Brizeux, Marie
2. Des lettres patentes du mois de juin 1621 créèrent le collège que des pétitions de notables demandaient depuis
blesse de Basse-Bretagne y était élevée. Les études y étaient sérieuses. Fréron, le célèbre et parfois l'heureux adversaire de Voltaire, en avait rappoi'té cette forte instruction littéraire qui le rendit si redoutable au « patriarche de Ferney », plus mordant qu'érudit.
Vincent de ïalhouët rencontra des condisciples qui ont montré dans la vie des qualités morales tout à l'honneur de leurs communs maîtres : Du Couëdic et La Tour d'Auvergne.
Du Couëdic, le héros de la Surveillante, l'intrépide marin dont les exploits firent tressaillir d'orgueil la France entière et chez qui le courage n'était pas la seule qualité. Des rapports amicaux durent d'autant plus facilement s'élablir entre eux, que leurs deux noms avaient été mêlés étroitement lors de la conjuration de 1720 et que rien ne rapproche comme des malheurs partagés * .
La Tour d'Auvergne, le premier grenadier de France, dont on a vanté la modestie, la bravoure et le désintéressement, mais chez qui il convient de louer tout autant la culture intellectuelle et le mérite scientifique.
Sur les mêmes bancs se trouva le trop fameux
de longues aimées. Des rivalités et des diffîculte's de tout genre ne permirent l'achèvement d'une très belle chapelle qu'en 1748, pendant que M. de Talhouët était élève. Les deux recteurs du temps de Vincent-David furent les PP. Joublet et de Kérilly.
1 Les quatre gentilshommes morts sur Téchafaud furent : le marquis de Pontcallec, de Montlouis, Lemoyne de Talhouët et du Couëdic.
Le Coz, plus tard évêque constitutionnel de Rennes, et après le Concordat archevêque de Besançon. S'il quitta le droit chemin par ambition, du moins son talent faisait l'éloge de ses études, et il garda toujours une intégrité de mœurs trop rare chez les tenants des erreurs qu'il défendit.
En même temps que sa quinzième année, Vincent de Talhouët achevait ses humanités. Il lui fallait choisir une carrière ; son extrême jeunesse justifie l'embarras qu'il ressentit. Les traditions des siens lui montraient deux voies également honorables : ses sept tantes paternelles avaient embrassé la vie religieuse ' ; son parent, l'abbé de Talhouët-Bonamour, était vicaire général de Rennes, et l'abbé de Sévérac était chanoine de la cathédrale de Quimper. — D'autre part, son grandpère et son père avaient suivi la carrière des armes ; son oncle, le chevalier de la Grationnaye, était encore au service, et s'il ne devait acquérir que quatre ans après, pendant l'expédition de Minorque, une renommée de brayoure toute spéciale ^,
1. Cinq étaient Ursulines à Quimperlé ; une, Clarisse à Dinan; la dernière, Bernardine à l'abbaye de la Joie, d'Hennebont.
2. A l'attaque du fort Saint-Charles, il ne voulut jamais se laisser précéder par aucune troupe. « Je suis, dit-il au maréchal de Richelieu, le premier capitaine de grenadiers de Tarmée et je tiendrai pour ennemis du roi tous ceux que je trouverai entre la place et moi. » Il fut blessé d'un coup de feu, mais il enleva la citadelle et la ville capitula. M. de la Grationnaye devint lieutenant-colonel de son régiment. Il consacrait à peu près exclusivement ses revenus à des œuvres de bienfaisance.
il avait déjà fait ses preuves àFontenoy, à Raucoux et à Berg-op Zoom.
Des exemples si proches impressionnèrent sans doute le jeune homme : il fit part de son choix à M. de Talhouët, qui s'empressa d'y souscrire ; déjà l'aîné était officier au régiment du Roi-Infanterie ; il ju^ea bon de tourner le cadet vers la marine et obtint pour lui un brevet d'aspirant. Mais Yincent témoigna le désir de servir dans la cavalerie; son père en parut mécontent, les choses traînèrent en longueur, des réflexions plus approfondies lui firent reconnaître le doigt de Dieu dans ce contretemps qui l'avait d'abord attristé, et sa vocation religieuse lui devint évidente.
D'un caractère décidé, il voulut que cette renonciation au monde fût complète et se fermer le chemin à des dignités que son nom n'aurait pas manqué de lui valoir promplement. Il ne contraria pas son inclination pour des maîtres qui lui étaient chers et vénérables et voulut suivre jusqu'au bout les leçons qu'ils lui avaient données.
Le comte de Talhouët était un trop bon chrétien pour disputer à Dieu le zèle de son fils. Après quelques jours passés dans la maison paternelle, celui-ci partit pour Paris, et, le 10 novembre 1753, il frappait à la porte du noviciat des PP. Jésuites, rue duPot-de-Fer-Saint-Sulpice.