mère et la vit plusieurs fois : il était en proie aux plus sinistres pressentiments. La délicatesse de sa santé, l'ignorance de la langue bretonne, ne lui permettaient pas de se dévouer à un apostolat local plus périlleux que la vie de missionnaire. Mais abandonner sa famille déjà privée

enfermés à celte époque au château de Brest. — Je lis dans un précieux manuscrit intitulé Déportation de soixante-douze ecclésiastiques français du département du Finistère, l'an IV de la persécution de France :

«... D'aucuns pensaient qu'on pouvait et devait profiter du moyen que la Providence avait ménagé pour se soustraire aux persécutions, à la mort peut-être, et que cette conduite étant autorisée par de grands exemples rapportés dans l'histoire ecclésiastique, il n'y avait aucun inconvénient à la suivre. Ils observaient que, restant détenus en prison, ils n'auraient pu être d'aucune utilité aux fidèles, puisque toute communication au dehors leur était défendue. Ils appuyaient leur opinion pour la déportation sur l'obligation où ils étaient de se conserver et de choisir un lieu d'exil qui pouvait ne pas toujours durer, plutôt que de priver les fidèles du droit qu'ils avaient de compter sur eux et sur leur ministère, dans le cas où les expatriés auraient la faculté de rentrer en France ; la ville de Brest continuant à être leur lieu de détention, ils envisagèrent leur mort comme moralement certaine et peu éloignée, d'où ils concluaient que pour le bien même de l'Eglise ils devaient accepter l'ofl're qu'on leur faisait de les transporter dans une terre étrangère, quelque barbare que fût cette proposition. »

de ses soutiens naturels, quitter la France pour une terre étrangère qui, elle aussi, serait bientôt bouleversée par les révolutions, le mettait à la torture. — « Car, croyez-le bien, ma sœur, disaitil à ma mère, ceci est une révolution de principes, elle gagnera de proche en proche; toute l'Europe la subira! » — Il passa plusieurs jours dans cette douloureuse anxiété, son âme était triste et oppressée. 11 partit de ce bourg de Carnac bientôt après si fatal à sa famille! »

Revoir ses sœurs, embrasser et bénir une dernière fois ses neveux et nièces, eût été une grande consolation pour son cœur, mais il craignit de faiblir à leur vue et se refusa ce suprême adieu. 11 fit seul ses préparatifs de départ qui devait avoir lieu le surlendemain, 13 septembre, et laissa à Mme de Langle ce billet qui atténuait volontairement sa douleur :

« Je pars, puisque vous le voulez, avec de bonnes espérances, et je me flatte que, la Providence ayant rendu la paix à mon pauvre pays, je pourrai y venir vivre avec les miens et de vrais enfants du Bon Dieu. Que Notre-Seigneur pardonne à ceux qui m'ont fait du mal, je le lui demande de tout mon cœur. »

Combien durerait l'exil?

Question que nul ne pouvait résoudre. L'abbé de ïalhouët ne s'illusionnait pas sur sa durée. 11 accepta tout ce qu'on pût lui prêter sur des bijoux dont sa sœur de Langle s'était généreusement dépouillée en sa faveur : 588 francs. Des liardes,

quelques livres formaient tout son bagage. Il chargea Mme de Talhouët et Mme de Gouandour de recevoir pour les absents les adieux d'un parent très affectionné. Il ne devait jamais plus revoir ni sa patrie, ni les siens!

Le navire où il prit place emportait 21 prêtres déportés. Un coup de vent les retint une grande journée à l'île d'Houat. M. de Talhouët profita de cet arrêt, en vue des côtes de France, pour envoyer un dernier témoignage de gratitude à sa marraine et la rassurer sur lui-même : « La compagnie est nombreuse et j'y ai trouvé bien des connaissances. On y est gai ! Cela soutient. »

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