‹ Un début à l'opéra;Chapitre 2 sur 25 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

fois achevé, il ne lui appartient plus, il appartient à tout le monde. Le public, plus ou moins bien disposé, qui n'a coopéré en rien à son exécution, le prend et le juge à son point de vue, d'après sa passion du moment ou son caprice. Et c'est alors que pour le malheureux auteur commence un supplice particulier qui n'a d'équivalent nulle part.

En effet, on lit son livre superficiellement, en courant, et le plus habituellement on ne le lit même pas, on le feuillette. Consent-on àTétudier, c'est avec défiance. Jamais on n'a cette idée, si simple pourtant, de s'abandonner au récit que vous fait un homme invisible, dont Tunique but est de vous distraire. Ce qu'on veut, avant tout, c'est le prendre en flagrant délit d'invraisemblance, atin de bien constater son infériorité. Ce qu'il dit, on voudrait que ce fût dit autrement; ce qu'il ne dit pas, on l'accuse de le laisser soupçonner. Son intention ne va pas plus loin que raconter une histoire qui lui paraît intéressante, que peindre ce qui est, ou, pour parler modestement, ce qu'il croit être ; en le faisant, il n'entend ni approuver, ni blâmer, ni enseigner : il expose simplement l'enchaînement de certaines actions, de certains sentiments, et c'est par là seulement, comme le dit le grand Gœthe, « que cette peinture peut nous instruire. » Le public ne veut pas admettre tant d'humilité; il cherche la petite bête dans le livre le plus naïf. Selon lui, il ne se peut pas qu'un auteur

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