‹ Un curé d'autrefois [microform]Chapitre 38 sur 106 · Vicaire général de Quimper · texte numérisé non relu

Vicaire général de Quimper

gement, et qu'il se flattait d'en trouver d'autres dans raprès-midi, M. de Silguy, après avoir oflert tous ses remerciements à M. de Lavéga, monta dans la chaloupe qui lui avait été envoyée et à ses trois compagnons, pour traverser le port et pour aller à Rivadeo. Quelle fut leur joie et leur attendrissement quand ils virent l'accueil que leur faisaient les habitants de Rivadeo, l'empressement qu'ils témoignaient de les recevoir, eux et tous leurs confrères ! Les principaux citoyens et lé peuple étaient déjà instruits de la cause de leur expatriation. Il n'en fallait pas davantage pour faire impression sur des cœurs vraiment chrétiens et religieux. Aussi, dans l'après-midi, la très majeure partie des prêtres exilés fut-elle recueillie dans des posadas. Quelques-uns d'entre eux, qui n'avaient pas intention de demeurer à Rivadeo, restèrent à Figueras et, du 4 au 5, allèrent coucher à bord du bâtiment.

« L'alcade de Rivadeo ayant donné connaissance aux ecclésiastiques expatriés de la cédule royale du 20 juillet 1791, relative à l'entrée des étrangers dans le royaume, ils se présentèrent à difl'ér entes reprises à l'audience suivant les ordres qu'ils en eurent, pour remplir les formalités prescrites par les lois, et ils remirent à M. le juge majeur une liste contenant leurs noms, surnoms, qualités et offices, avec une déclaration des motifs pour lesquels ils demandaient à être reçus en Espagne , et de leur intention d'y demeurer, sous le bon plaisir de Sa Majesté Catholique,

jusqu'à ce que la paix fût rétablie en France*. » Le gouvernement de Madrid était fort embarrassé pour répartir dans les diverses provinces du royaume ces exilés que, pour cent raisons, il ne pouvait laisser agglomérés.

La situation de M. de Talliouët et de ses confrères de Bretagne leur valut compassion et hospitalité; mais ils passèrent huit jours dans l'incertitude. Enfin, le gouverneur du Guipuscoa leur désigna comme résidence Yalladolid, dans la Yieille-Castille, et, leur prescrivant un prompt départ, ne leur donna d'autres moyens pour s'y rendre que l'indication de la route qu'ils auraient à suivre. C'étaient de longues lieues à parcourir

i. C'est au manuscrit dont j'ai déjà parlé que j'emprunte cette page si curieuse ; en voici le titre complet : Déportation de soixante- douze ecclésiastiques français du département du Finistère, Van 4 de la persécution de France, ou Relation abrégée de ce qui a occasionné cette déportation et de la manière généreuse et charitable avec laquelle ces ecclésiastiques ont été accueillis dans les Etats de Sa Majesté Catholique en d792.

Son auteur est M. de Boissière, secrétaire de Tévêché de Quimper et l'un des déportés. Le commencement, concernant la détention en France, a été donné par M. Téphany, dans son Histoire de la persécution 7'eligieuse. — Mais il s'est arrêté brusquement au départ des prêtres pour la déportation. La seconde partie, certainement la plus intéressante, et où se trouvent les détails ci-dessus, était restée inédite jusqu'à ces jours derniers ; M. l'abbé Peyron, archiviste de l'évêché de Quimper, en imprime présentement les passages principaux et il a bien voulu me permettre d'en faire usage pour la Vie de l'abbé de TalhouËt. Je le prie d'agréer l'expression publique de mes remerciements.

dans un pays accidenté, sans connaître la langue des habitants.

Ils traversèrent Tolosa, Vitoria, franchirent l'Ebre et suivirent la route de Burgos à Salamanque que bordent les cascades des affluents du Douro. Tout ce trajet se faisait à dos de mulet ou à pied. M. de ïalhouët se félicitait d'avoir emporté une canne ferrée que M™" de Gouandour lui avait donnée le jour de son départ d'Auray.

Laissons le voyageur, a'rri\'é à Valladolid dans la seconde semaine d'octobre, raconter lui-même son voyage :

<( Avec quelle satisfaction je vous écris, ma chère sœur % et combien j'en aurais davantage à causer avec vous ! La Providence ne le permet pas ; soyons soumis à ses ordres et bénissons-la de ses voies, quelque rigoureuses qu'elles soient. Nous avons achevé un voyage de près de 200 lieues, tant par mer que par terre, et, grâce à Dieu, je me porte bien. Rien n'égale, comme vous l'aurez su, la bonne réception qui nous a été faite à Saint- Sébastien. Il nous a fallu quitter cette ville oii chaque jour il arrivait des troupes et de nouveaux Français. La ville qui nous a été destinée est Valladolid, jadis demeure des rois d'Espagne. Elle est très grande, mais fort peu peuplée ; il est aussi peu de belles choses à y voir, si ce ne sont les églises et quelques collèges. Dans peu de jours,

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