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CHAPITRE IX

LES TALUOUKT A QUIBERON

\.Q comte de Talliouët-Grationnaye à l'armée de Condé.

— De'barqueraent à Quiberon. — Combat du 16 juillet.

— Assassinat de M. de Talhouët. — Prise du fort Penthièyre. — La capitulation du 21 juillet. — Les prisonniers d'Auray. — Lamort de Louis de Langle. — Le chevalier de BoGOzel fusillé à Vannes. — Démarche delà comtesse de Talhouët et de sa fille Catherine. — Le sursis. — Louis de Talhouët est fusillé au Grador. — Les autres victimes de la famille. — La Terreur à Hennebont.

— Prison de Mme de Langle. — Dévouement de sa fille Henriette. — Dispersion des survivants.

Il y eut peu de prêtres aussi douloureusement atteints dans sa famille que l'abbé de Talhouët. Lorsqu'il put renouer avec elle des relations interrompues depuis deux ans et demi, il apprit que quatre des siens n'étaient plus. Et de quelle mort, à la fleur de l'âge, ils avaient péri ! Le désastre de Quiberon se doublait pour lui d'une catastrophe domestique.

Il convient de dire un mot de cette expédition, à laquelle le nom de Talhouët est attaché désor-

mais par un lien sanglant mais immortel.

Nous avons laissé le comte de Talhouët arrivant avec son fils aîné à Tarmée des Princes. M. de la Châtre le choisit, du suffrage unanime des gentilshommes bretons alors rassemblés à Mons, pour commander une compagnie noble qui prit part, sous ses ordres, avec l'armée autrichienne^ à la bataille de Jemmapes.

Passé dans l'électoral de Trêves, M. de Talhouët reçut le commandement de quatre compagnies d'infanterie et de deux de cavalerie de la coalition bretonne. Durant toute la campagne de 1792, il eut encore l'honneur de conduire au feu les bataillons de la noblesse de sa province, sous le marquis de Penhoët: pendant la retraite, il en resta seul chef. « De tous les emplois qu'il exerça dans sa vie, a dit son petit-fils *, ce fut celui qu'il apprécia au plus haut prix et dont il légua le souvenir à ses enfants comme son plus beau titre. Cette compagnie d'élite comptait dans ses rangs des LaBourdonnaye, des La Moussaye, des Carné, des Courson, etc.. M, duBourblanc, premier avocat général au parlement de Bretagne, y portait le mousquet à côté de ses deux fils. Le marquis de La Bourdonnaye, ancien intendant de Soissons, y combattait non loin du comte de Châtel, officier aux gardes françaises. Cette compagnie se distingua surtout au combat de Quiévrain et au siège de

1. Eugène de la Gournerie, Btoflrrap/a'e bretonne, t. II, p. 888.

ïhionville. A Quiévrain, elle obtint les éloges publics du comte de la Chaire, dans un ordre du jour adressé à M. de Talhouët. A Thionville, elle s'avança tellement vers la place, que le duc de Berry s'écria : « Je voudrais être Breton, pour voir de plus près l'ennemi !»

Le comte de Talhouët était à Londres quand on lui offrit le commandement en second du régiment que formait, à Jersey, le marquis du Dresnay. De toutes parts accouraient les gentilshom- .mes que la guerre et la misère avaient épargnés, pour former les héroïques phalanges que le désastre de Quiberon a illustrées.

Par un pressentiment de la catastrophe prochaine, M. de Talhouët, avant de s^embarquer, ainsi que son fils, sur la flotte anglaise, voulut assurer à ceux de ses enfants qu'il avait laissés avec leur mère en Bretagne, ce patrimoine nobiliaire cent fois plus cher que la fortune aux cœurs bien nés et il demanda à ses compagnons d'armes, à ses anciens collègues du clergé et de la noblesse, une déclaration solennelle qui pût sauvegarder à jamais les preuves de l'ancienne extraction de sa maison. Cet acte, fait en forme de testament, pardevant le notaire de Jersey, le 13 février 1795, signé par les évoques de Bayeux et de Tréguier, par le premier président et une partie du parlement de Rennes, les principaux officiers des régi- ' ments, une foule d'alliés, de parents, d'amis de la famille de Talhouët, est pour elle un titre singulièrement précieux.

Nul n'ignore, la déplorable issue de l'expédition.

Le débarquement eut lieu le 27 juin. Peu de jours après, M. de Talhouët vit avec émotion accourir son lils Armand qui, malgré ses treize ans, voulait suivre son père et son frère dans leur périlleuse aventure. Il avait obtenu de sa mère la permission de rejoindre l'armée qui devait combattre « pour le rétablissement de la religion, de la monarchie et de l'ordre en France ». Douze jours furent perdus dans l'inaction ; l'incapable et méticuleux d'Hervilly — que l'histoire chargerait plus encore s'il n'avait péri courageusement les armes à la main pour une cause qu'il voulut défendre sans avoir su l'organiser — ne profita pas de l'occasion qui plaçait les troupes républicaines entre les chouans de l'intérieur et les batteries du fort Penthièvre. Hoche eut tout le loisir pour renforcer son armée. Le 26 juillet, par une imprudence qui n'a d'égale que sa précédente lenteur, d'Hervilly attaqua le camp ennemi sans attendre le renfort de Sombreuil qui pourtant était déjà en rade. Fusillé sur les deux flancs, il perdit beaucoup de monde, fut blessé mortellement et contraint de reculer.

Le régiment du Dresnay prit une part brillante à l'action. Son colonel, M. de Talhouët, dès le début de l'affaire, malgré ses 62 ans, mit pied à terre pour aborder plus facilement les lignes ennemies. Quelques jeunes officiers réclamaient, comme un privilège de leur âge, les postes les plus périlleux. « Nous sommes tous du même âge au-

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jourd'hùi , » leur répondit le vieux colonel.

Une balle lui cassa le poignet, il prit son épée de la main gauche et mena ses gens jusqu'à ce qu'une seconde blessure le mit hors de combat. Son fils aîné enleva son corps au milieu de la mitraille ; mais, comme il se retirait chargé du précieux fardeau, il fat lui-môme atteint et ses camarades l'entraînèrent dans la presqu'île.

M. de ïalhouët était resté sur le champ de bataille, évanoui et tout sanglant, entouré des morts de sa compagnie d'élite ; les républicains arrivèrent bientôt, mais, parune indigne violation des droits de la guerre, ils massacrèrent à coups de crosse ou fusillèrent à bout portant les royalistes qui vivaient encore ^ Le comte de Talhouët fut assassiné là "^.

Sombreuil, avec quinze cents hommes de l'armée de Condé, débarqua le surlendemain. Dans la nuit du 20 au 21 juillet, au milieu d'un orage affreux, les portes du fort Penthièvre étaient ouvertes à leurs amis par des transfuges républicains imprudemment embauchés dans l'armée royale.

On sait le reste : la déroute des chouans acculés à la mer, — l'héroïque sacrifice de Sombreuil, la capitulation consentie par Hoche, sa trahison de

1. Comte de Vauban. Mémoires pour servir à Vhistoire de la guerre de Vendée, p. 422.

2. Hoche et Tallien annoncèrent leur triste victoire en ces termes : « L'ennemi a laissé sur le champ de bataille 300 morts; parmi eux sont beaucoup d'officiers ; le comte de Talhouët et autres. » (Séance de la Convention ; 7 thermidor.)

la foi jurée'. — Tout, dans ce drame, fut marqué du sceau de l'infamie : les blessés égorgés sur le champ de bataille, le fort Penthièvre livré par ceux qui le gardaient, la promesse méconnue du vainqueur.

Sur la foi d'une capitulation mensongère, les débris des régiments royaux, ayant à leur tele l'cvêque de Dol etSombreuil, s'acheminèrent vers Auray.

Et nul guerrier ne crut sa promesse frivole, Car devant les drapeaux, témoins de leur parole, Tous deux s'étaient donné la main 2.

Dans la colonne prirent place le jeune Armand de Talhouët, que l'on parvint bientôt, grâce à ses 13 ans, à faire partir par un chemin de traverse pour qu'il pût rejoindre sa mère, et son frère aîné, Louis, que sa blessure faisait cruellement souffrir. Son cousin Louis de Langie et son oncle, le chevalier de Bocozel, l'aidaient à marcher.

De Quiberon à Auray, Louis de Talhouët el Louis de Langie traversaient les domaines de

1. Les preuves de la convention sont indéniables. Cent fois ou les a rapportées.

Cette tache n'a jamais pu être effacée de la mémoire de Hoche. Est-ce notre faute, si les îiéros révolutionnaires portent tous une tare, même les moins odieux? Ce souvenir fut jeté à la face du vainqueur de Quiberon par Le Mintier qui, en 1796, lors des pourparlers de paix, lui demandait : « Quelle garantie m'offrez-vous? — Ma parole, disait Hoche. — Sera-ce celle de Quiberon? »> répondit le chouan, pendant que son interlocuteur pâlissait.

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