En donnant, à bon droit, une place à cette forte
Que de ruines, en effet, dans les paroisses bretonnes ! Combien était grand le désarroi du clergé duMorbihan ! Au commencement de 1793,Mgr Amelot se trouvait en Suisse, proscrit et malade. Si deux de ses vicaires généraux, MM. Poisson et Goquerel, avaient pu demeurer dans le diocèse, cachés et exposés à chaque instant à être mis à mort, les trois autres étaient dispersés : M. de la Corbière réfugié à Spa, M. de Saint-Sauveur en Angleterre, M. de Keronyant en Espagne '.
Non contente de proscrire des prêtres, la République avait aussi chassé des femmes. Beaucoup de religieuses, pour trouver un asile, avaient dû braver des dangers que leur faiblesse multipliait
poésie dans les Chants populaires de la Bretagne (LU), M. de la Villemarqué ajoute : « Le jour où le recteur de Bignan reparut dans son bour^ fut, pour le pays, un jour de fête. Les cloches que Ton avait sauvées de la fonte furent mises en branle; on accourait du plus loin qu'on apprenait la nouvelle. Chacun voulait le voir, toucher sa soutane, lui baiser les mains; on s'agenouillait sur son passage, on lui demandait sa bénédiction, comme à un évêque. Le bon recteur, attendri jusqu'aux, larmes, s'avançait suivi de la loule; son front était pâle, ses joues amaigries, ses cheveux avaient blanchi dans l'exil. On eût dit un de ces premiers prêtres chrétiens sortant des catacombes. Le lendemain, il chanta la messe. L'église avait été dépavée, les saints décapités, les murs étaient revêtus d'un enduit verdàtre et le sol couvert de débris, mais tous les fronts étaient joyeux. Tandis que le prêtre officiait, le vent venait, par les vitraux brisés, agiter sa chevelure blanche ; il portait de vieux ornements, mais il avait le front rayonnant comme ses paroissiens. Ceux-ci revoyaient leur père; il retrouvait son Dieu, sa patrie, ses enfants, »
1. Il était vicaire général et recteur de Sarzeau. Conduit, en 1791, à la citadelle de Port-Louis, puis déporté en Es-
encore. Le diocèse de Vannes revendiquait un certain nombre de ses filles en Espagne. Nous voyons mourir, à Ciquensa, Mme de la Bernardière, carmélite*. L'abbé de ïalhouët apprend à sa nièce Henriette de Langle^, en la chargeant de prévenir leurs compagnes dispersés en France , l'arrivée des sœurs grises d'Hennebont à Lérida, oîi elles ouvrent une maison qui a bientôt un grand succès.
Comme tous les sentiments de la foule, l'empressement des premiers jours ne dura pas, et mille incertitudes vinrent troubler la situation des déportés. A dire vrai, l'épiscopat et le petit peuple ne se démentirent jamais ; mais certains membres du clergé et surtout le gouvernement de Madrid ne manifestèrent pas d'une manière constante leur bienveillance.
Quelques religieux espagnols blâmèrent en chaire la fuite de nos prêtres, leur reprochant d'avoir abandonné leur troupeau à l'heure de la persécution.
Ces prédicateurs étaient fort mal instruits des circonstances et très ignorants, sans doute, des décrets de déportation. Ce qui est moins pardonpagne. Revenu en France, il fut bientôt arrêté et envoyé sur les pontons de Rochefort. En février 1794, il en sortit et reprit ses fonctions dans le plus grand secret, naturellement. Mgr Amelot lui accordait toute sa confiance. A la fin de 1800, il se retira à Tréguier, son pays natal, où il mourut.
1.9 mars 1793. Affaires étrangères. Espagne, vol. 637, fol. 258.