XVI PREFACE
posé de légèreté, de frivolité, de gaieté, gouailleur, un peu fanfaron, spirituel et commode à vivre, se laissa bonnement séduire, et se montra bientôt plus réformateur que la Réforme elle-même. Tandis qu'en Italie -les choses allaient tranquillement comme devant, on s'embégueulisait chez nous. Un vent de prose nous arrivait de Genève, de Hollande, d'Angleterre, et ce vent nous gelait jusque dans la moelle des os. Vainement la nation résiste tant qu'elle peut. Elle sait qu'elle est la nation de la politesse, des belles manières, de la bravoure, du luxe, des plaisirs, de la galanterie, des arts charmants; la nation chevaleresque, pleine de déférence pour les femmes, capricieuse comme elles, mobile comme elles, franche, de belle humeur, de fantaisie, et elle entend rester ce qu'elle est. Genève parle, Genève prêche. Avec sa voix de nez, elle la gourmande; elle l'appelle la nouvelle Babylone, la nouvelle Sodome; et les braillards de Londres, et les pleurards d'Amsterdam, tous ceux qui se vantent d'avoir abandonné le culte delà chair, et qui — il faut toujours que le diable se rattrape — l'ont remplacé par le culte de l'écu; tous ces marchands puritains, embouchant alors la trompette, outragent la France et la conspuent. Pendant toute la durée de la Fronde et de la jeunesse de Louis XIY, les pamphlets, les sermons, les remontrances, les admonitions, pleuvent autour d'elle; mais elle en rit. La France fait la guerre comnae elle fait l'amour, en se