‹ Un début à l'opéra;Chapitre 4 sur 25 · PRÉFACE. VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. VII

(cment accusé d'intimidation. On ne leur demande plus seulement de se proposer la morale pour unique but de l'art, on exige qu'en écrivant ils se conforment aux principes de je ne sais quel goût, sous prétexte de convenances; et enfin on leur défend de peindre aucun caractère odieux, aucun de ces tableaux affligeants pour lesprit, et capables, dit-on, de détourner les lecteurs du sentier de la vertu; comme si la peinture du mal et celle de son inévitable châtiment avaient l'étonnant privilège de roussir les ailes des honnêtes gens, étourdis papillons inflexiblement attirés parla flamme d'une chandelle!

Et ce ne sont pas seulement les critiques qui soutiennent aujourd'hui ces principes puérils; on les prône à l'Académie, on les propage dans les coura publics, on leur donne même quelquefois la sanction des discours officiels. Nous en sommes arrivés à tel point, qu'on rencontre maintenant dans les journaux des phrases dans le goût de celle-ci :

« On sait que les questions d'art nous importent peu ; les apparences ou le bruit ne nous attirent pas ; nous cherchons la place d'observations utiles. »

Et celle-ci encore :

« A propos des œuvres littéraires, nous négligerons la question d'art. Derrière l'art, il y a toujours quelque chose de plus sérieux et de plus important que lui ; rarement quelque chose de bon à l'époque où nous sommes. »

vm PRÉFACE,

Et celle-ci enfin :

« Que ce livre soit bien ou mal fagoté comme littérature, comme art, nous ne nous en soucions ni peu ni prou, et nos lecteurs pas davantage. Le symptôme moral que représente l'œuvre nous touche seul. »

On n'eût pas parlé autrement à Thèbes, capitale du charmant pays de Béotie.

Cette question de la morale dans l'art m'avait toujours semblé assez niaise, et, chaque fois que je la rencontrais dans un livre ou dans un journal, je me hâtais de suspendre ma lecture, étant de ces gens qui tiennent comme teigne à leurs opinions et ne veulent point en démordre. Cependant un jour arriva où force me fut de lui accorder un peu plus d'attention qu'elle n'en mérite. On s'était si bien servi d'elle pour me traiter de haut en bas, à l'occasion de chaque volume que je publiais ; on me l'opposait si constamment et avec des airs si tranchants, que je voulus enfin en avoir le cœur net, et, afin de commencer par le commencement, je me mis à chercher quel pouvait être « le mortel assez abandonné des dieux » pour avoir le premier donné cours à celte énorme absurdité. A ma grande surprise, au moment où je croyais rencontrer quelque vulgaire songecreux, je me trouvai nez à nez avec un homme de génie. En effet, c'est au sage Platon que revient l'honneur de l'étrange billevesée de la morale dans l'art.

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