Lettre de M. Raveneau à l'abbé Nourry
quaient toute l'importance que ce dernier prenait dans les affaires européennes, et ils savaient trop l'attachement de Charles IV aux règles de l'étiquette pour ne pas être frappés de la signification que devaient avoir ses avances au chef du gouvernement français.
Toute l'Espagne ne parlait alors que du présent royal * envoyé à Bonaparte, et la frivolité des détails ne laissait pas que d'être instructive pour les esprits prévoyants.
Ce qui pouvait porter plus encore aux réflexions sérieuses, c'était la présence, dans la péninsule, des troupes françaises envoyées pour réduire le Portugal. Leur cocarde tricolore n'était pas bien vue des populations royalistes; leur séjour était à la fois onéreux et pénible à la pauvreté et à la fierté castillanes; leur expédition avait été sans objet : tout cela causait une irritation sourde des deux côtés, et l'armée d'occupation quitta le royaume sans emporter de regrets, sans en laisser derrière elle,
Yalladolid était sur sa l'oute. L'abbé de Talhouët, accouru au passage de ses compatriotes, ne recon-
1. « On mande que le roi d'Espagne a fait présent à Bonaparte de 30 chevaux superbes. II y en a six de couleur de pêche qui sont, dit-on, la plus belle chose du monde. » — Lettre de l'abbé Rochard à M. Nourry, 10 juillet 1800.
Les on-dit populaires avaient, comme d'habitude, grossi le nombre : c'est 16 chevaux, d'ailleurs magnifiques et sortant des haras d'Aranjuez, queXharles IV envoyait à Paris. — Voir 1' Ambassade française en Espagne pendant la RÉVOLUTION, chapitre VI. Aucun épisode, malgré son apparence futile, n'est peut-être plus caractéristique.
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naissait guère, au milieu des frimas et de la boue, ces vainqueurs de l'Europe dont la renommée chantait les exploits. Son cœur n'en battait pas moins en revoyant des Bretons:
« L'armée française nous a enfin quittés ainsi que toute l'Espagne. Nos malheureux compatriotes auront eubien delà misère enroule, et ceux qui, parmi nous, ont eu le malheur de voyager en Espagne, vous le diront mieux qu'on ne peut le concevoir sans avoir fait ce voyage. Marcher par des pluies affreuses et arriver tout trempés au nombre de 1,000 à 1,200 hommes dans des villages de 15 à 20 maisons, quelle situation! C'était celle de nos compatriotes, et cependant ils partaient ravis parce qu'ils quittaient l'Espagne pour laquelle ils avaient tous conçu une haine bien profonde et pas aussi méritée qu'ils le pensaient; ravis enfin de rentrer en France, pays au-dessus de tous les autres, comme ils le publient d'après leur expérience.
ce Un de mes chagrins est de n'avoir pas vu les pauvres Hennebontais suivre leurs compagnons d'armes ; cela m'a été infiniment sensible. Je n'ai vu à leur passage que deux jeunes gens de Quéven,le cousin démon ami Leslé et unjeune homme du village de Marie Rivolin ^ »