PRÉFACE. IX
C'est lui qui, le premier, eut cette idée sublime de bannir les poêles de sa république, sous prétexte « qu'ils ne cherchent à plaire qu'à la partie frivole de l'âme, qu'ils énervent les âmes et détruisent l'empire de la raison. » C'est lui qui, le premier, émit ce principe étonnant, « que le but de tous les arts, de la peinture, de la sculpture, de l'architecture, de la broderie!... n'était autre que de rendre les mœurs belles et bonnes. » C'est lui enfin qui, ne voulant admettre dans l'État d'autres ouvrages que les hymnes en l'honneur des dieux et les éloges des grands hommes, contraignait les poètes à offrir au public, « dans leurs vers, un modèle de bonnes mœurs, ou à n'en point faire du tout. »
J'avoue que je fus un peu ébranlé dans ma conviction en apprenant que l'immortel Platon était mon premier adversaire, et déjà je rêvais de faire un auto-da-fé de mes romans pour composer des « hymnes en l'honneur des dieux » et entreprendre l'éloge de M. Pelletan, lorsque je réfléchis que les idées de Platon sur la morale dans l'art étaient en tout conformes à celles qu'il avait émises sur la législation et la politique, et que je n'étais tenu d'obéir aux premières qu'autant que les dernières auraient chez nous force de loi. Or le projet de république de Platon n'a pas, que je sache, beaucoup de chance de s'introniser jamais en France. Cette république, où le mensonge est permis aux magistrats, pour le