PREMIÈRE PARTIE
Historique du débat.
En 1858, dit Milne-Edwards (Leçons T. VIII , page 262), quelques naturalistes d'un mérite considérable présentèrent de nouveaux arguments en faveur de l’hypothèse des générations spontanées.
Le 20 décembre 1858, en effet, l’Académie des Sciences recevait le premier travail de Pouchet sur l’ITétérogénie, annonçant la production d’organismes dans un milieu privé d’air atmosphérique et composé de fragments de foin chauffés à l’étuve et de gaz oxygène ou d’air artificiel.
Milne-Edwards, Payen. de Quatrefages, Claude Bernard et Dumas se soulevèrent immédiatement contre les assertions de leur confrère et Lacaze-Duthiers vint aussitôt « réclamer une part dans la protestation énergique » de l’Académie contre les générations spontanées.
Devant cette levée de boucliers, Pouchet accepta néanmoins le combat.
Aussitôt la lutte engagée, l’Académie reçut de Mantegazza, de Turin, communication des recherches sur la génération des infusoires qu’il avait adressées à l’Institut Lombard en 1852 et qui concordaient avec les résultats obtenus par Pouchet. Mais, en même temps, Yan Beneden, Jobard et Gaultier de Claubry vinrent prendre rang parmi les panspermistes, soutenant que la résistance vitale des germes était beaucoup plus considérable qu’on ne le suppose, et que les moyens de destruction mis en usage par les hétérogénistes étaient insuffisants. De son côté, de Quatrefages déclara avoir rencontré, en grand nombre, dans l’air qu’il avait examiné : « de ces petits corps sphériques ou ovoïdes que connaissent bien tous les micrographes et qui font naître involontairement l’idée d’un œuf d’une excessive petitesse. »
Soumettant à l’examen microscopique, les corpuscules en
suspension dans l'atmosphère, Pouchet n’y avait pu reconnaître la présence de ces innombrables germes dont on l’encombrait et montra à de Quatrefages que ses œufs n’étaient que ce des grains de fécule et des granules de silice. »
L’Académie des Sciences proposa alors, pour 1862, un prix de deux mille cinq cents francs à celui qui , par des expériences bien faites Jettera un jour nouveau sur la question des générations dites spontanées.
L’action de la température et des autres agents physiques sur la résistance vitale des organismes inférieurs devait, naturellement, être invoquée.
Cette question caractérisa, en effet, la seconde phase du débat.
Nous ne rappellerons ici que pour mémoire, la polémique qui s’engagea alors entre Doyère, d’un côté, et de l’autre, Pouchet, Tinel et l’auteur de ce travail. Nous l’avons fait ailleurs en discutant également les travaux de Davaine, Gavarret et Broca sur le même sujet. (Actes du Muséum de Rouen , 1860). Ces recherches ont trait, pour la plupart, à d’autres animaux que ceux que l’on rencontre dans les expériences d’hétérogénie, c’est pourquoi nous n’insistons pas. Mais ce qu’il nous faut dire, c’est que Pasteur soutint, contre Claude Bernard et autres que, rebelles à l’action de l’eau bouillante, les œufs de certains infusoires pouvaient braver une température humide de cent degrés. Il fut, plus tard, suivi dans cette voie par le vicomte Gaston d’Auvray qui, au commencement de 1864, proclama l’incombustibilité absolue des œufs et des spores des proto-organismes.
L’apparition, en octobre 1859, de Y Hétérogénie ou traité de la génération spontanée du physiologiste rouennais, fut le point de départ d’une nouvelle phase dans laquelle combattirent principalement, en France, Pouchet, Joly et Musset, d’un côté; Pasteur, de l’autre.
Dans son ouvrage, Pouchet, après avoir étudié les conditions préliminaires de la spontéparité, discute l’hypothèse de la dissémination des germes, fait assister le lecteur aux diverses périodes du développement spontané des microzoaires, et formule les lois de l’hétérogénie. Ses nombreuses publications ultérieures ne firent, en apportant des faits nouveaux, que confirmer ses premières assertions.
Le 6 février 1860, Pasteur releva le gant que Pouchet venait
de jeter aux successeurs de Spallanzani. Une lutte de quatre années s’engagea alors.
Après avoir procédé à l’examen microscopique de la poussière flottante, et constaté la réalité de plusieurs des assertions de Pouchet, Pasteur reconnut cependant dans l’air, la présence de corpuscules organisas, bien qu’en trop petit nombre pour justifier l’assertion qu’un volume très restreint d’air soit capable de faire naître, dans une infusion, toutes les espèces d’infusoires et toutes les cryptogames propres à cette infusion. Mais, il prétendit que cette opinion est fort exagérée, et que l’on peut toujours mettre en contact avec une infusion qui a été portée à l’ébullition, un volume d’air considérable, sans qu’il s’y développe la moindre production organisée.
Les hétérogénistes n’ont jamais cessé de soutenir que cette assertion était en désaccord avec les résultats obtenus par eux.
Vers la même époque, Joly, professeur à la Faculté des Sciences de Toulouse, se livrait, de concert avec Ch. Musset, à l’étude microscopique de l’air. Ces deux observateurs consta têrent, dans plusieurs mémoires successifs, la pauvreté de l’atmosphère en fait de germes vivants, et arrivèrent ainsi aux mêmes conclusions que Pouchet. Il en fut de même, dans la suite, de Béchy, de Wymann et de Schaaffhausen.
Pasteur n’en persévéra pas moins dans ses recherches et, réunissant en un volume ses premières communications, il publia, en 1861, son Mémoire sur les corpuscules organisés qui existent dans V atmosphère .
Les hétérogénistes, aussitôt, réfutèrent les différents chapitres de cet important travail sur lequel Joly lut, plus tard, à l’Académie des Sciences de Toulouse, un Examen critique devenu l’une des principales pièces de la discussion.
L’hypothèse de la dissémination universelle des germes fit alors place à une autre : la panspermie limitée. L’atmosphère n’est plus de toutes parts encombré de germes, mais, selon Pasteur, ceux-ci n’en existent pas moins, et, resserrés dans d’étroites limites, ils le parcourent sous forme de veines ou de nuages.
Le 8 octobre 1860, Pasteur reconnut, avec les hétérogénistes, que (( si la plus minime portion d’air ordinaire développe des organismes dans une infusion quelconque, il faut, de toute nécessité, au cas où ces organismes ne sont pas spontanés, que
dans cette portion si petite d’air commun, il y ait les germes d’une multitude de productions diverses, et qu’enfm, si les choses sont telles, l’air ordinaire (selon les expressions de Pouchet) doit être encombré de matière organique ; elle y formerait brouillard. Ce raisonnement, ajoute -t-il est assurément fort sensé, d’autant plus que toutes les espèces inférieures , qui se montrent distinctes , semblent l’être réellement et provenir, par conséquent , de germes différents. » Mais, ajoute-t-il, il n’est pas vrai qu’il y ait continuité de la cause des générations spontanées dans l’athmosphère terrestre. Pasteur se séparait ainsi de Bonnet, Spallanzani, Milne- Edwards, Payen, Dumas, de Quatrefages, Lacaze-Duthiers, etc, ses prédécesseurs, pour prendre la défense d’une panspermie limitée.
Les hétérogénistes nièrent formellement l'assertion de leur adversaire, prétendant que x partout » et « toujours » leurs ballons étaient féconds et que ce n’est qu’en paralysant les conditions fondamentales de la genèse spontanée qu’ils obtenaient, à leur gré, les mêmes résultats que lui.
Les brochures s’amoncelaient, les communications de part et d’autre se succédaient à l’Institut, lorsqu’enfm l’époque du concours arriva. Les commissaires nommés étaient : Geoffroy- Saint-Hilaire, Serres, Milne-Edwards, Brongniart et Flourens. La majorité s’était à l’avance déclarée panspermiste : Geoffroy- Saint-Hilaire et Serres, seuls, n’avaient point d’opinion arrêtée ; le premier mourut, le second fut remplacé ; Claude Bernard et Coste, complétèrent la commission. Les hétérogénistes n’en persistèrent pas moins dans leur résolution de prendre part au concours ; mais, quelques-uns des juges ayant fait connaître leur solution avant examen préalable des pièces du procès, Pouchet crut devoir annoncer qu’il se retirait du concours. Sa retraite dut solidairement entraîner celles de Joly et de Musset. Pasteur resta seul dans l'arène, le prix Alhumbert lui fut décerné le 29 décembre 1862.
Pendant que Pasteur voyait ses nouvelles recherches sur les ferments et les fermentations contredites par les résultats de Lemaire ; Musset, dans ses Nouvelles recherches expérimentales sur V hétérogénie, ainsi que Joly, Schaaffausen, Pouchet et Mantegazza, l’attaquaient sur tous les points à la fois.
L’anniversaire du succès de Pasteur à l’Académie approchait,
lorsque Poucliet fit paraître ses Nouvelles expériences sur la génération spontanée et la résistance vitale. Il livrait ainsi à la publicité le manuscrit rédigé en vue du concours de l’année précédente.
On vit alors ses adversaires recourir aux leçons publiques pour continuer la lutte. Milne-Edwards et Claude Bernard à la Faculté des Sciences, Coste au Collège de France, Pasteur à la Sorbonne, professèrent que la question des générations spontanées était absolument jugée, et que les récents travaux du lauréat de l’Académie, l’avaient à jamais placée au nombre des hypothèses surannées.
Pendant ce temps, le volume de Poucliet faisait son chemin ; on entendait même parler d’une conférence publique dans laquelle le directeur du Muséum de Rouen prenant, l’une après l’autre, les expériences de son antagoniste les avait réfutées.
L’Académie elle-même s’en émut et crut devoir consentir au mois de janvier 1864, sur la proposition de Pouchet, Joly et Musset, acceptée par Pasteur, à assister à une nouvelle lutte entre les deux partis.
A cet effet, elle nomma une Commission composée de Dumas, Milne-Edwards, Brongniart, Balard et Flourens, chargée de faire répéter devant elle, au mois de juin suivant, « les expériences dont les résultats sont invoqués comme favorables ou contraires à la doctrine des générations spontanées.
A l’époque fixée, Pouchet, Joly et Musset se rendirent au Muséum d’histoire naturelle, dans le laboratoire de Chevreul où les expériences devaient être faites. Ils y trouvèrent réunis les membres de la Commission, et Pasteur se mit aussitôt à l’œuvre. Il s’agissait de démontrer expérimentalement la réalité de la semi-panspermie , de la panspermie localisée.
Pour cela, il prit un liquide préparé d’avance, remplit à moitié de cette liqueur plusieurs ballons à col effilé après l’avoir filtrée, fit bouillir et ferma à la lampe, pour opérer ensuite des prises d’air en différents lieux.
Mais, Joly fit remarquer que le liquide employé était loin d’être uniforme dans toute la hauteur du vase où il était préparé depuis plusieurs heures et que les ballons n’étaient, par conséquent, pas comparables entre eux. De son côté, Musset dénonça une deuxième cause d’erreur en ajoutant que le liquide des ballons avait été inégalement bouilli. Qu’au bout d’un
certain temps, ajoutèrent-ils, quelques-uns seulement des ballons se peuplent de moisissures, tandis que d’autres restent improductifs, M. Pasteur en conclura que les premiers ont été préparés au milieu d’un nuage de germes et les seconds, au contraire, dans une zone athmosphérique stérile. Pour nous, au contraire, la différence dans les résultats s’expliquera par une inégale fermentescibilité des liqueurs en expériences. Ces objections parurent si sérieuses à Flourens, l’un des membres de la Commission et, cependant, l’un des adversaires les plus décidés de l’hétérogénie, qu’il ne put s’empêcher d’observer que rien, jusqu’ici, « n’avait été dit de plus fort contre les expériences de M. Pasteur. »
Les hétérogénistes crurent le moment venu de procéder à leurs expériences ; mais il leur fut signifié que la Commission pouvait tout réduire aux épreuves qu’elle jugerait convenables, et ne voulait, en aucune manière, accepter leur programme d’expériences, ni prendre vis à vis d’eux aucun engagement. Pouchet, Joly et Musset, rappelant alors les termes mêmes des Comptes-rendus et ceux de leur lettre de convocation, refusèrent de se renfermer dans un cercle aussi restreint et crurent, de leur dignité, de se retirer en attendant, dit Joly, « qu’on leur donnât le signal d’une vraie bataille. » La presse scientifique fut alors peu favorable à la Commission ; Victor Meunier, entre autres, révéla les détails de cette triste affaire dans X Opinion nationale et dans la Science et les Savants en 1864 , et Musset, appréciant, lui-même, le Rapport de la Commission : « il s’éloigne autant de la vérité, dit-il, que de l’erreur et il ressemble à l’une et à l’autre, tout en différant des deux. »
Repoussée par l’Académie, l’hétérogénie en appela au public. Joly fit deux conférences qui provoquèrent, de la part de l’auditoire, les plus entraînantes manifestations. La première eut lieu le 28 juin 1864, dans l’Amphithéâtre de la Faculté de médecine de Paris, et l’autre, le 1er mars de l’année suivante, dans la Salle de la rue Cadet.
Ainsi se termina la troisième phase du débat.
Jusque là, les expériences in vitro avaient, presque seules, occupé la scène ; toute la partie embryogénique de la question était restée intacte. Aux observations de Pouchet sur le développement spontané des microzoaires, Pasteur n’avait répondu
qu’à priori : «œuvre d’une imagination féconde », avait-il dit, « guidée par des observations erronées. »
La Commission académique, nommée pour répéter les expériences contradictoires, n’ayant pu s’entendre avec les hétérogénistes : M. E. Fremy mit gracieusement le laboratoire du Muséum à leur disposition. Là, Pouchet, Joly et Musset purent répéter, devant témoins, leurs principales expériences. Coste se trouvait là. Il manifesta un vif étonnement à la vue des résultats obtenus et formula le dessein de faire une étude approfondie de la question.
M. Coste inaugura, en effet, le 25 juillet 1864 la quatrième période du débat ou période embryogénique , sur le développement des infusoires ciliés dans une macération de foin.
Les Infusoires, dit-il, apparaissent dans les infusions avant la formation de la membrane proligère dont ils proviennent au dire des partisans de la génération spontanée ; ce que les hétérogénistes prennent pour des œufs spontanés , sont des animalcules enkystés, apportés par la substance fermentescible, et le peuplement des infusions est dû à une multiplication de ces derniers par scissiparité.
Le travail de Coste obtint un grand succès non seulement à l’Académie mais dans certains organes de la presse parisienne : les Mondes , la Presse , le Temps. Mais, Pouchet réfuta immédiatement les assertions de son contradicteur. Les infusoires dont parle M. Coste, dit-il, n’ont rien à faire dans les expériences d'hétérogénie, et il signala les caractères différentiels de l’œuf spontané et du kyste. Nous reviendrons sur ce point dans la deuxième partie de ce travail consacrée à l’expérimentation.
La question des générations spontanées continuait à préoccuper les savants. L’un d’eux, que ses premières recherches avaient classé parmi les adversaires de l’hétérogénie, M. Donné, vint alors, à la suite de nouvelles expériences grossir la liste de ses défenseurs. Il en fut de même de Victor Meunier, Trécul, Onimus, etc.
Victor Meunier qui, jusqu’ici, s’en était tenu à la critique des prétentions panspermistes vint, en 1865, entretenir l’Académie des Sciences, des résultats de ses expériences personnelles.
Dans un Mémoire sur la Résistance vitale des holpodes enkystés , présenté à l’Institut le 4 décembre, il démontra que ces animalcules, loin de résister à l’ébullition, étaient com-
plètement détruits longtemps avant d’avoir atteint cette température.
V. Meunier soumit également au contrôle de l’expérience, les résultats obtenus par Pasteur à l’aide de ballons à cols tortueux et il arriva à une conclusion diamétralement opposée.
Il adressa, à ce sujet, dans le courant de l’année 1865, plusieurs notes à l’Académie ; mais, Pasteur lui répondit le 18 décembre, dans une communication ayant pour titre : Observations verbales relatives à des notes communiquées à V Académie par M. V. Meunier dans les séances du 28 août, 11 septembre et 1 1 décembre , qu’il avait compromis le résultat de ses expériences en adaptant à ses ballons plusieurs tubes sinueux tandis que lui ne s’était servi que d’un seul. Le 22 janvier suivant, Meunier réfuta ces objections dans une Note qui déchaîna à l'Institut, une véritable tempête. Plusieurs fois interrompu, plusieurs fois sur le point de se voir retirer la parole parce qu’il reprochait à son adversaire la forme peu courtoise qu’il avait cru, dit-il, devoir prendre dans sa réponse; l’auteur, grâce à l'intervention de Dumas, put enfin terminer sa lecture.
Dans cette réplique, dont un extrait seulement figure aux Comptes-rendus , mais que la Presse scientifique des Deux- Mondes (16 janvier 1866) a reproduit intégralement, Meunier a répondu, par des expériences, aux objections de son antagoniste.
Un autre hétérogéniste, que ses travaux sur les vaisseaux laticifères et les phénomènes qui se passent dans les cellules de l’albumen de certains fruits ont fait prendre rang parmi les botanistes les plus distingués de notre époque, Trécul, communiqua, en 1865, à l’Académie, plusieurs Mémoires dans lesquels il déclara avoir vu, à l’aide du microscope, la substance organique renfermée dans certains organes végétaux se transformer par la putréfaction, pendant leur macération dans l’eau, en spores susceptibles de germer.
Cet important Mémoire ne figura pas aux Comptes-rendus de l’Académie. Le rapporteur de la Commission chargée d’apprécier les travaux de Trécul, ne jugea même pas à propos de l’analyser ; il regarda ces observations comme encore « trop obscures » pour s’y arrêter.
Nylander émit, alors, quelques doutes sur les faits rapportés par Trécul ; mais, ce dernier, armé de nouvelles observations, défendit ses premières assertions.
A la même époque, Donné qui, le 21 août 1863 avait pris rang parmi les panspermistes et avait, deux ans après, prié l’Académie de l'inscrire au nombre des hétérogénistes les plus convaincus, rétracta sa rétractation, déclarant que, définitivement, il se faisait panspermiste. Tour à tour combattu par les hétérogénistes et par Pasteur, on lui reprocha, soit de ne pas tenir un compte suffisant des exigences de ses adversaires, soit de poser, lui-même, des conditions aux phénomènes. Ajoutons que les professeurs Crivelli et Maggi, en répétant plusieurs fois P expérience qui avait fait, momentanément, de Donné un liétérogéniste, annoncèrent avoir vu, comme lui, les granules vitellins contenus dans les œufs, se transformer en bactéries et en vibrions ( Sulla produzione di alcuni organismi inferiori).
Le dernier travail de Pouchet que nous ayons à signaler a pour titre : Expériences comparées sur la résistance vitale de certains embryons végétaux.
Le 3 décembre 1866, le physiologiste rouennais démontra par l’expérience, que le tégument de certaines graines, pouvait protéger assez efficacement l’embryon pour permettre à celles-ci de germer après plusieurs heures d’ébullition. Dans ces conditions, l’embryon, ainsi protégé , se trouve soustrait à l’action de l’humidité et ne subit au sein de l’eau, qu’une température «sèche». Bien que ce fait, qui ne saurait être généralisé, ne concerne qu'un très petit nombre de plantes et n’est nullement applicable aux spores fragiles des moisissures, Pasteur essaya d’en tirer parti. Pouchet lui répondit : « Ces expériences confirment celles que nous avons faites sur les Mucédinées et dans lesquelles nous avons vu l’eau bouillante désorganiser leurs spores et par conséquent, rendre leur germination absolument impossible ».
Ne pouvant analyser, ici, les unes après les autres, les œuvres des savants qui ont cherché à élucider le problème de l’origine de la vie, nous avons cru devoir, dans ce résumé succinct, esquisser les différentes phases par lesquelles avait passé la question.
La polémique dont nous venons de retracer l’histoire, eut un grand retentissement dans la presse et ce serait faire une omission préjudiciable à ceux qui s’intéressent à cette importante
question de physiologie que de passer sous silence les articles que, depuis 1859, Victor Meunier, qui a lui-même pris part au débat, a successivement insérés dans V Ami des Sciences , V Opinion nationale , le Courrier des Sciences , la Science et les Savants et le Cos?nos.
Pendant dix années consécutives, l’attention du public fut tenue en éveil par des articles quotidiennement publiés sur la génération spontanée, au triple point de vue scientifique, philosophique et religieux. Collationnés et réunis en volumes, la plupart de ces publications font partie de la bibliothèque du Muséum de Rouen (Catalogue n° 1.849).
Enfin, le lecteur trouvera plus loin un Index bibliographique des travaux publiés sur’ l’hétérogénie, de 1858 à 1868, c'està-dire au cours du débat dont les principaux rôles furent tenus par Pouchet et Pasteur.