PRÉFACE. XXXI
une inconcevable fatalité, les chefs-d'œuvre n'ont guère été que la peinture des vices et des crimes. Toujours et partout, le traître a été le motif et le pivot de l'intérêt. C'est le mal, la haine, le chagrin du mal, et par conséquent la peinture du mal qui a presque seule inspiré les poêles ; c'est le mal sous toutes ses formes qui les a rendus éloquents. Qu'y a-t-il dans Eschyle, Sophocle, Euripide? Des dieux impitoyables et des tyrans. Qu'y a-t-il dans Aristophane, Térence, Plante? Des voleurs, des proxénètes, des débauchés, des avares. Qu'y a-t-il dans Horace et dans Juvénal? De fort vilaines mœurs. Et dans VEnfer de Dante? L'interminable récit des crimes et la peinture minutieuse de leurs châtiments. Boccace, et après lui la Fontaine, ont beau parer le mal, ils l'expriment. Rabelais, lui, le raille dans une langue incomparable. QuantàShakspeare, c'est un immense monument qu'il lui élève. Les crimes et les vices, les travers et les mauvaises passions, fourmillent dans son œuvre. Et plus le crime et le vice sont grands chez lui, plus l'œuvre devient magistrale : Macbeth., Hamlet, le Roi Lear., Othello, Richard lîl, ces drames étourdissants ne nous montrent guère que des monstres. Comment se nomment les chefsd'œuvre de Molière? Don Juan., Tartufe. Quel est le héros de Richardson? Lovelace. Sur quels ressorts dramatiques reposent les tragédies de Corneille et de Racine? Sur le meurtre, l'inceste, l'infanticide.