DEUXIÈME PARTIE
Expérimentation.
Depuis l’invention du microscope, les générations spontanées, admises jusque-là sans conteste, divisèrent le monde savant en deux camps : les partisans ou hétérogénistes et les adversaires ou panspermistes. Au nombre des premiers, nous nous bornerons à citer Buffon et Needham (xvme siècle), Poucliet, Mantegazza, Joly et Musset (xix3 siècle) ; parmi les seconds, Bedi, Spallanzani et Bonet (xvme siècle), Schwann, Schultz et Pasteur (xixe siècle).
Le 20 décembre 1858, l’Académie des Sciences recevait la première communication de Pouchet. Il annonçait la production d’organismes dans un milieu privé d’air atmosphérique et composé de fragments de foin chauffé à l’étuve et de gaz oxygène ou d’air artificiel. On lui objecta immédiatement la résistance vitale des germes, l’insuffisance des moyens de destruction employés et « la présence, en grand nombre, dans l’air, de petits corps sphériques ou ovoïdes qui font naître involontairement l’idée d’un œuf d’une extrême petitesse. »
Le débat sur l’hétérogénie souleva, en effet, plusieurs questions :
1° Celle de l’apparition et du développement de l’œuf spontané décrits par Pouchet et dont nous signalerons plus loin les phases ;
2° Celle de l’analyse anatomique de l’air ou aéroscopie. Pouchet y procédait à l’aide d’un instrument de son invention ; un aéroscope qui projette l’air sur des disques de verre en y concentrant ses corpuscules. xA défaut d’aéroscope, Joly exposait à l’air libre des plaques de verres enduites de glycérine. Pasteur faisait, à l’aide d’un aspirateur, passer un courant
d’air atmosphérique dans un tube renfermant une petite bourre de coton-poudre qui arrêtait les poussières. Le coton était, ensuite, traité par l’éther qui le dissolvait. Les parcelles solides retenues tombaient au fond du vase. Recueillies, Pasteur les examinait au microscope ;
3° L’expérimentation à ciel ouvert ou en vases clos. Ce genre de preuves nécessitait au préalable l’élucidation des deux questions. Il fallait connaître les conditions essentielles de la genèse spontanée afin de ne pas entraver sa marche et, d’autre part, déterminer les températures extrêmes auxquelles peuvent résister les microorganismes qui faisaient l’objet du débat.
Embryogénie des infusoires. — Pouchet publia en 1838, dans les Annales françaises et étrangères d’ anatomie et de physiologie , un mémoire, à l’occasion duquel il dit plus tard : « Je signale avec soin l’évolution du vitellus de la limnée ovale et je note un fait qui, aujourd’hui, a une certaine valeur, c’est qu’à l’origine le vitellus de ce mollusque est formé par une immense agglomération d’animalcules microscopiques, très animées pendant un certain temps et qui meurent ensuite et vont constituer les granules vitellins. Ce fait qui, à une époque, n’était qu’une simple observation, aujourd’hui se relie à l’évolution des microzoaires dans l’œuf spontané décrite depuis par moi. » Plus tard, en 1847, Pouchet professait dans son grand ouvrage sur Y Ovulation, l’origine spontanée de l’œuf des mammifères et en étendait les lois à toute la série animale. Nous le voyons, enfin, en 1858, poursuivant le même ordre d’idées et généralisant ses observations, annoncer que la génération primordiale, comme la génération sexuelle, a lieu à l’aide d’œufs produits par une pseudo-membrane formée à la surface des macérations. Cette pseudo-membrane est, pour lui, l’analogue de l’ovaire et le siège de phénomènes embryogéniques identiques. Elle est donc à l’ovule spontané ce que le tissu ovarique est à l’ovule maternel.
Une matière organique, un tissu organisé quelconque, est-il mis au contact de l’eau dans les conditions voulues de tempé rature, des phénomènes de fermentation ou de putréfaction
s'établissent. Un dégagement de gaz se produit et, au bout de quelques heures, un léger nuage blanchâtre se forme à la surface et s’épanouit en membrane. La membrane « proligère » de Pouchet.
Cette pellicule, étudiée à un grossissement de 400 à 420 diamètres, apparaît formée de bactéries, de monades ou de vibrions représentant la vie sous son aspect le plus rudimentaire et dus à une première genèse spontanée. Pouchet lui reconnaît quatre dispositions différentes. Il admet donc quatre sortes de pellicules : la 'pellicule granulée , composée exclusivement de bactéries et de monades, d’abord très actifs mais qui, au bout de quelques heures, deviennent immobiles et se réduisent en granulations ; la pellicule enchevêtrée qui apparaît en vingt-quatre heures, sous l’influence d’une température un peu plus élevée : elle est uniquement composée de vibrions qui s’agitent une journée ou deux puis s’enchevrêtent; la pellicule pseudo-cellulaire qui s’observe lorsque des infusoires, un peu plus élevés en organisation, succèdent aux vibrions et s’y ajoutent en s’immobilisant, d’où résulte la disposition utriculaire de la membrane; enfin, la pellicule mixte formée des divers éléments précédents.
De la concentration des cadavres de cette génération éphémère de microorganismes tout à fait primitifs, résulteront les microzoaires ciliés d’un ordre beaucoup plus élevé, tels que les Colpodes.
Les différentes phases du phénomène peuvent se résumer ainsi : 1° Concentration des granules en amas serrés, limités par une zone plus claire. Ces granulations, plus tassées au centre, sous forme de noyau constituent, au dire de Pouchet, les granules vitellins de l’œuf des microzoaires. 2° Délimitation de l’ovule spontané; dissémination uniforme des granules, le noyau cessant d’être apparent ; épaississement de la membrane limitante, d’où formation d’une sorte de chorion en une vingtaine d’heures. 3° Apparition de l’embryon, succédant à cet enkystement de l’ovule. Il se traduit, d’abord, par des mouvements gyratoires du vitellus, simples oscillations de la masse des granules, auxquelles succèdent des mouvements uniformes, réguliers, simulant une sphère qui tournerait lentement sous une membrane transparente. Le plus léger ébranlement, le simple choc d’un infusoire qui passe arrête immédiatement la gyration.
4° Apparition (Tun « punctum saliens ». Les granules vitellins présentent un point plus pâle, un organe est en train de se former et devient le siège de mouvements alternatifs de contraction et de dilatation. L’organisme se complète, l’embryon s’agite pour rompre la membrane qui l’emprisonne, et ses mouvements saccadés, irréguliers, diffèrent des mouvements gyratoires du début. Ces derniers sont instinctifs et redoublent d’intensité au plus léger choc d’un animal qui passe. 5° Eclosion du microzoaire cilié (1).
Discussion. — D’autres observateuis que Pouchet déclare rent avoir vérifié le fait et avoir assisté, comme lui, aux diverses phases de l’embryogénie des infusoires. Citons parmi eux :
Pineau, Nicolet, Joly, Musset, Mantegazza, Wyman, Schaffhausen.
Pasteur. — Pasteur se borna à résumer d’un mot son opinion a priori. « Observations erronées», dit-il à la page 105 de son Mémoire sur les corpuscules organisés de l'atmosphère. Il nie, en même temps, l’assertion de Pouchet « que l’apparition des premiers organismes est toujours précédée par des phénomènes de fermentation ou de putréfaction, et que la formation des animalcules dans les macérations, vient à la suite d’un dégagement de gaz divers dus à la décomposition des substances que l’on a employées, et que c’est après la manifestation de ces phénomènes qu’il se forme à sa surface des liquides une pellicule particulière. » Idem p. 50.
Coste. — Les œufs spontanés des hétérogénistes ne sont que des infusoires enkystés qui se multiplient par scissiparité. Les infusoires ciliés existent dans leurs liquides avant la formation de la membrane dite proligère.
Pouchet. — Durant le cours de leur existence et sous des
(1) Pouchet a représenté cette membrane proligère avec les diverses phases de l’embryogénie des infusoires, lig. 1 de la planche qui termine son volume : Nouvelles expériences sur la Génération spontanée. Cette ligure représente une membrane proligère formée de cadavres de monades, des nébuleuses embryonnaires (lür groupement des éléments de l’ovule), des nébuleuses plus avancées, l’ovule d’un microzoaire cilié commençant à se circonscrire, des ovules de plus en plus avancés, un ovule offrant la gyration, un autre encore plus avancé, un œuf où la gyration a cessé et dans lequel on aperçoit le punctum saliens. (Le lendemain, le jeune se meut dans l’œuf et éclot).
influences diverses les microzoaires se contractent en boule, s’enkystent. L’enkystement peut se produire par la privation d’eau et avoir pour but la préservation de l’individu; il peut-être le prélude de la reproduction ou celui de la mort. Mais les infusoires dont parle M. Coste n’ont rien à faire ici. Introduits avec les herbes mises en expérience ils reprennent, sous l’influence de l’humectation leurs manifestations vitales, ils précèdent toujours les phénomènes de fermentation ou de putréfaction et ils meurent aussitôt l’apparition de ces derniers pour céder la place aux microzoaires spontanés. D’ailleurs, d’où proviendraient, dans l’hypothèse de M. Coste, les colpodes que l’on obtient, non plus avec des plantes, mais avec des macérations de cerveau ou de ténias ayant séjourné plus d’une année dans l’alcool ? Une raison plus décisive encore existe : l’ovule spontané et le kyste présentent des caractères différentiels qui ne permettent pas de les confondre. L’ « œuf spontané » a une teinte pâle, transparente. Son enveloppe, fine, à peine visible, est régulièrement sphérique. Il présente une gyration régulière, avant l’apparition du punctum saliens et jusqu’à cette apparition seulement. Il manifeste ensuite des mouvements instinctifs bien différents des précédents. Enfin, il n’est pas revêtu de cils locomoteurs. Les « kystes » ont une teinte plus foncée, beaucoup moins homogène, beaucoup moins transparente. La peau qui forme la coque est épaisse, à contour irrégulier, munie de cils. Jamais on n’aperçoit à l’intérieur les fines granulations de l’œuf spontané. Leurs mouvements sont désordonnés, produits par les cils et de quelques instants de durée seulement. Les organes sont contractés à l’intérieur du kyste où l’on compte et mesure les lacunes ou poches stomacales.
Aéroscopie. — Pouchet procédait à l’analyse anatomique de l’air à l’aide de l’Aéroscope de son invention. Il employait aussi la voie humide, faisant barboter l’air dans une série de tubes en U, examinant ensuite les corpuscules que déposait l’eau qu’ils contenaient. Parfois aussi, il observait directement les corpuscules de l’air qui se déposent naturellement de tous côtés, soit en tombant pendant que celui-ci est calme, soit en
se trouvant recueillis par la pluie et la neige dans les hautes régions de l’athmosphère. Le procédé de Joly pour la micrographie de l’air consistait, nous l’avons dit, à exposer à l’air libre
des plaques de verre enduites de glycérine et à en taire l’examen deux mois après. Celui de Pasteur, à recueillir les poussières de l’air dans du coton-poudre qu’il dissolvait ensuite dans l’éther et à procéder à l’examen microscopique du dépôt.
Cet examen ne pouvait, dans l’état de la science, décéler dans l’eau ou l’air l’existence des microbes inconnus alors et si bien étudiés, depuis qu’on possède les moyens de les colorer. Mais, il permettait d’y trouver les spores des microphytes et les œufs des microzoaires ciliés que l’on rencontre dans les expériences d’hétérogénie.
Or, les hétérogénistes déclarèrent n’avoir pu constater que très exceptionnellement dans l’air, les germes des organismes qui peuplaient leurs infusions. Ce qu’ils voyaient communément dans la poussière aérienne, ce sont de nombreux débris de notre alimentation et de notre industrie tels que fécules, grains de silice, filaments de laine, de soie, ou de coton, parcelles de terre ou de fumée, débris d’insectes ou de plantes. Si au lieu d’opérer dans les cités populeuses, ils recueillaient l’air dans les solitudes lesplus profondes sur les montagnes ou au milieu de la mer ils voyaient, naturellement, varier la nature des corpuscules.
Discussion. — Pasteur. — Pasteur reconnaissait dans l’air, la présence de « corpuscules dont la forme et la structure annoncent qu’ils sont organisés ; mais, quant à affirmer, disait-il, que ceci est une spore, bien plus, la spore de telle espèce déterminée et que cela est un œuf et l’œuf de tel microzoaire, je crois que cela n’est pas possible ». Il se séparait ainsi de Bonnet qui
avait soutenu que les germes étaient invisibles et tellement transparents que la lumière les traverse sans refraction.
De Quatrefages. — M. de Quatrefages soutint de son côté avoir rencontré en grand nombre dans l’air « de petits corps sphériques ou ovoïdes qui font naître, involontairement, l’idée d’un œuf d’une extrême petitesse ».
Pouchet. — Pouchet prouva alors que les œufs que montrait M. de Quatrefages et dont il voyait, en effet, l’air encombré, étaient des « grains de fécule » bleuissant par l’iode et polarisant la lumière, des « granules calcaires » devenus transparents par leur extrême ténuité et des « granules de silice » qui ont l’apparence de petits œufs mais qui, portés à la température rouge dans un creuset de platine et additionnés d’acide chlorhydrique ne sont pas modifiés.
Les Micrographes, prétendaient reconnaître les spores et les œufs qu’ils ont dans le champ de leur microscope. Hoffman reconnaissait les spores des « cladosporium » et des « stemphilium », Pouchet, celles des « pénicillium », des « ascophora » et des « aspergillus » et il en était de même de Turpin, Montagne, Tulasne, Ch. Robin, etc. Les spores et les œufs ont, suivant eux des diamètres qui varient de 0,006 à 0,04. Le volume fort appréciable des grains de levure permettrait aussi d’en signaler la présence normale dans l’air. Or, disaient les hétérogénistes ce n’est que « très exceptionnellement» que nous rencontrons dans les poussières de l’air quelques spores ou quelques infusoires ordinairement contractés en boule.
IY
Conditions de la genèse spontanée. — Plusieurs conditions devaient se trouver réunies pour la formation spontanée des microorganismes, les unes essentielles, les autres accessoires. Il fallait un corps putrescible, de l’eau, de l’air naturel ou artificiel, ou l’un seulement de ses éléments, l’oxygène, et une certaine température. Plusieurs causes pouvaient favoriser le phénomène : une lumière diffuse, surtout la lumière blanche, pour l’apparition des organismes animaux, la lumière; verte pour celle des microphytes et enfin, de l’électricité.
Toute cause entravant le mouvement fermentescible, l’ébullition par exemple, ne pouvait qu’entraver l’organisation ou l’empêcher de se produire si elle était suffisamment prolongée. Pasteur déclara, lui-même, que le point faible de son Mémoire consistait en ce que toutes ses expériences «s’appliquaient à des matières cuites et non à des substances naturelles telle que la vie les élabore et à cet état où l’on sait bien qu’elles ont des vertus de transformation que l’ébullition détruit ». Les hétérogénistes lui ont souvent reproché de n’avoir pas tenu compte du principe qu’il avait formulé lui-même.
Résistance vitale. — Les organismes inférieurs présentent une résistance surprenante aux températures élevées et leur résistance au froid n’est pas moins considérable. Tout le monde fut d’accord sur ce point. La résistance vitale des microorganismes donna cependant lieu à un débat très vif auquel j’ai moimême pris part mais dont je ne saurais songer à résumer ici les phases diverses. Inutile de m’arrêter sur chacun des organismes qui en ont fait l’objet. Une seule chose nous importe : indiquer les chiffres qui concernent les microorganismes rencontrés dans les expériences d’hétérogénie et admis pour la discussion de ces dernières par les partisans comme par les adversaires de la genèse spontanée.
Personne ne songea à prétendre, avec le vicomte Gaston d’Auvray, que les œufs des microzoaires et les spores des microphytes jouissaient d’une incombustibilité absolue et que la température du rouge-blanc était sans effet sur eux. Spallanzani avait dit, avant lui, que les graines des moississures pouvaient résister à la chaleur d’un brasier ardent. Claude-Bernard a tranché la question. La vie n’est possible, dit-il, qu’entre certaines limites de température et ces limites varient pour les diverses espèces.
Comme leurs adversaires, les hétérogénistes reconnaissaient à certains organismes une résistance surprenante. Pouchet a même démontré que plusieurs d’entre eux pouvaient supporter facilement de brusques changements de température, franchir subitement un intervalle de plus de 100 degrés. Les organismes
inférieurs (monades, bactéries) survivent à l’exposition pendant une heure à — 5°, souvent à celle de — 15° pendant quelques instants, tandis que les microzoaires ciliés (colpodes, paramécies, vorticelles) meurent en quelques minutes à — 2°. Relativement à la résistance aux températures « humides », la plus importante à connaître avant d’entreprendre une expérience en vase clos, Pouchet a signalé un fait très curieux. Il a pu faire germer dans son laboratoire, après les avoir maintenues pendant quatre heures au milieu de l’eau bouillante, les graines d’un médicago américain. Il en donna l’explication qui n’est pas applicable aux œufs des infusoires ni aux spores des moisissures. Ces graines sont, en effet, recouvertes de téguments pouvant suffisamment protéger l’embryon qui, au sein de l’eau, ne subit qu’une température «sèche». Toutes ne germent pas; mais seulement celles dont les téguments sont restés intacts.
Les spores des mucédinées sont tuées, au dire de Bulliard et d’Hoffmann, par le simple contact de l’eau bouillante. Aucun infusoire, d’après Pouchet, ne supporte 55° humides et 45° seulement suffisent, d’après Morren, pour tuer tous les protozoaires. Les microzoaires ciliés périssent pour la plupart, au dire de Pouchet, au-dessous de 50°, et Victor Meunier a reconnu qu’une ébullition de dix minutes tue les colpodes « enkystés». Les « œufs » des paramécies et des vorticelles supportent souvent 70°, mais n’atteignent jamais 75°; Claude Bernard et Milne- Edwards fixèrent à 100° humides la limite de résistance audessus de laquelle tout organisme est tué. Pasteur, enfin, admit que les animalcules et leurs œufs peuvent soutenir une ébullition de quelques minutes, mais que les spores d’aucune sorte ne supportent la température humide de 100°. Il déclara, également, que deux à trois minutes d’ébullition suffisentpour rendre une urine stérile.
Voilà des limites de résistance vitale qu’il faut retenir pour apprécier les discussions auxquelles ont donné lieu les expériences qui vont suivre.
Expériences 4 ciel ouvert. — Les hétérogénistes ont invoqué, en faveur de leur thèse, quelques expériences à ciel ouvert, dans
lesquelles rien ne venait entraver la marche des phénomènes de genèse spontanée.
Expérience de Pouchet — De la colle de farine de blé, bouillante, est versée dans une cuvette de porcelaine à fond plat, sur une épaisseur d’un centimètre. Lorsqu’elle commença à se figer, on écrivit les mots « generatio spontanea» avec un pinceau imbibé d’une forte macération de poudre de noix de galle filtrée et on recouvrit la cuvette d’une lame de verre. Résultat : quatre jours après, par une température moyenne de 24 degrés et une pression de 0,76, l’inscription se dessinait en caractères noirs formés d’un champignon inconnu que Pouchet dénomma ; Aspergillus primigenius , tandis que le reste de la colle ne présentait aucune végétation.
Discussion. — Trécul. — On peut objecter que cette plante est née là, parce que ses spores, déposées par l’air, y ont trouvé un sol favorable à leur germination. Toutefois, il ne me semble pas probable qu’il en ait été ainsi, mais il n’y a rien de décisif à répondre.
Pouchet.— Si les spores provenaient de l’air, elles ne se seraient pas localisées sur l’inscription. D’un autre côté, soumises pendant quinze minutes à une température humide inférieure à 100 degrés, elles se sont désorganisées et la colle a été employée bouillante. Elles n’ont pas été apportées par la macération de noix de galle qui avait été filtrée et examinée au microscope. Leur coloration brune et leur diamètre (0,0028) les aurait aisément fait reconnaître.
Expérience de Pouchet. — On remplit une éprouvette d’une macération filtrée, très légère et on en verse une égale quantité dans une large cuvette. On place l’éprouvette au milieu de cette dernière et on recouvre le tout d’une cloche plongeant dans l’eau, afin de modérer l’évaporation. Résultat : quatre à cinq jours après, avec une température moyenne de 20 degrés, l’éprouvette présenta une membrane proligère épaisse, remplie de microzoaires « ciliés », tandis que la cuvette n’était recouverte que d’une pseudo-membrane arachnoïde sans aucun infusoire cilié. — Contrôle : On augmente dans la cuvette le volume de la macération et on le diminue dans l’éprouvette. Résultat inverse : monadaires dans l’éprouvette ; infusoires ciliés dans la cuvette.
Discussion. — Pouchet. — Comment, si les infusoires ou leurs œufs tombaient de l’air, l’un des deux liquides en serait-il seul dépositaire ? Le résultat obtenu s’explique, au contraire, si l’on tient compte de la genèse spontanée. Si dans Y « éprouvette », il y a des microzoaires ciliés, cela tient à ce que dans l’étroite
surface qu’offre le liquide, les cadavres des monadaires et des vibrioniens ont pu former une membrane proligère assez compacte pour devenir un stroma ovigère. Si, au contraire, dans la « cuvette », il n’y en a jamais un seul, cela tient à ce que la surface du liquide étant énormément plus considérable, ces mêmes cadavres ne forment qu’une membrane excessivement mince et qui ne s’élève point à la puissance d’un stroma proligère. La macération filtrée doit être naturellement très légère, sans quoi, on obtiendrait partout des microzoaires élevés; mais, avec un peu d’habitude, on arrive facilement à trouver le degré de concentration voulu.
Expérience de Pasteur. — Pasteur fait pénétrer dans deux ballons à cols tortueux et effilés à la lampe de l’eau sucrée albumineuse préalablement bouillie. Il porte, une seconde fois à l’ébullition, le contenu de l’un d’eux seulement. Résultat : 24 ou 48 heures après, le liquide non rebouilli s’est couvert de mucors divers, tandis qu’au bout de plusieurs mois, de plusieurs années, le second ballon était encore stérile.
Discussion. — Pasteur. — Dans le premier cas, le liquide s’est trouvé au contact d'un air rempli de germes ; de là, sa fertilité. Dans le second, au contraire, les œufs et les spores entrés précipitamment avec l’air lorsque le vide s’est produit dans le ballon au moment où on a arrêté l’ébullition, ont été tués par la température encore élevée du liquide et ceux qui, dans la suite, tendaient à s’y introduire au sein d’un air calme, sont restés, en vertu de la pesanteur, dans les courbures du col.
Pouchet, Joly, Musset, V. Meunier. — M. Pasteur fait usage d’un liquide insuffisamment putrescible auquel il enlève ensuite toute vertu de transformation en prolongeant l’ébullition. Son expérience met uniquement en relief quelques-unes des conditions défavorables à la production spontanée des proto-organismes. La même épreuve nous donne, à nous, des résultats contraires aux siens. Nous obtenons constamment des végétations microscopiques dans nos ballons à cols tortueux renfermant un liquide suffisamment putrescible, porté à l’ébullition avant et après son introduction dans l’appareil. Les expériences suivantes en font foi.
Expériences de Pouchet. — Pouchet remplit à moitié d’urine fraîche un ballon d’un décimètre cube de capacité. Il adapte au col un tube recourbé en bas et offrant
dix boules séparées par des rétrécissements ; puis, il fait bouillir l’urine jusqu’à cinq minutes, bien que M. Pasteur ait reconnu que deux à trois minutes d’ébullition suffisent pour rendre une urine stérile. L’air ne rentre ensuite dans le ballon qu’en traversant une route ascendante et tortueuse. Résultat : au bout d’un mois, avec une température moyenne de 20 0 5, la surface de l’urine se trouve envahie par des mucédinées.
Expérience de contrôle. — Dans le but de contrôler ce résultat, Pouchet répéta l’expérience avec du lait et de la colle de farine et fit, en plus, traverser à l'air une masse de coton. Résultat identique. Dans l’une de ces expériences avec de la colle de farine portée à 100 °, ce ne fut qu’après six mois que la colle se recouvrit de Pénicilliums, ce qu’il explique en disant que la production des micro-organismes est fatalement retardée dans des expériences qui présentent quelques-uns des inconvénients de celles exécutés en vases clos.
Expériences de V. Meunier. — Dans plusieurs expériences semblables, Victor Meunier obtint un résultat identique. Il vit même apparaître une espèce nouvelle qu’il dédia à Pasteur : Y Aspergillus Pastorii.
Expériences en vases clos. — Panspermie généralisée. — Abordons l'expérimentation en vases clos. De l’aveu de tous, les conditions favorables à la genèse spontanée vont se trouver plus ou moins paralysées. Needham en avait déjà fait la remarque à son adversaire Spallanzani. Bonnet avait remarqué, avant Pouchet, que les grosses espèces d’infusoires n’apparaissaient jamais dans des vases hermétiquement clos. Les expériences exécutées ainsi, dit Mantegazza, ne persuaderont jamais personne. Pasteur déclare qu’elles sont incapables, à elles seules, de résoudre la question des générations spontanées par les entraves qu’elles apportent à l’apparition de la vie. Ainsi donc, d’après Pasteur lui-mème, plus la vie est contrariée par l’ébullition, la calcination et le huis-clos, plus il faut, par compensation, employer un liquide fortement putrescible. Ce qui prouve bien, comme l’admet Pasteur, que les expériences à huis-clos entravent l’apparition de la vie, c’est que si, à l’exemple des hétérogénistes, on partage une macération de foin en deux parties et que l’une soit placée dans un ballon fermé à la lampe, tandis que l’autre est isolée sous une cloche, toutes les deux se trouvant au contact d’une égale quantité d’air ordinaire ; aucun infusoire cilié n’apparaît dans le ballon, tandis que l’autre portion du liquide en contient en abondance.
Quoiqu’il en soit, la vie se manifeste encore, bien qu’amoin-
drie, dans ces sortes d’expériences ; aussi, les hétérogénistes, comme les panspermistes, les ont invoquées à l’appui de leurs thèses. Ces épreuves, d’ailleurs, ont, disent les hétérogénistes, jeté une grande lumière sur la question, en établissant que le degré d’organisation des proto-organismes obtenus est lié aux conditions de l’expérience et partant, soumis au caprice de l’expérimentateur qui produit ainsi, à volonté, une faune plus ou moins riche ou une flore plus ou moins abondante ; fait, à son gré, des infusoires ciliés ou d’infimes monadaires ; empêche, enfin, s’il le veut, tout développement organique.
Expérience de Pouchet. — Dans le but de contrôler une expérience de Schultz faite en Allemagne, en 1837, expérience souvent invoquée pour prouver la dissémination aérienne des germes, Pouchet institua l’expérience suivante : II introduit dans un ballon, soit une décoction de foin ou de noix de galle, soit de l’urine, de la bière, de l’albumine ou de la colle de farine extrêmement légère ; il fait bouillir pendant plus ou moins de temps (jusqu’à 5 heures) et, lorsqu’il s’est ainsi assuré que l’appareil est à 100°, il le ferme avec un bouchon en cristal traversé par un tube laveur contenant de l’acide sulfurique (l’endroit où le tube est luté dans le trou du bouchon est silicatisé). Il continue l'ebullition pendant près d’une demi-heure, laisse l’appareil se refroidir lentement, puis il l’abandonne à l’ombre et à une chaleur égale ou l’expose au soleil pour que l'air intérieur puisse se renouveler par les alternatives de température du jour et de la nuit. Pour hâter la marche des phénomènes, Pouchet ajouta parfois dans le liquide du ballon, un corps flottant, un petit fragment de bois, par exemple, les microphytes se développant plus rapidement sur les corps émergés. Résultat : au bout d’un temps assez court, on voit apparaître dans le liquide du ballon des infusoires et des moisissures.
Pouchet a varié cette expérience de diverses manières ; Joly et Musset également. Ils sont constamment arrivés au même résultat.
Discussion. — Ces expériences avaient pour but, nous l’avons dit, de contrôler les résultats contraires annoncés par Schultz. Ce dernier mettait des substances animales et végétales en contact avec de l’eau distillée dans une fiole à médecine munie de deux boules de Liébig, dont l’une contenait de l’acide sulfurique, et l'autre, une solution de potasse. Puis, il plongeait un certain temps la fiole dans l’eau bouillante et renouvelait, chaque jour, l’air de son appareil, en aspirant avec la bouche par le tube à potasse. Il examinait enfin, chaque soir, le liquide
à travers les parois du vase à l’aide d’un microscope et il dit n’avoir jamais pu, ainsi, constater d’organismes.
Pouchet. — Pouchet répondit qu’il avait été impossible à Schultz d’apercevoir à travers les parois d’une fiole à médecine, les organismes qui peuvent s’y trouver, d’autant plus que, dans ces circonstances, il ne se produit que des infusoires tout à fait rudimentaires, des monades et des vibrions, mais jamais de microzoaires ciliés.
L’emploi de l’air « calciné » donna à Pouchet les mêmes résultats que l’air ordinaire.
Expérience de Pouchet . — L’appareil consistait en un ballon d’environ 1 litre de capacité, renfermant 150 centimètres cubes d’eau et dont le col allongé, placé horizontalement, supportait un robinet. Celui-ci communiquait avec un tube de porcelaine bourré de fragments de la même substance et qui traversait un brasier ardent. Enfin, il était muni à sa terminaison de boules de Liébig remplies d’acide sulfurique. Le corps putrescible, renfermé dans un tube de verbe à opuscule, après avoir été chauffé pendant deux heures à 150 ou 200 degrés, était placé dans le col horizontal du ballon ; on mettait à l’aide d’une lampe, l’eau de celuici en ébullition, pendant un quart d’heure, afin de s’assurer que toute sa paroi avait bien été portée à sa température. Alors, la vapeur traversait le tube rougi à blanc et sortait un moment par les boules de Liébig. Quand elle avait été abondamment expulsée, on éloignait seulement un peu la lampe du ballon pour que l’air ne soit aspiré qu’avec lenteur. Celui-ci rentrait alors dans l'appareil en traversant d’abord l'acide sulfurique des boules de Liébig, puis le labyrinthe de fragments de porcelaine et de filaments d’amiante contenus dans le tube et portés au rouge ardent. Enfin, quand le ballon se retrouvait à la température ambiante, en en inclinant le col, on plongeait dans l’eau refroidie le tube contenant la
substance putrescible. Le ballon était ensuite renversé et, après avoir fermé le robinet, on enfonçait celui-ci dans un bain d’huile préalablement chauffé à 150 degrés. Résultat : au bout d’un temps plus ou moins long; au bout, quelquefois, de plusieurs mois seulement, le liquide se troubla, puis se peupla d’infusoires (bactéries, monades, vibrions) ou se recouvrit de moisiésûres.
Cette expérience a été répétée en employant diverses substances : de la gélatine
et du sucre, de l’urine, des filaments de lin, des tiges ou des racines de différents végétaux.
Discussion. — Mantegazza, Joly et Musset déclarent obtenir également des micro-organismes dans l’air calciné.
J. Wyman, de Cambridge, arrivait au même résultat. Il voyait
se peupler d’animalcules et de moisissures, des liquides fermentescibles bouillis pendant deux heures à une pression de deux atmosphères et contenus dans des ballons où l’aime rentrait qu’après avoir été calciné dans des tubes en fer, capillaires, soudés aux cols et rougis à blanc.
Pasteur. — Pasteur objecta aux résultats des expériences précédentes ceux qu’il obtint en en instituant une nouvelle dans le dispositif de laquelle il entrait une cuve à mercure. Comme à ses adversaires, cette expérience lui donna des résultats positifs; mais il les attribua à l’emploi du mercure dont un seul globule avait pu, dit-il, introduire avec lui les germes des organismes les plus variés.
Les Hétérogénistes répliquèrent que, sans faire usage de mercure, ils provoquaient néanmoins toujours l’apparition de proto-organismes dans des liquides bouillis mis en contact avec de l’air calciné. Pouchet et Joly ajoutèrent que l’examen le plus minutieux de la surface poudreuse d’une cuve à mercure ne leur avait permis d’y reconnaître que les éléments ordinaires de la poussière des habitations, sans œufs ni spores. Joly ajouta qu’ayant lavé un litre de mercure dans l’eau distillée, il vit cette eau rester improductive, bien qu’elle fut exposée à l’air.
Leur but, en instituant leurs expériences, était de contrôler celles dans lesquelles Schwan, en 1837, faisait également intervenir l’air calciné. Schwan obtint ainsi des résultats contradictoires dont il fut tellement frappé qu’il ne crut devoir poser aucune conclusion. Ses épreuves négatives n’en furent pas moins invoquées dans la suite par les panspermistes. Après avoir également obtenu des productions organisées dans des liqueurs bouillies maintenues en contact avec de l’air brûlé,
Pasteur institua son expérience dans laquelle il fait intervenir une cuve à mercure. Voici cette expérience :
Expérience de Pasteur. — « Je prépare comme suit, dit-il, plusieurs ballons d’un quart de litre de capacité. Dans chacun d’eux, je place quatre-vingts centimètres cubes d’eau de levure de bière sucrée, très limpide, renfermant par litre 100 grammes de sucre et 3 grammes de matière azotée et minérale empruntée aux principes solubles de la levure. J’étire à la lampe le col des ballons, puis je porte le liquide à l’ébullition et je ferme ensuite la pointe effdée par un trait de chalumeau pendant l’ébullition, maintenue préalablement de deux à quatre minutes. Je renverse ensuite successivement chaque ballon dans la cuve à mercure, au fond de laquelle je brise leurs pointes ; alors j’introduis dans le premier ballon environ 70 cc d’oxygène préparé avec le chlorate de potasse et conduit dans un tube de porcelaine chauffé au rouge avant d’entrer dans le ballon. Dans le deuxième ballon, je fais arriver 50 cc. d’oxygène provenant de la décomposition de l’eau par la pile et de production toute récente. Dans le troisième et le quatrième ballon, je fais passer 50 à 60 cc. d’air ordinaire sortant d’un tube de porcelaine chauffé au rouge. Enfin, dans le cinquième ballon, j’introduis 50 cc. d’air ordinaire non chauffé. Je porte ensuite les cinq ballons dans une étuve à la température constante de 25 a 30 degrés, renversés sur le mercure dans des vorres à pied. Résultat : quatre jours après, il y a des productions organisées dans « tous les ballons ».
Discussion. — Pasteur, nous l’avons dit, rapporta au mercure les résultats positifs de cette expérience qu’il opposa à celles de ses adversaires dans lesquelles, cependant, lui firent-ils observer, ne figurait pas cette cause d’erreur.
Pasteur, se basant sur l’expérience suivante, soutint, également, que de l’eau de levure sucrée, bouillie de 2 à 3 minutes, puis mise en présence d’air rougi, ne s’altère pas, même après dix-huit mois de séjour à une température de 25 à 30 degrés. Il décrit ainsi cette expérience :
Expérience de Pasteur. — « Dans un ballon de 250 à 300 cc., j’introduis 100 à 150 cc. d'une eau sucrée albumineuse, formée dans les proportions suivantes : Eau, 100 ; sucre, 10; matières albuminoïdes et minérales provenant de la levure de bière, 0,2 à 0,7. Le col effilé du ballon communique avec un tube de platine, chauffé au rouge. On fait bouillir le liquide pendant 2 à 3 minutes, puis on le laisse refroidir complètement. Il se remplit d’air ordinaire à la pression de l’atmosphère, mais dont toutes les parties ont été portées au rouge ; puis on ferme à la lampe le col du ballon. Le ballon, ainsi préparé, est placé dans une étuve à une température constante voisine de 30 °. Résultat : il peut s’y conserver indéfiniment sans que le liquide qu’il renferme éprouve la moindre altération. »
Discussion. — Les hétérogénistes renouvelèrent l’objection suivante : M. Pasteur n’a pas tenu compte des conditions admises par lui-même pour que la genèse spontanée puisse se pro-
duire. Le liquide mis, par lui, en expérience, n’était pas suffisamment putrescible et le volume d’air était trop restreint.
Expérience de Pasteur. — « Reprenons, dit-il, notre ballon renfermant de l’eau de levure sucrée et de l’air calciné. Je supposerai que le ballon soit à l’étuve à 25 ou 30 depuis un ou deux mois, sans y avoir éprouvé d’altération sensible, preuve manifeste de l’inactivité de l’air chauffé dont il a été rempli sous la pression atmosphérique ordinaire. La pointe du ballon étant toujours fermée, je l’adapte, au moyen d’un tube en caoutchouc, à un appareil disposé comme il suit: T est un tube de verre fort, de dix à douze millimètres de diamètre intérieur, dans lequel j’ai placé un bout de tube de petit diamètre a, ouvert à ses extrémités, libre de glisser dans le gros tube et renfermant une petite bourre de coton chargée de poussières ; R, est un tube de laiton en forme de T, muni de robinets, l’un de ces robinets communique avec la machine pneumatique, un autre avec un tube de platine chauffé au rouge, le troisième avec le tube T ; ce représente le caoutchouc qui réunit le ballon B au tube T. Lorsque toutes les parties de l’appareil sont disposées et que le tube de platine est porté au rouge par le calorifère à gaz figuré en G, on fait le vide, après avoir fermé le robinet qui conduit au tube de platine. Ce robinet est ensuite ouvert de façon à laisser rentrer, peu à peu, dans l’appareil de l’air calciné. Le vide et la rentrée de l’air calciné sont répétés alternativement, dix ou douze fois. Le petit tube à coton se trouve ainsi rempli d’air brûlé jusque dans les moindres interstices du coton, mais il y a gardé ses poussières. Cela fait, je brise la pointe du ballon B, à travers le caoutchouc cc, sans dénouer les cornonnets, puis je fais couler le petit tube aux poussières dans le ballon. Enfin, je referme à la lampe le col du ballon qui est de nouveau reporté à l’étuve. Résultat; or, il arrive constamment que des productions commencent à apparaître dans le ballon après 24, 36 ou 48 heures au plus. »
Dans d’autres expériences, Pasteur remplaça le coton par une bourre d’amiante exposée quelques heures au courant d’air d’un aspirateur et il obtint les mêmes résultats. Mais il fait remarquer qu’ « avec des bourres d’amiante préalablement calcinées et non chargées de poussière, ou chargées de poussière, mais chauffées ultérieurement, il ne s’est produit ni trouble, ni infusoires, ni plantes d’aucune sorte ».
Discussion. — Pasteur rapporte ce résultat positif à un ensemencement, à l'apport des poussières contenues dans le coton.
Les Hétérogénistes répliquèrent : 1° que les résultats de cette expérience justifiaient l’objection qu’ils avaient déjà faite à l’expérience précédente; M. Pasteur rend-il plus fermentescible une liqueur primitivement stérile en y ajoutant un corps ordinairement riche en principes organiques décomposables, comme la poussière, ses ballons deviennent fertiles; 2° qu’une liqueur suffisamment putrescible est constamment fertile sans être ensemencée ; M. Pasteur l’a démontré, lui-même, dans son Mémoire sur l’origine des ferments ; 3° que la poussière introduirait indistinctement les germes des infusoires ciliés et non ciliés et que dans ces expériences on n’obtient jamais que des monades et des vibrions ; 4° que la poussière chauffée à 150° a donné les mêmes résultats à M. Pouchet, et que cette température aurait désorganisé les œufs et les spores qui auraient pu s’y trouver; 5° que, sans employer ni poussière, ni air athmosphérique, mais un corps putrescible et de l’oxygène ou de l’air artificiel, on voit ses ballons se peupler d’animaux et de plantes ; 6° que, dans l’expérience de M. Pasteur les germes ne pouvaient non plus préexister dans la [liqueur et avoir résisté à l’ébullition car, dans ce cas, les liquides non ensemensés par lui auraient été féconds. Il nous paraitdonc évident, ajoutèrentils, que la différence dans les résultats obtenus des deux côtés, tient à la plus ou moins grande quantité de matière putrescible mise en expérience, d’autant plus qu’on se trouve dans le cas présent, dans les conditions les plus défavorables à la production des phénomènes de genèse spontanée : on opère en vase clos, avec une substance légèrement putrescible, une quantité d’air calciné fort restreinte et des matières bouillies qui, d’après M. Pasteur, lui-même, ont perdu en grande partie « leurs vertus de transformation. »
Joly et Musset. — Joly et Musset ont ainsi discuté les expériences dites « d’ensemencement » . En ensemençant des poussières par le procédé de M. Pasteur dans une décoction de viande bouillie deux fois et en contact avec de l’air calciné nous avons obtenu, comme Jui, des bactéries ou un mycélium rameux ; mais, sans rien ensemencer, c’est-à-dire en nous servant de coton poudre aussi vierge que possible de corpuscules atbmosphériques, nous avons vu des bactéries et un mycélium apparaître aussi dans le ballon employé pour cette expérience. Enfin
le ballon qui n’avait reçu que de l’air calciné mis en contact avec la décoction, ne nous a pas moins fourni une nombreuse population de bactéries, résultat en opposition manifeste avec celui de Schwan, ainsi qu’avec ceux de M. Pasteur. »
Pouchet. — Une expérience d’ensemencement ne saurait avoir de valeur qu’autant que l’espèce animale ou végétale obtenue, soit celle que l’on a ensemencée. « M. Pasteur ensemence l’invisible et ne récolte que ce qui doit surgir spontanément. » Lorsque des infusions préalablement bouillies, ou renfermées en vases clos, se peuplent d’infusoires, il ne se produit jamais de microzoaires ciliés, tels que colpodes, paramécies ou vorticelles.
Pasteur. — Cette dernière remarque mériterait un examen sérieux, s’il était prouvé qu’une même liqueur donne, au contact de l’air ordinaire de gros infusoires, tandis qu’elle en fournit seulement de très petits dans un ballon en présence de l’air chauffé. Mais, « cela n’est pas ».
Pouchet. — Cela est si vrai, cependant, que « si vous partagez en deux portions, une macération propre à donner des infusoires ciliés ; si l'une est introduite dans un ballon, même avec de l’air ordinaire et que l’on scelle celui-ci, j’amais il n’apparaît d’infusoires ciliés. Si vous placez, au contraire, l’autre portion sous une petite cloche, dans le même volume d’air isolé, vous y trouverez des infusoires ciliés, au bout de quatre à cinq jours. »
L’air artificiel, dit Pouchet, ou son principe actif l’oxygène, selon Mantegazza, peuvent remplacer l’air atmosphérique. Pour le prouver, ils instituèrent les expériences suivantes :
Expérience de Pouchet.. — « Nous avons pris, dit-il, un grand flacon de cinq litres de capacité, bouchant à l’émeri. Ce flacon a été rempli d’eau bouillante et, immédiatement, on l’a hermétiquement fermé et renversé sur une cuve à mercure. Lorsque l’eau lut refroidie, on introduisit dans ce flacon un mélange de gay oxygène et d’azote, dans les proportions voulues pour constituer l’air artificiel ; celuici occupa les trois quarts de la capacité du vase. Enfin, en prenant les plus grandes précautions, on a aussi introduit dans ce flacon dix grammes de foin qui venait d’être exposé durant vingt minutes, dans une étuve, à la température de 100 °. Ce foin, ayant été enlevé de l’étuve dans un flacon à large ouverture, bouché lui-mème dans l’étuve et débouché seulement sous la cuve, on l’introduisit dans le flacon. Ainsi, on était certain que si quelques parcelles d’air étaient restées dans les interstices de ce foin, chauffées à 100°, elles ne pouvaient recéler aucun
germe susceptible de se développer. Enfin, le flacon ayant été bouché sous le mercure, fut remis dans sa situation ordinaire et tout le contour de l’ouverture, pour plus de précision, quoique le bouchon ait été enduit d’un corps gras, fut revêtu d’une couche de vernis à la copale, épaissi avec du vermillon. Le vase fut ensuite placé dans notre laboratoire, près d’une fenêtre, et observé chaque jour à l’extérieur. » Résultat : Durant les six premiers jours, le liquide resta limpide ; le huitième, il devint nébuleux et un ilôt flottant de pénicilliums commença à apparaître ; le douzième, on remarqua vers le fond du vase un globule sphérique constitué très probablement par un amas d’aspergillus ; le dix-huitième, on découvrit un nouvel îlot flottant de pénicilliums en fructification, et le trentième, c’est-à-dire après un mois, pendant lequel la température moyenne avait été de 15 °, le flacon fut débouché. Le gaz contenu dans son intérieur n’avait contracté aucune mauvaise odeur ; quatre petits îlots de pénicilliums flottaient à la surface du liquide, qui était jaune et trouble et dans lequel nageaient plusieurs flocons d’aspergillus de grosseurs diverses ; la surface du liquide offrait, en outre, une faune assez riche et composée surtout de protées, de trachelies, de monades et de vibrions.
Discussion. — Milne-Edwards objecta que la température de 100 degrés avait pu être insuffisante pour détruire les germes.
Pouchet, tenant compte de cette objection, renouvela l’épreuve. Dans des expériences ultérieures, il porta le corps putrescible à 200 °, 250 0 et plus, sans entraver l’apparition des proto-organismes.
Pasteur. — « Il n’y a que le mercure qui ait pu fournir les germes, à moins qu’il n’y ait eu génération spontanée. »
Les hétérogénistes. — Le résultat est le même quand on n’emploie pas le mercure ou quand on ne le fait intervenir qu’après l’avoir porté à une très haute température (Mantegazza, Joly, Musset), l’hétérogénie seule peut donc expliquer le résultat obtenu.
L’expérience suivante de Mantegazza a été également invoquée par les hétérogénistes. Elle répondait, d’ailleurs, à l’argument de Pasteur, tiré de l’emploi de la cuve à mercure. Cette expérience était destinée à prouver que le gaz oxygène pouvait être substitué à l’air artificiel ou à l’air atmosphérique et que, par conséquent, ce dernier n’intervenait pas comme véhicule de germes.
Expérience de Mantegazza. — « Je prépare de l’eau chimiquement, en faisant passer un courant d’hydrogène sec sur du bioxyde de cuivre chauffé au rouge dans un tube de verre. Lfoxyde et le tube ont été rougis auparavant. L’eau obtenue de cette manière a été recueillie dans un tube de verre qui avait été chauffé au rouge et a été introduite dans un tube gradué en centimètres cubes où je l’ai fait bouillir
avec des feuilles fraîches de laitue. Tandis que le liquide était en ébullition, j’ai rempli le fube avec du mercure chauffé à 130° centigrades, et je l’ai renversé sur une cuvette du même métal chauffé à la même température. Tout étant disposé comme je viens de le dire, j’ai fait entrer dans le tube neuf centimètres cubes d’oxygène préparé avec le chlorate de potasse, et qui avait passé par un tube de verre rougi. Résultat : Après seize heures, j’ai rencontré des monades vivantes. La température moyenne dans ce temps a été de 25 ° centigrades. »
Discussion. — Cette expérience n’a donné lieu à aucune réfutation.
Dans des expériences analogues, Pouchet dit avoir obtenu des résultats identiques. Il priva absolument d’air une certaine quantité d’eau, y plongea un corps putrescible préalablement chauffé, remplit d’oxygène le flacon qui les contenait et vit, au au bout de peu de jours, apparaître, entre autres organismes, un aspergillus d’une espèce nouvelle, inconnue des micrographes et auquel Montagne donna le nom à' Aspergillus Pouchetii.
W. Child annonça, de son côté, avoir obtenu des proto-organismes dans une infusion bouillie mise en contact avec de l’air artificiel et de l’oxygène pur.
Les panspermistes professent que les diverses sortes de levures (levure de bière ou cérévisique, levure du cidre ou malique, levure du vin, levure du jus de groseilles, etc.) ont encore l’air pour véhicule et qu’elles doivent à leur ensemencement leur présence dans les liqueurs en fermentation.
Au dire des hétérogénistes, elle s’engendrent spontanément au milieu et par le fait même des réactions chimiques.
L’expérience suivante de Pouchet a été faite dans le but d’éclairer la question.
Expérience de Pouchet. — « On plongea, dit-il, un flacon bouchant à l’émeri, au fond d’une cuve de décoction d’orge germée, en ébullition depuis six heures ; là, il fut totalement rempli de cette décoction et on le ramena vers sa surface ou il fut bouché avant d’en sortir. Ensuite, par excès de précaution, la circonférence de l’ouverture de ce flacon fut enduite d'un lut composé de vernis à la copale et de vermillon, et l’on eut la certitude que le vase était hermétiquement fermé. Au bout de six jours dont la température moyenne fut de 18 l’on vit se former un léger dépôt de levure au fond du flacon. Le septième, la température s’étant élevée tout à coup à 27 0 dans le laboratoire, ce flacon se brisa avec un grand bruit et toute sa voûte fut jetée à quelques pouces de distance. Alors, on reconnut, à la simple vue, qu’il s’était formé une quantité notable de levure dans le liquide en expérience, et le microscope donna à ce fait une irrécusable démonstration. »
Discussion. — De Vauréal reprocha à cette expérience le peu de temps pendant lequel le flacon avait séjourné dans le liquide.
Pouchet tenant compte de l’objection, renouvela l’expérience en prolongeant pendant dix minutes le séjour du flacon dans le liquide et il obtint le même résultat. Les spores des mucédinées, selon M. Pasteur, résistant tout au plus pendant quelques minutes à la température humide de 100°, Pouchet se dit fondé à attribuer à une genèse spontanée le résultat concordant des expériences précédentes.
Panspermie limitée. — Les expériences précédentes avaient été faites dans l’hypothèse d’une dissémination générale dos germes dans l’atmosphère. Telle avait été, jusque là d’ailleurs, la thèse des panspermistes.
Les hétérogénistes avaient toujours soutenu que Pair est, partout, fécond lorsque les conditions de la genèse spontanée se trouvent réunies.
Pasteur, devant le résultat tantôt négatif et tantôt positif d’expériences exécutées par lui en des endroits divers de la surface du sol, dans les caves de l’Observatoire ou à diverses hauteurs, substitua, en 1863, à la panspermie universalisée, une panspermie limitée, les germes devant parcourir l’atmosphère sous forme de veines ou de nuages. Une nouvelle série d’expériences dût être instituée.
Expérience de Pasteur. — Emportant avec lui une certaine quantité de ballons entièrement privés d’air et remplis au tiers d’un liquide filtré et bouilli composé de 50 grammes de levure de bière pour 1.000 grammes d’eau, Pasteur se rendit au pied du Jura. Là, assez loin de toute habitation, il brisa, à l’aide d’une pince à longue branches, la pointe effilée de vingt de ses matras, y laissa pénétrer l’air du lieu et les referma à la lampe. Il opéra de même sur l’une des montagnes du Jura, à 850 mètres d’altitude, sur vingt autres ballons. Enfin, parvenu au Montanvert, près de la mer de glace, à 2.000 mètres au-dessus du niveau de la mer, il opéra une troisième prise d’air dans vingt nouveaux ballons. Or, ces diverses séries d’expériences donnèrent des résultats différents. Dans la première, douze ballons sur vingt sont demeurés stériles ; quinze dans la seconde ; dix-neuf dans la troisième. D’où, Pasteur conclut qu’à mesure que l’on s’élève dans l’atmosphère, l’air est de moins en moins chargé de germes.
Expérience de Pouchet. Joly et Musset.. ■ — Pour vérifier cette assertion nouvelle de leur adversaire, Pouchet, Joly et Musset franchirent les Pyrénées, se rendirent, d’abord, à la Rencluse, à 2.080 mètres d’altitude, puis, jusqu’aux glaciers de la Maladetta, à plus de mille mètres plus haut que ne l'avait fait Pasteur. Ils
avaient emporté un certain nombre de ballons d'un quart de litre de capacité remplis au tiers d’une infusion de foin filtrée et bouillie pendant plus d’une heure. Ces ballons ayant été fermés à la lampe, au moment de l’ébullition, étaient absolument vides d’air. « Nous avons eu soin, disent-ils, de faire éloigner de nous les guides qui nous accompagnaient, ainsi que quelques chasseurs d’isards que la curiosité avait attirés auprès de notre laboratoire en plein air. Enfin, dans le but d’éviter la poussière de nos propres vêtements et, à l’exemple de M. Pasteur, nous avons porté le scrupule jusqu’à élever nos ballons au-dessus de nos têtes avant d’en briser la pointe effilée et chauffée, à l’aide d’une lime préalablement passée dans la flamme de notre lampe éolipyle. » Résultat : Une première prise d’air s’était faite à la Rencluse ; une seconde, au pied des glaciers de la Maladetta, et lorsque, de retour à Luchon, Pouchet, Joly et Musset ouvrirent, quatre et cinq jours après leurs lallons, « tous », c’est-à-dire 8 sur 8, étaient remplis d’infusoires et de mucédinées.
Discussion. — Pasteur. — Si MM. Pouchet, Joly et Musset s’étaient, comme lui, servis d’une pince à longues branches, au lieu d’une lime, pour briser la pointe de leurs ballons, ces derniers seraient restés stériles. Si, au lieu de huit ballons, ils en avaient pris davantage, ces derniers eussent, peut-être, été stériles.
Milne-Edwards. — Les expériences de MM. Pouchet, Joly et Musset, en supposant qu’elles aient été bien faites, prouveraient seulement que dans le lieu et au moment où les huit vases de ces naturalistes ont été remplis d’air, l’atmosphère était chargée de plus de poussières organiques qu’il n’y en avait au haut du Jura au moment où M. Pasteur s’y rendit. [Leçons, p. 271).
Pouchet, Joly et Musset renouvelèrent l’expérience, l’un à Rouen, les autres à Toulouse, dans les conditions exigées par Pasteur et les 22 ballons qui leur servirent ont encore été tous féconds. Cette fois, dit Joly, nous nous sommes servis pour les ouvrir de pinces à branches véritablement gigantesques. D'où, ajoute-t-il, la conclusion que ni l’air de la plaine, ni celui des hautes montagnes, n’empêche les décoctions de matières organiques de devenir fécondes.
En présence de ces résultats contradictoires d’expériences exécutées dans les mêmes conditions apparentes et avec les mêmes précautions, l’Académie des Sciences nomma une Commission devant laquelle elles devaient être répétées.
Expérience de Pasteur. — Pasteur prit un liquide préparé d’avance, remplit à moitié plusieurs ballons à col effilé, de ce liquide filtré, fit bouillir et ferma à la lampe pour opérer, ensuite, des prises d’air, en différents lieux.
Avant d’aller plus loin, Joly et Musset lui signalèrent les
causes d’erreur suivantes :
Joly. — M. Pasteur remplit ses Valions de liquide emprunté à un vase qui en contient environ 10 litres. Depuis combien de temps la liqueur est-elle préparée? Depuis plusieurs heures, Combien de temps durera le remplissage des ballons ? De deux à trois heures. Or, le contenu du vase étant abandonné à luimême, pendant un si long laps de temps, il est inévitable que la composition du liquide que M. Pasteur ne prend pas la précaution d’agiter avant de le verser, cesse d’être uniforme dans toute la hauteur du vase ; le liquide du fond sera plus chargé que celui du milieu, et celui-ci plus que celui de la surface. Ce n’est donc pas, à proprement parler, la même solution ; ce sont des solutions différentes que M. Pasteur introduit dans ses ballons et ceux-ci ne sont pas réellement comparables entre eux. Qu’après cela, les uns donnent des productions, et que les autres n’en donnent pas, rien de plus simple ; et ces résultats s’expliquent sans qu’on ait besoin de supposer que des œufs et des spores ont été introduits par l’air dans les premiers ballons et que l’air n’a rien introduit dans les autres,
Musset. — M. Pasteur fait bouillir inégalement ses ballons : celui-ci pendant une minute, celui-là pendant deux minutes, cet autre pendant cinq minutes ; mais, qui ne sait que telle substance qui conserve la propriété de fermenter, après avoir subi l’action du feu pendant un temps donné, la perdra ou ne la possédera plus qu’à un degré moindre, si on double, si on triple, si on quadruple pour elle le temps de l’ébullition? Les ballons que prépare M. Pasteur 11e contiennent donc pas une substance identique; elle est moins altérée, plus fermentescible ici que là et, pour cette raison encore, ses ballons ne sont pas comparables entre eux.
L’hypothèse d’une panspermie limitée ne parut donc pas aux hétérogénistes mieux fondée que celle de la panspermie universelle jusque là admise par les adversaires des générations spontanées. Pour eux, la différence dans les résultats obtenus venait de ce qu’il avait été tenu des deux côtés, un compte inégal des conditions de la genèse spontanée.
Je
Félix-Archimède POUCHKT