octobre
3. M. l'abbé Raveneau traduisit du castillan en français un Recueil de méditations sur le Sacré-Cœur, qui n'était luimême qu'une traduction du P. Croiset.
coup d'heures lui restaient encore, de ces longues heures que l'isolement fait si lourdement peser sur les épaules des gens qui attendent.
Il examinait alors les mœurs de cette nation où • dix années de séjour ininterrompu lui donnaient droit de cité. Il admirait chez ce peuple qui l'entourait une piété profonde, une simplicité extérieure lui rappelant sa chère Bretagne.
« Je fus édifié la première fois que je vis, au son de la plus grosse des cloches annoncé longtemps par celui d'une petite dont le son argentin est perçant, tout un peuple s'arrêter au milieu des rues et des places d'une ville commerçante, et, la tête nue, réciieYl'Anffelus. Quant à la prière qui se dit dans toutes les maisons, à commencer par la Cour, elle consiste dans un chapelet de six dizaines ordinairement, quelquefois du rosaire entier, avec les litanies de la sainte Vierge, les actes de foi, d'espérance et de charité, le Salve Regina, le Pater, l'Ave, le Credo, le Confiteor et beaucoup de formules auxquelles sont attachées des indulgences. C'est ordinairement le chapelain, quand il y en a un, ou le maître de la maison, qui commence. »
Par ailleurs, il voyait s'élever, chez le gouvernement espagnol, un esprit de nouveauté et A& tolérance dont les conséquences ne parurent pas si admirables qu'il ne fallut bientôt revenir aux sévères, mais sages prohibitions du passé.
La faculté d'entrer en Espagne accordée aux Juifs avait été promptement suivie des inconvé-
ioO UN CURÉ d'autrefois
jiieiits et des dangers qui accompagnent d'ordinaire cette race malheureuse et malfaisante *. Charles IV rappela les anciennes lois contre les juifs : tous furent tenus, descendant à terre et entrant dans le royaume, de prévenir le tribunal de l'Inquisition et de demeurer sous sa surveillance^,
L'Inquisition! Epouvantait dont M. de Talhouët put voir de près la très débonnaire réalité. S'il avait entretenu quelques appréhensions sur ce tribunal de sang, nul doute que ces préventions n'aient été dissipées. Il eut sous les yeux, à Valladolidmôme, un exemple de sa juridiction, de sa procédure et de ses sentences.
Dans la ville habitaient des frères Santander, imprimeurs et libraires. Moyennant finances, ils rendaient beaucoup de petits services de tout genre
1 «... Les Juifs ont obtenu la liberté de rentrer en Espagne ; mais ils ne pourront d'abord s'établir qu'à Cadix. I^e prince de la Paix, en politique habile, veut habituer peu à peu la nation espagnole à se familiariser avec des hommes qu'elle a en horreur. — Cette permission accordée aux Juifs a le double avantage de faire briller les principes philosophiques du prince de la Paix et d'offrir de nouvelles ressources au gouvernement espagnol. On ^assure que les Juifs s'engagent à retirer de la circulation le papier-monnaie; ce papier s'e'lève à 525 millions de livres tournois, somme énorme dans un pays qui a très peu d'industrie. Au reste, il n'y a nul doute qu'on ne fasse payer aux Juifs le loyer de leur nouvelle habitation. »
Bulletin de Labène, premier secrétaire d'ambassade à Madrid, au ministre des relations extérieures (10 floréal an V, 29 août 1797). Archiver des affaires étrangères, Espagne. Volume 647, folio 199.