DN DÉBUT
pas faite pour m'encourager, pour me pousser dans la voie des aventures romanesques; je n'étais plus avide que de réalités bourçeoises. Je ne rêvais quejoies du foyer, scènes d'intérieur, idylles domestiques.
J'étais altéré de prose, alTamé de vulgarité. Le grand chemin, les sentiers battus ne répondaient pas suffisamment à la modestie de mes désirs, à l'humilité de mon ambition : j'aspirais à l'ornière. Hélas! au bout de quelques jours passés chez mon père, j'étais déjà la proie d'un incurable ennui. Comme l'homme de mer, à peine dans le port, je regrettais déjà les vents, les Ilots et la tempête. Que cette maison me semblait morne et sombre ! ce jardin, petit et resserré! l'existence que je menais, terne, lourde, accablante en sa monotonie! Combien Paris lui-même me paraissait pauvTe et borné, quand je me rappelais les grands spectacles de la nature en présence desquels j'avais vécu deux mois! En quelle pitié je
prenais ses rues, ses quais et ses boulevards! en quelle pitié aussi, en quel dédain, les intérêts publics qui s'agitaient alors ! Que tout était mesquin, misérable à mes yeux! Je songeais à mes courses vagabondes, je revoyais, comme dans un mirage, les vallées et les monts, je respirais la senteur des forêts, j'entendais le bruit des cascades: je traînais partout la nostalgie qui me consumait.
Que devenait Henriette, cependant?
qu'avais-je fait de sa destinée? Gémissaitelle sous le joug qu'un soir, au bord du lac, elle m'avait montré suspendu sur sa tête? Lui avais-je enlevé les seuls biens de sa vie, la gaieté et la liberté? N'avais-je saisi ma cbimère, ne l'avais-je pressée un instant dans mes bras que pour lui briser les deux ailes? M'avait-elle pardonné? Ne me maudissail-elle point? Mon souvenir ne lui était-il pas amer? Ne devais-je plus la revoir?