‹ Un curé d'autrefois [microform]Chapitre 7 sur 106 · Brizeux, les Bretons · texte numérisé non relu

Brizeux, les Bretons

bâtre étincelantes comme des prismes sous les rayons pâlis du soleil, et la neige, qui s' étage sur les marches de la montée de Saint-Michel, donne l'illusion de ces cascades de glace aux dents pendantes, ou mieux encore d'une échelle toute Manche qui conduirait au cieJ.

La ville, avec ses bouquets et ses claires rivières, semble une vraie corbeille de fleurs nouée d'un ruban d'argent. A la place dunœucl, les comtes de Cornouailles bâtirent jadis un château fort, dont une des entrées était le pont de Goréquer (la hauteur de la ville) oii les vieux gonds de l'antique porte se voient encore, pendants le long de la muraille noircie de l'hôtel de Solminiac.

De l'autre côté de la rue, à cet endroit resserrée comme une gorge, s'élève une spacieuse maison, percée de vingt ouvertures pour ses deux étages, précédée d'une cour fermée d'une grille et s'ouvrant sur une petite esplanade qui domine un jardin bordé de bambous, descendant jusqu'à l'Isole,

Tout garde une tradition dans ce doux pays de Bretagne; la vieille maison n'a pas à rougir d'être privée de la sienne : on rapporte donc que deux lansquenets , s'étant pris de querelle, se seraient mutuellement enferrés sur une étroite langue de terre qui formait le chemin de ronde et que, enterrés là, ils dorment maintenant au bruit des flots qui glissent dans une douve profonde.

Quoi qu'il en soit, au commencement du XVIIP siècle, ces souvenirs tragiques étaient atténués, et c'est sans crainte des fantômes qu'en 1702

8 L'N CURÉ d'autrefois .

messire René Gouyqiiet du Plessis-Bocozel, colonel et capitaine garde-côtes de Port-Louis, en faisait l'acquisition ^ ■

L'hôtel ouvrit ses portes bien grandes lorsque, dans les premières années du règne de Louis XY, Yincent-Marie de Talhouët-Grationnaye, seigneur de Villeneuve, deTouroux, deKermo et du Leslé, capitaine de cavalerie et chevalier de Saint-Louis, revint, pour s'y fixer, dans son pays natal. Il retrouvait la famille de son parent, M. Gouyquet de BocozeP, au foyer duquel il s'était déjà assis quand il était resté orphelin avec sept sœurs en bas âge. Ces liens de la reconnaissance devinrent bientôt plus étroits : en 1732, son ancien tuteur lui accordait la main de sa fille, Ursule Catherine-Reine. M. de Talhouët était un esprit droit et modeste ; sa vie s'écoula désormais à Quimperlé et au château du Leslé, entre sa femme et les enfants que Dieu accorda à leur union. En .1733, il lui était lîé un fils qui devait à jamais illustrer son nom dans le désastre de Quiberon. Son second fils, Marie- Vincent-David, naquit en 1737^, sur la paroisse

i. Cet hôtel appartenait alors àAntoineMauduit, écuyer, qui l'avait acheté de Marguerite Aumont, dame du Linteo.

2. Ancienne famille qui avait figuré aux réformations de 1469 et de 1333. Un Gouyquet se distinguai Guingamp, et son nom est célébré dans les chants populaires de la Bretagne.

3. Vincent- Marie-David de Talhouët, né et baptisé à Saint-Colomban de Quimperlé par M. Gouy, recteur, le 14 avril 1737; flis de Vincent-Marie, chevalier, sieur de la Grationnaye, et de dame Ursule-Reine Gouyquet. Par-

Saint-Colomban, aujourd'hui détruite, mais qui alors dressait jSèrement ses gracieuses flèches du XV^ siècle.

C'est à lui que cette étude est consacrée.

Sa première enfance s'écoula à Quimperlé, daiis l'hôtel de son père, et au manoir du Leslé, près de PontscorfF. Lui aussi, il pouvait invoquer comme impression, comme sensation, comme souvenir.

Avec toules ses voix Tharmonieux malin S'éveillant et chantant à 1 horizon lointain ; Le noir Elle d'abord ou le Scorff à sa droite, Roulant ses claires eaux dans sa vallée étroite ; Et tel qu'un doux parfum, le chant de mille oiseaux S'élevant du vallon avec le bruit des eaux; La brise dans les joncs qui siffle et qui caresse ; Puis l'appel matinal de la première messe, Répété tour à tour, comme un salut chrétien, Du clocher de Cléj,'uer à celui de Kérieu *.

Son frère et lui furent envoyés au collège des PP. Jésuites à Quimper. C'était une ancienne et fort renommée maison d'éducation ^, toute la no-

rain : René Gouyquet, chevalier de Bocozel ; et marraine : demoiselle Julie-Françoise de Kerdevezan de Penlan. (Registres paroissiaux de Quimperlé.)

Mlle de Kerdevezan, cousine germaine du père de l'abbé de Talhouët, vécut dans la famille de son cousin jusqu'à son mariage; ou retrouvera souvent son nom pendant les premières années de la Révolution, quand elle était devenue Mme de Gouandour; son filleul lui avait voué un respectueux attachement.

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