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LA FIN DE L EXIL

Négociations entre le Saint-Siège et le Premier Consul. — L'abbé Grégoire s'efforce de recruter des adhérents en Espagne. — Le Concordat de 1801. — Mgr Amelot s'abstient d'y souscrire. — Controverses. — Promulgation officielle. — Adhésion immédiate de M, de Talhouët. — 11 s'embarque le S juillet à Saint-Sébastien. — Naufrage et mort de l'abbé de Talhouët le 28 juillet 1802.

La barrière qui s'élevait entre la France et M. de Talhouët parut enfin s'abaisser : les longues négociations entre le Saint-Siège et le Premier Consul étaient publiques, et tous les esprits demeuraient attentifs à en attendre le dénouement.

Le passé des négociateurs de Bonaparte, l'ambition bien connue de l'abbé Bernier *, l'ombre de Talleyrand qui se montrait dans la coulisse n'é-

1. (f Malheureusement, il avait plus d'ambition que de jugement, plus d'habileté que de principes, plus de désir de servira tout prix les desseins du Premier Consul, en qui il voyait un libérateur, que de courage et d'amour des intérêts sacrés de l'Église. « Dom Ciiamard, la Révolution, le Concordat et la liberté religieuse.

taient pas pour recommander très fort aux catholiques CCS interminables entretiens. Par ailleurs, on n'ignorait pas la position difficile du nouveau Pape, on n'avait pu oublier les violences qui avaient hâté la mort de son prédécesseur, et, malgré le secret dont on entourait officieusement ces négociations laborieuses, Bonaparte, pour intimider les représentants de Pie Vil, laissait volontiers transpirer ce qu'il convenait à sa politique de faire croire. On savait que deux fois les projets du gouvernement républicain avaient été écartés par la prudence de Rome, mais la présence isolée du cardinal Consalvi, à Paris, permettait de craindre, sinon pour sa fermeté, du moins pour ses forces physiques. Enfin, à l'heure même oii il était reçu comme l'envoyé du Saint-Père, par le plus inconvenant à-propos, les schismatiques tenaient impunément, en plein Paris, un synode qu'ils baptisaient du nom de Concile, oij les déclamations injurieuses étaient prodiguées à la chaire de Pierre. Tout cela pouvait et devait faire trembler.

C'est en Espagne que Grégoire, jalousé et quasi abandonné par ses complices de France, avait précisément prétendu recruter des adhérents.

Cet esprit vaniteux, mais actif, avait entamé une propagande de ses idées gallicanes par delà les Pyrénées, oii l'on peut dire qu'il ne trouvait pas d'écho si l'on néglige, comme il est juste, quelques très rares intrigants du jeune clergé espagnol contaminé par les maximes jansé-

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nistes. L'Inquisition était assez généralement l'objet de ses colères. Dès 1798 il envoyait au Directoire la diatribe suivante, qui semblait mieux la réclame d'un auteur trop peu lu que l'acte d'un « évoque » :

« Paris, 4 ventôse an VI.

« Citoyens Directeurs,

« L'Inquisition d'Espagne, non contente d'outrager tous les principes, vient encore d'outrager un Gouvernement fondé sur ceux de la justice et de la liberté, c'est- à-dire la République française. Dans le Diario de Madrid, du 9 décembre dernier (vieux style), est insérée une liste d'ouvrages condamnés par l'Inquisition. Elle censure entre autres un écrit que je ne connais pas, intitulé : État moral y politique et physique de la maison de Savoie, comme présentant une série de propositions contraires à la souveraineté, la noblesse et le clergé de Savoie. Certainement l'Inquisition n'ignore pas que le nom de Savoie n'appartient plus qu'à l'histoire, que ce pays, sous le nom de département du Mont-Blanc^ est réuni à la République française, et que les corporations y sont détruites ; et comme les censures de l' Inquisition sont proclamées dans les églises, on peut regarder cet article comme un moyen indirect de jeter de l'odieux sur la nation française. J'ai cru devoir vous dénoncer l'attentat de cette abominable In-

quîsition, contre laquelle je viens encore de jiublier un écrit.

« Salut et fraternité.

« Grégoire,

Membre du Conseil des Cinq-Cents '. »

Mais, à côté de ces mesquineries, Grégoire poursuivait le but plus sérieux d'entamer l'orthodoxie de certains prélats espagnols, et, lors du second « concile national » tenu à Paris en 1801, il espérait combler les lacunes trop visibles des adhérents français par la présence de quelques transfuges d'Espagne.

11 fît remettre dans les bureaux de l'Ambassade, à Paris, des copies d'une lettre de convocation écrite par « la commission intérimaire du concile national » aux évêques des autres Églises catho-

\. Archives des Affaires étrangères. Espagne. Vol. 651, f° 170. (Original.)

Talleyrand appuie cette pièce par une lettre à notre ambassadeur et il parle « du prétendu Saint-Office... de l'horreur qu'inspire tout ce qui vient de ce tribunal... des prétentions téméraires des tribunaux ecclésiastiques dont la juridiction paraît aussi peu définie que leur procédure est obscure et clandestine... que l'Inquisition soit flétrie par un acte de l'autorité souveraine contre ce tribunal qui doit tomber avec la théocratie romaine. . »

(12 ventôse an VU, P 190.)

Puis il écrit à Grégoire : « Il était conforme, citoyen, à vos principes de tolérance et d'humanité de publier contre l'Inquisition l'écrit que vous avez annoncé au Directoire, et c'était à une plume exercée comme la vôtre à faire sentir tout ce qu'a d'horrible et d'absurde cette institution. »

(13 ventôse, f» 216.)

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liques, demandant le concours de leurs lumières, en exposant son programme :

Discuter de nouveau les censures contre le dogme et la morale portées depuis le concile de Trente ; — ranimer la piété et le goût des études ecclésiastiques; — s'assurer dans le ministère des successeurs dignes de transmettre aux fidèles les vérités du salut; — rendre la discipline homogène ; — mettre fin aux divisions de l'Eglise gallicane ; — adresser un appel aux évoques étrangers, seuls juges impartiaux sur le procès pendant entre les anciens et nouveaux pasteurs de France.

Le roi d'Espagne s'émut et, comme « premier prince catholique », il envoya ses réflexions à Bonaparte.

Il craignait que cette assemblée, en étant très nombreuse (le public sera admis aux séances), ne soit tumultueuse, extravagante et nullement profitable (le grand nombre des dernières assemblées publiques de France tenues depuis dix ans en est la preuve). — Au lieu de la paix, les divisions vont s'accentuer, et la paix intérieure, en France, est nécessaire à l'Europe entière ; le gouvernement consulaire fera donc sagement de veiller sur ce danger. Le roi d'Espagne désirerait beaucoup voir les constitutionnels « se réunir dans la concorde et la communion la plus étroite au chef visible de l'Eglise, dont le centre et l'unité est celle de Rome ». Que la France réfléchisse donc avant de permettre l'ouverture d'une assemblée qui peut de-

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venir la source de conflits graves et d'embarras nombreux \

Malheureusement, ces sages avis étaient adressés par une autorité qui avait habitué le Premier Consul à ne pas résister à son omnipotence ; en marge de ce document curieux, on lit cette npte sèche et dédaigneuse de Bonaparte : « Renvoyé au ministre des relations extérieures, pour faire connaître à l'ambassadeur de la République à Madrid qu'il témoigne à Sa Majesté Catholique que le Gouvernement le remercie de ses conseils. » — Et ce fut tout ! ,

Spectateur bien placé de ces manœuvres, l'abbé de Talhouët demeurait inquiet. Quand le Concordat entre la France et le Saint-Siège fut signé, le 15 juillet 180i, il attendit encore., lesyetix tournés vers les évêques et particulièrement vers le sien.

On sait combien la question, enveloppée de ténèbres, prêta alors aux controverses. Les meilleurs esprits se divisèrent pour un temps ; la scission se produisit même au sein de l'épiscopat français. Des 81 évêques de France vivant encore en 1801, — 45, déférant au vœu du Saint-Siège, donnèrent immédiatement leur démission; 36 différèrent et parmi eux on compte Mgr Amelot, évêque de Vannes.

Mgr Amelot, réfugié successivement en Suisse, en Allemagne (Augsbourg) et en Angleterre, avait

1. Note transmise le 23 mai dSOl par Pedro de Cevallos, premier secrétaire d'État.

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suivi de très près les événements politiques. Lorsqu'on 1798 (IS août), les 48 évêques réfugiés en Angleterre publièrent, une Instruction sur les atteintes portées à la religion (1° par le schisnàe constitutionnel; .2" par le gouvernement républicain), il avait été des premiers signataires. Il continuait, autant que le trouble des temps le permettait, à administrer son diocèse : ses grands vicaires transmettaient ses instructions, respectueusement acceptées par les fidèles et par les chouans.

Subissant l'influence de l'archevêque de Narbonne, Mgr Dillon, certainement plus genlilhoTnmtî qu'évoque, sa démission lui parut un sacrifice trop dur et sa fidélité au roi parla plus haut que sa soumission au Pape. Il manqua de foi dans les promesses faites à Pierre, mais, du moins, ne voulant pas être le prétexte d'une scission déplorable dans son ancien diocèse, il se cantonna dans une abstention silencieuse et. se défendit tout exercice de juridiction ^

1. 11 rentra en France en 1814. Quelques catholiques, suivant les errements de la « Petite Église »,-paraifsaient disposés à le regarder comme, le pasteur légitime. Le titulaire véritable, Mgr de Bausset, avec une générosité tout apostolique, offrit au vieil évèque de descendre de son siège et de l'y faire monter. Mgr Amelot refusa avec une ferme humilité et ne voulut même pas paraître à Vannes. Les dissidents s'obstinant à se retrancher derrière son silence, il prit la plume, tardivement sans doute, mais avec franchise, et écrivit à l'abbé Le Gai, vicaire général, le 5 avril 1821 :

« Mon silence a pu laisser des doutes, et c'est un devoir pour moi de les faire cesser; c'est d'ailleurs, dans l'état de faiblesse où je suis, le seul service que je puisse encore

Pour ne rien dire de plus, c'était une lourde faute, car cette abstention seule devait faire naître, chez les prêtres exilés, des perplexités et des doutes. 11 en fut ainsi. En apprenant les procédés, malheureusement trop véridiquos, d'intimidation et même la tentative scandaleuse de l'abbé Bernier de faire signer au cardinal Consalvi des pièces falsifiées, l'hésitation augmentait. Ce qui nous parait aujourd'hui très simple ne l'apparaissait point du tout aux contemporains, et il est fort compréhensible que des prêtres, souffrant l'exil depuis dix ans, échappés aux persécutions les plus sanglantes, aient montré dans la délicatesse de leur fidélité une défiance un peu chatouilleuse vis-à-vis d'un acte qui était, pour partie, l'œuvre des prescripteurs. La question politique se liait à la question religieuse, — ce qui serait une preuve de plus de la nécessité de les toujours bien séparer, — et tout naturellement produisait un recul

rendre au diocèse. C'est avec une extrême douleur, mais une entière liberté, que je me suis de'cidé à me démettre du gouvernement de mon église. J'ai remis à Sa Majesté l'acte de ma démission. J'ai déclaré par cet acte et je de'clare de nouveau faire la démission de mon évêcbé. Je n'ai plus le titre de pasteur, mais j'en conserve tous les sentiments. Mon église aura toujours une part principale dans mes prières. Je me reconnais indigne du haut rang que j'ai occupé dans le saint ministère, et je supplie humblement le Seigneur de détourner ses regards des péchés de l'ancien pasteur, mais de considérer la foi toujours pure de son Église et d'y faire régner, constamment l'union, la concorde et la paix. »

Mgr Amelot mourut à Paris, aveugle et infirme, âgé de 88 ans, le 2 avril 18ï9, doyen des évéques de France.

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chez ceux qui avaient considéré le pouvoir légitime comme un élément indispensable pour la validité d'un Concordat. Les préjugés gallicans prêtaient aussi leur appui à une résistance contre ce que nous appellerions tous aujourd'hui la soumission au Pape et qu'il ne paraissait pas injurieux alors de décorer du nom de « prétentions ultramontaines ».

Enfin, les diocèses étaient dans le plus grand désarroi. Il y avait çà et là conflit entre les juridictions; tout prêtait à l'équivoque. Ce qui, aux yeux de l'histoire, proclame la sagesse de Rome et prouve précisément la nécessité d'un Concordat en 1801, augmentait, au moment de sa promulgation, la difficulté pratique de sa mise en œuvre. Livres, brochures, lettres, mandements s'imprimaient à l'envi et circulaient sous le manteau, venant justifier les conduites, prétendant élucider la question sans y toujours parvenir.

« La consolation de vous aller voir ne me paraît pas encore bien prochaine, écrivait l'abbé de ïalhouët\ La conclusion des grandes affaires, telle que je la désire, semble être encore éloignée. Que la volonté du bon Dieu soit faite! L'Eglise a souffert des persécutions si longues que la longueur de celle-ci ne peut pas tout à fait nous étonner, encore moins nous abattre. Je ne puis que vous exhorter tous, parents, amis et fidèles à qui j'appartiens à tant de titres, à prier constamment, à

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