IX PRÉFACE
il blessait la conscience française. Aussi le poème est-il mort, et Jeanne d'Arc \ivra-t-elle à jamais dans l'amour et dans les respects du peuple français.
Cette question de l'influence des romans sur les mœurs a toujours été mal comprise, et n'a jamais servi que de texte à des esprits faux pour débiter des choses rebattues. Selon moi, ce n'est pas dans la peinture du mal que nous devons chercher le danger des romans ; le mal n'attire pas, il repousse ; le danger des romans, s'il existe, consiste uniquement dans le parti pris de représenter l'humanité « avec de flatteuses couleurs, » de la montrer enfin, meilleure qu'elle ne l'est. Ma doctrine, comme on le voit, diffère du tout au tout avec celle de M. Vitet. Je ne crois pas qu'il existe de livres dangereux pour les hommes faits. J'admets une légère restriction pour la jeunesse. La jeunesse vit dans l'ignorance, elle est avide d'apprendre, et l'expérience qu'elle ne peut acquérir dès son entrée dans la vie, elle la cherche dans les romans. Les premières lectures d'un jeune homme ont presque toujours une certaine influence sur son existence. Or, je ne vois aucun inconvénient à le prémunir contre les embûches du monde, en lui montrant le monde dans lequel il doit vivre, tel qu'il est. Agir ainsi, c'est lui mettre une arme à la main, c'est lui épargner des déceptions sans nombre. Il sait alors ce qui l'attend, sur quels événements il doit compter dans le commerce de ses semblables. Mais lui peindre