‹ Un curé d'autrefois [microform]Chapitre 45 sur 106 · Lettre à Mme de Feydeau, 9 février · texte numérisé non relu

Lettre à Mme de Feydeau, 9 février

Baotifs très divers auxquels la propagande maçonnique n'est pas étrangère, cela est certain; — mais il n'en est pas moins vrai qu'il y eut, en 1793, un concours de générosité qui restera l'honneur de la religieuse Espagne et qui ne doit jamais lasser la reconnaissance des catholiques français.

Au premier rang de ces bienfaiteurs, il convient de nommer Fépiscopat, non pas tant encore pour la dignité de son caractère que pour l'abondance de ses largesses : elles furent royales, disons mieux : apostoliques.

L'évoque d'Orense, Mgr de Quévedo, n'était pas le plus riche ; il fut le plus généreux, mettant à ses bienfaits une bonne grâce, une persévérance, un souci de délicatesse infinis. Non content de recevoir les déportés internés dans son diocèse, il devançait leur arrivée, écrivant dans les ports pour « retenir » tel ou tel nombre de prêtres français, et ces malheureux avaient l'agréable surprise, en débarquant sur un sol étranger, d'apprendre qu'un prélat , qu'ils ne connaissaient pas , les attendait et mettait son palais à leur disposition. On peut se figurer leurs sentiments et leur émotion.

tt L'évêque d'Orense a, en Espagne, la réputation d'un saint François de Sales ; rien n'égale sa charité pour nous : quoique son revenu ne soit pas des plus forts, il a chez lui, dans son palais et sa maison de campagne, plus de cent de nos confrères. ))

Le nom de Mgr de Quévedo est resté populaire ;

188 ■ ' UN CURÉ d'aÙtrekois /

mais combien d'autres encore méritent d'être retcr' nus ! !

L'évoque de Sigtienza logeait cent prêtres; celui de Léon défrayait de tout un nombre égal ;]'évêque de Yalence, deux cents ; celui de Pampelune venfl ait des ornements pour le soulagement des plus nécessiteux. Les archevêques de Séville et de ïarragone, les évêques de Cordoue, de Carthagène, d'Oviedo, de Ségovie, de Giudad-Rodrigo, d'Osma, d'Astorga, rivalisaient de zèle pour procurer un gîte et des ressources aux ecclésiastiques proscrits. A Tolède, le cardinal Lorenzana se souvenait de la richesse de son archevêché pour répandre sans compter ses largesses ' .

Les chapitres, les ordres religieux, le clergé séculier ne demeuraient pas en arrière. La charité fut aussi ingénieuse que les besoins étaient grands. Le saint évoque d'Orense traduisait les sentiments de sa patrie dans ces éloquentes paroles :

« Notre catholique Espagne, inébranlablement fidèle à la vraie religion, est fière de voir aborder en si grand nombre sur ses rivages l'élite de l'Église gallicane ; pour elle ce n'est pas une charge, mais une très grande gloire, de recueillir, de presser dans ses bras, d'entourer de ses soins et de sa vénération ces évoques et ces prêtres catholiques,

1 . « Le cardinal-archevêque de Tolède, qu'à la vérité on dit le plus riche bénéficier de l'Eglise après le Pape, a rassemblé, dans son palais d'Alcaia, un très grand nombre de nos confrères. »

Lettre à Mme de Feydeau, 1793.

fidèles serviteurs qui ont combattu pour les droits de Dieu et de l'Eglise, qui , sommés de se souiller par un serment sacrilège et de trahir la cause du Christ, ont mieux aimé laisser là leurs richesses, leur patrie, les honneurs du monde et même sacrifier leur vie. Prêtres français qui êtes restés fidèles à Dieu, qui avez bien mérité de l'Eglise Universelle, vous êtes aujourd'hui l'ornement de l'Espagne ; son clergé estime que votre compagnie le grandit et l'illustre; ses évoques vous reçoivent non en étrangers, mais en concitoyens des saints, en serviteurs et en enfants de la maison de Dieu, en ministres fidèles, en frères, en fils bien-aimés. »

C'était bien un mouvement tout catholique , c' esi-h-dire îinivei^sel: car, en Portugal, la même infortune rencontrait la même sollicitude, et nous citerons comme exemple cette éloquente lettre de l'archevêque de Braga à l'évèque de La Rochelle, Mgr de Coùcy, qui l'avait remercié de ses bienfaits * :

« Quoique je connaisse très bien que ce que j'ai fait pour les prêtres français dans la conjoncture présente, est moins un titre à leur reconnaissance qu'un devoir essentiel de la religion et même de l'humanité, je ne laisse pas néanmoins d'être sensible à la politesse de Votre Grandeur, d'autant plus qu'elle me facilite l'occasion de manifester mes sentiments sincères pour vous. Monseigneur, et pour les autres dignes prélats qui ont mérité d'attirer sur eux la colère de l'impiété jacobine.

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