‹ Un curé d'autrefois [microform]Chapitre 52 sur 106 · Leurs noms figurent tous dans l'inscription funèbre · texte numérisé non relu

Leurs noms figurent tous dans l'inscription funèbre

de la Chartreuse d'Auray, inaugurée en 1829. Comme il est

juste, une place d'honneur a été réservée au comte de

Talhouët: sur la façade du monument se trouvent les bustes

• de Soulanges et de Sombreuil; sur l'autre côté ceux de Mgr

de Hercé, de Talhouët et de d'HervilIy.

perdirent pas la vie ; Joseph de Ïalhouët-Bonamour, capitaine dans l'armée des princes ; son frère Augustin, lieutenant au régiment du Roi- Infanterie, membre de la garde constitutionnelle de Louis XYI, combattit à la défense des Tuileries le 10 août et accompagna son maître jusqu'à l'Assemblée ; il put regagner sa province et prit part à la chouannerie bretonne.

Privé de toute nouvelle directe des siens, l'abbé de Talhouët avait appris par les papiers publics, bien des jours après la catastrophe, une partie des malheurs qui l'atteignaient, mais avec tant de confusion, tant d'erreurs, qu'il crut morts plusieurs de ses parents qui ne l'étaient pas et ne sut que plas tard la perte exacte de tous.

On peut facilement concevoir ses sentiments d'émotion, d'angoisse, d'abattement à ces coups multipliés, demeurant en exil sans lettres des personnes qui lui étaient si chères, pouvant tout craindre pour elles au milieu d'un pays à feu et à sang. Enfin, au mois de mars 1796, il reçut une missive de Mme de Langle. Ce n'était pas la première envoyée, mais la première reçue. Alors il connut l'étendue de son deuil. Il répond, en prêtre, à sa jeune nièce :

« Tous m'étaient trop chers pour que je ne les aie pas bien sincèrement regrettés et que je n'aie pas souvent offert mes prières au Seigneur pour eux et tous ceux qui ont pu périr avec eux * . »

f. 24 mars i796.

LES TALUOUËT A QUIBERON 219

Mais il les considérait comme des martyrs et il pensait avec son ami l'abbé Le Franc qui écrivait à la mère d'une des victimes :

« J'ai entendu moi-même ces messieurs dire hautement qu'ils combattaient pour Dieu, pour le rétablissement de la religion de Jésus-Clhrist et du trône, et qu'ils étaient résolus à répandre jusqu'à la dernière goutte de leur sang plutôt que de ne pas venir à bout de leurs nobles desseins. C'étaient par ces motifs qu'ils encourageaient leurs soldats aux combats. Quelles plus justes et plus belles causes pouvaient-ils avoir de faire la guerre ?»

Pour avoir échappé à la mort, les autres membres de sa famille n'avaient point vécu des jours sans alarme. La proximité de Lorient avait été terrible pour Hennebont. C'est à Lorient, où la population des chantiers et du port, privée de travail, était entraînée dans toute l'exaltation démagogique, que le tribunal révolutionnaire avait été transporté comme devant y être entouré de patriotes sûrs ' .

Ce voisinage dangereux mettait les Hennebontais dans des transes continuelles. Des détachements sans-culottes vinrent s'installer dans leur ville et y commirent cent excès. Le zèle, probablement sans cela assez tiède, de l'administration d'Hennebont, était maintenu à un diapason beau-

1. Le tribunal y siégea de novembre 1793 ànovembre 1794. Parmi les condamnations à mort qu'il porta, on en trouve 16 pour cause de religion.

coup plus « patriotique n, et, comme il n'y a rien de plus féroce qu'un poltron qui veut faire croire à son courage, les honnêtes gens furent traqués. L'abbé Gardye, prêtre fidèle, à qui M. de Talhouët avait confié ses pouvoirs, était caché le plus souvent chez Mme de Langle ; il fut arrêté à la fin de 1792 et conduit à Port-Louis \

Mmesde Langle et de Feydeau étaient réfugiées avec leurs enfants à la campagne, à Kerfrézec et au Plessis. Leur réputation était trop bien établie* pour pouvoir rester impunément à Hennebont :

un frère prêtre et déporté, et un autre émigré, des fils en Allemagne, leur nom, leur charité, leur foi religieuse, l'hospitalité qu'elles avaient offerte aux sœurs proscrites, c'était plus qu'il n'en fallait pour être « suspect w.

Un groupe de patriotes vint arrêter Mme de Langle un matin de l'hiver de 1793. Veuve ^, sans appui, elle dut confier ses petits enfants à des do-

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