Gédule royale du 8 juin
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aux prisonniers de guerre internés. Après maints avertissements préalables et plusieurs infractions pardonnées, ils continuaient à introduire des livres français prohibés. L'autorité civile se lassa et ils furent arrêtés par ordre de l'Inquisition. — Savary — (si le futur duc de Rovigo avait été doué de quelque prescience, il aurait sans doute été plus indulgent pour les mesures de haute police) — Savary rapporta le fait à Talleyrand, alors ministre des relations extérieures, et l'intéressa au sort de ces « victimes du fanatisme ». — Je ne sais ce que l'intervention de l'ancien évoque d'Autun put obtenir dans la suite, mais les terribles traitements de l'Inquisition avaient été par eux-mêmes assez bénins.
« On laissa aux frères Santander le libre usage de leurs presses, on remit à leur mère tout l'argent qui se trouva chez eux, on leur accorda les livres et les journaux qu'ils demandèrent pour leur amusement, on leur permit d'adresser à leur mère tous les renseignements qu'ils voulurent pour la direction de leur commerce et toute espèce de papiers non en rapport avec leur procès. Aussitôt après les consultations de leurs avocats, le tribunal lit passer leur dossier avant tous les autres *. »
Ce procès, qui fut la grosse affaire des oisifs de Yalladolid pendant l'hiver de 1799, ne manqua pas d'intéresser M. de Talhouët et de l'instruire.
1. Archives des affaires étrangères, Espagne. Volumes 635 (fol. 303) et 6o4 (pièce 242). Décembre 1798 et avril 1709. Note du chevalier d'Urquijo.
J'ai rapporté ce trait avec les détails qui m'étaient connus, car il m'a paru capable d'éclairer, en passant, certains esprits qui parlent souvent de l'In- (jui^ition sans peut-être la bien connaître.
La nouveauté, la promptitude, l'inattendu des événements politiques qui se déroulaient enFrance, frappaient les exilés ; cette prodigieuse fortune du général Bonaparte bouleversait leurs calculs, même les moins téméraires , et confondait les esprits, même les plus audacieux, bien que, mieux que beaucoup d'autres, les ecclésiastiques n'eussent jamais fait reposer leur espérance sur des chimères, ni confié leur cause aux moyens humains.
« J'attends bien peu des succès militaires le rétablissement du bon ordre et de la religion en France, — écrivait un ami de l'abbé de Talhouët, — car, si je viens à réfléchir sur tous les événements qui se sontpassés depuis le commencement de la Révolution, il me semble voir que Dieu n'a pas jugé à propos de se servir des moyens humains pour ce rétablissement. Quels sont ses motifs? Je les adore, sans chercher à les pénétrer. Un de mes fondements d'espérance, c'est de savoir que tous les efforts ont été inutiles pour étouffer dans le cœur des Français leur attachement à la religion catholique, apostolique et romaine*. »
Les condescendances multipliées de la cour d'Espagne pour le Premier Consul leur indi-