‹ Un début à l'opéra;Chapitre 12 sur 25 · PREFACE. XXVII · texte numérisé non relu

PREFACE. XXVII

nous condamne par le plaisir qu'on pourrait éprouver à voir une peinture vraie de la nature humaine, de caractères d'hommes. Cet ouvrage est, au contraire, absolument dénué de naturel et de vérité * » , etc. , etc.

Je laisse ici de côté tout ce qui n'a pa^s un rapport direct avec mon sujet; cependant je suis bien aise de dire dès à présent que, malgré ce réquisitoire signé d'un grand nom, je suis de»ceux qui voient en Notre-Dame de Paris un impérissable chef-d'œuvre. Maintenant, je demande : En quoi le Méphistophélès de Gœthe est- il moins insupportable et moins hideux que le bossu Quasimodo? En quoi le sort de Marguerite impose-t-il au lecteur moins de tortures que celui de la Esméralda? En quoi les tendances romantiques de Victor Hugo, qui l'ont poussé à réunir dans un même livre la grâce et la laideur, le sublime et l'horrible, l'idylle, le drame et la comédie, qui se voient toujours et partout associés dans la vie, diffèrent-elles de celles de l'auteur de Faust?

Monsieur de Gœthe, vous êtes un homme du plus beau génie; vos œuvres vous honorent comme elles honorent votre patrie, et, tant que subsistera la langue allemande, vous trouverez, à chaque génération, de nouveaux lecteurs. Mais, pas plus comme auteur de Faust que comme auteur de Werther ^ vous n'avez le droit de vous faire le défenseur de la doctrine de Pla-

« Entretiens de Gœthe et d'Eckermann.

xxviii PRÉFACE.

ton. Platon vous eût congédié de sa république avec vos confrères, et je ne sais même pas, en me rappelant certains chapitres des Affinités électives, s'il vous eût préalablement couronné de bandelettes.

Cette question de l'horrible et de l'odieux se lie si étroitement à celle de la morale dans l'art, que souvent on les a confondues l'une avec l'autre.

« Le petit livre qui porte le nom de Manon Lescaut, lisons-nous dans un recueil de 1755 ^, commençait à avoir une grande vogue, mais il vient d'être défendu. Outre que l'on y fait jouer à des gens en place des rôles peu dignes d'eux, le vice et le débordement y sont peints avec des traits qui n'en donnent point assez à* horreur, »

Il y a quelques années, à propos d'une pièce de théâtre qui fit grand bruit, et non sans raison *, voici ce qu'on lisait dans un journal :

« Les infâmes tripotages de ces filles perdues et de leurs chevaliers, qui ne sont que des chevaliers d'industrie, forment un spectacle répugnant qiiil est dangereux d'exposer à des yeux honnêtes. »

C'est toujours la même rengaine, comme on voit, c'est-à-dire du Platon aigri, suri et légèrement enfiellé.

* Recueil de nouvelles à la main, publié sous le titre de la Cour et Paris, 1733.

* Le Père prodigue, par Alex. Dumas tils.

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