LE RÈGNE DE LA PURGATION
Depuis une vingtaine d'années, la thérapeutique a subi une évolution cfue Ton pourrait aisément appeler une révolution : les sérums, les préparations opothérapiques, les ferments, les agents physiques, la psychothérapie, ont presque entièrement détruit et remplacé la plupart des moyens curatifs de l'ancienne médecine. Est-ce un bien, est-ce un mal? L'avenir en décidera ; mais, en tout cas, ce n'est pas faire œuvre de réactionnaire que de dire un dernier adieu et de rendre un dernier hommage à la vénérable thérapeutique de nos pères. Elle avait bien du bon, telle qu'elle était. Qui sait combien d'existences humaines ont été prolongées par
•j LA PURGATIOxX
une saignée opportune ; combien de douleurs ont été soulagées par le précieux, Tincomparable cataplasme ; combien Tétude attentive des plantes, de ce qu'on nommait les « simples », a fourni d'armes sérieuses à la pharmacopée ? Et la thérapeutique révulsive! Quelles merveilleuses ressources elle ofTrait, que nos jeunes générations de médecins ne soupçonnent même plus!
Mais tout ce passé est mort, et bien mort... à moins qu'il ne renaisse de ses cendres,
Multa renascentur quœ jam cecidere ;
et de nos jours, un médecin .qui se respecte s'interdit rigoureusement de recourir jamais à tous ces procédés d'un autre âge. A peine accorde-t-il quelque créance aux eaux minérales, sauf pour lui à s'informer d'abord, discrètement, de la station qui serait la plus agréable au malade et à sa famille.
Et cependant, sur les ruines du passé, se dresse encore victorieusement la purgation, avec son acolyte, le clystère. Si l'on ne rencontre plus d'adeptes du postea seignare,les deux autres principes du code médical formulé jadis par Molière, clysterium donare et ensuita purgare^ non seulement ont survécu à toutes les trans-