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L'éducation de ses neveux l'occupait et à propos des professeurs du jeune René de Langle, il ne laissait pas que de donner de sages avis, « Il pourrait à présent laisser son maître de danse. Cela peut servir sans doute à donner un peu de bonne grâce, mais à cela près, les saints n'ont pas fait grand cas de cet exercice, et les événements de la fin de ce siècle sont propres à nous faire aimer de plus en plus leurs leçons. »
Il ajoutait, sur lui-même, comme nouvelles de son existence et détails de sa vie :
« Vous pensez que TEspagne est un pays où l'on étouffe toujours de chaud. Nous avons, depuis 10 ou 12 jours^ un froid vif. Des Anglais qui étudient dans ce pays-ci pour aller fournir des missionnaires dans leur patrie, patinent tous les jours et attirent beaucoup de monde pour les voir.
« Aujourd'hui nous avons un verglas peut-être plus fort que je n'en ai vu jamais en France. »
Le nouveau serment exigé après le 1 8 brumaire : « Je promets fidélité à la Constitution fondée sur les trois grandes bases de la liberté, de l'égalité et du système représentatif » , pouvait décider bien des hésitants à regagner leur patrie ; les âmes délicates se raidirent contre cette tentation. Un assez grand nombre crut ne pas pouvoir s'engager par cette promesse mal définie et vague à dessein, et préféra voir se prolonger la proscription.
« Ce qui me donne la plus grande consolation, disait un ecclésiastique du diocèse de Perpignan, l'abbé Tolra, c'est que je vois dans notre rentrée
le l'établissement d'une religion sainte que l'impiété avait voulu détruire, » — Et un autre exilé, du môme diocèse, l'abbé Vilar, écrivait avec une juste prudence à ses paroissiens : « Le décret qui autorise les prêtres déportés à rentrer en France aura sans doute réjoui l'esprit et le cœur de tous ceux qui aiment Dieu et la religion. Néanmoins il semble que notre joie ne puisse être parfaite puisqu'il reste encore quelques ténèbres qui offusquent (sic) le chemin par lequel nos légitimes pasteurs doivent passer. Je ne vois d'autre ressource que d'attendre avec patience une explication du Souverain Pontife. Les deux bulles de Pie YI, de regrettée mémoire, qui furent fulminées contre les prêtres jureurs, sont tellement gravées dans mon esprit, que je réfléchirai toujours sérieusement quand il sera question d'un serment. Il est de beaucoup plus prudent d'attendre une explication du Yicaire de Jésus-Christ que de se lancer imprudemment dans une affaire de si grande importance \ »
La Constitution cojisulaire n'était pas d'ailleurs l'œuvre du roi légitime, et ce scrupule politique arrêta presque tous les prêtres bretons.
La mort fauchait leurs rangs ; beaucoup d'entre eux tombaient sur la terre d'exil :
i. Au reste, pour le diocèse de Perpignan, les instructions de l'évêque, Mgr d'Esponchez, levèrent tous les scrupules; il écrivit, de l'Autriche, que le serment était permis. — Voir : Torreilles, Histoire du clergé dans le département des Pyrénées-Orientales pendant la Révolution française, chap.-X.
En 1793, M. Hei'viant, recteur de Saint-Caradec d'Henneboiit,etM. Guégano, recteur de Remungol.
En 1794, le recteur de Saint- Salomon, M. de la Villeloys, et celui de Pontivy, l'abbé Guégan ; M. Kergal, vicaire de Lande vaut.
AZamore, MM. Louis Magreix, prêtre de Questembert ; M. René de Piniec, prêtre de Pénerff; à Tolède, M. Morio, M. Jean Deslandes, vicaire de Saint-Vincent, et M. Joseph deLivoys, scolastique de la cathédrale de Vannes, moururent en 179S.
En 1796, à Matavilla, l'abbé Jacques Pautremet, de Noyal-Musillac ; à Gajano, le recteur de Limerzel, M. Thomas Éon.
Ce dernier était tombé à l'autel, en célébrant la messe; moins heureux, ce fut, écrasé sous les roues d'une charrette, dans les rues de Madrid, que le recteur de Ploërmel, M. Alain Le Moing, perdit la vie; le P. Brulon, des Eudistes; M. Yincent Le Gac, recteur de Moréac ; M. Le Meaux, vicaire de Larmor (celui-ci à l'hôpital de laMotta), disparurent pendant le dernier mois de 1797.
En 1798 : Pierre Boullio, vicaire de Ruffiac, à Orense; — et à Alcala, le vicaire de Locminé, l'abbé Le Bêne.
Pendant l'année 1799, la nécrologie se charge de bien des noms : à Potès, le recteur de Saint- Patern, M. Le Croisier; à Nava del Rey, le recteur de Croix, M. Landrain; — et sept autres à Orense : MM. Le Pironnec, de Noyal-Musillac ; Michel, de Malansac; François Morgan, recteur de Languidic; Le Cloarec, prêtre d'Ambon; Le Bars, vicaire
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de Cléguérec ; Jean Le Bot, recteur de Rohom ; Le ïexier, chapelain d'Auray.
Le 7 mai 1800, à Guismondo, mourait l'abbé Raveneau,frèredeMmeLe Floc'h, qui habitait près de Port-Louis et dont l'abbé de Talhouët fait assez souvent mention dans ses lettres. 11 était malade depuis longtemps et n'en travaillait pas moins avec ardeur à des études théologiques; ses relations étaient fréquentes avec MM. Nourry et Jeffredo, et, se sentant prêt à être rappelé de ce monde, c'est à eux qu'il demande d'acquitter les messes qu'on lui a confiées. Le jeune abbé Rochard * lui sert de secrétaire, puis de garde-malade, et l'on voit la plus touchante charité régner dans les rapports de tous ces bons prêtres, gais malgré leur détresse et soucieux seulement- du sort de leurs paroisses.
L'abbé de Talhouët parut décidé à ne pas quitter encore Valladolid; il demanda même qu'on lui fît parvenir quelques livres. Il les reçut par l'intermédiaire du consul d'Espagne à Nantes et du chevalier de Saint- Aignan, cousin de sa belle sœur de Talhouët. Il prit la précaution, pour répondre au désir de ses soeurs, de faire rédiger un écrit notarié, constatant qu'il n'avait jamais émigré, mais il s'en tint là ^.
1. Il avait un frère, professeur à la clinique de Strasbourg, qui fit à Paris des démarches pour lui obtenir un passeport; mais il y eut des longueurs; il engagea Tabbé Rochard à revenir purement et simplement sans formalité officielle.