CHAPITRE II
le docteur Herbeau fut nommé chevalier de la Légion d'honneur. Cette histoire est bien connue dans le pays, et Ton y dit encore que le docteur Herbeau serait mort sans la croix, s'il n'eût jamais monté un autre cheval que Colette. Je laisse à penser si c'était là pour M. Riquemont un magnifique sujet de quolibets. En vérité, le château de Riquemont était un cirque où deux fois par semaine le malheureux Herbeau était livré aux bétes et endurait mille martyres.
Louise était le seul lien qui existât entre ces deux hommes. Le docteur avait apporté une espèce de distraction aux ennuis qui la dévoraient. Louise était dans cette situation de cœur et d'esprit qui ne connaît point de romans ennuyeux ni de visiteurs incommodes. Elle commença par trouver le docteur ridicule et par rire tout bas de sa perruque ; elle finit par apprécier sa bonté et par l'aimer d'une amitié véritable. Les jours qui amenaient le docteur au château étaient les beaux jours de Louise, tant cette existence était délaissée. Du moins elle pouvait échanger avec lui quelques fragments d'idées, quelques lambeaux de sentiments. D'un autre côté, la jeunesse de madame Riquemont, sa grâce, sa beauté, sa tristesse, sa santé frôle et débile, avaient vivement intéressé le chevaleresque Aristide, et il s'était pris pour elle d'une noble et sincère affection. Malheureusement, le docteur ne comprenait pas que l'amitié la plus pure et la plus désintéressée pût emprun* ter auprès d'une femme, jeune et belle, un autre langage que celui de la vieille galanterie dont il
était un des derniers représentants. Louise s'en
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amusait innocemment; mais M. Riqttemont en pre* nait quelque ombrage, et son humeur se manifestait par un redoublement d'épigrammes, qui tombaient sur Aristide comme en été la grêle sur les toits.
Or, plus H. Riquemont se montrait dur et brutal, plus Louise, par un sentiment de bonté délicate, se montrait affectueuse et tendre. i
Elle aYait des secrets charmants pour amortir les coups que son mari portait à Tamour-propre d'Aristide. C'étaient pour son cher docteur mille cajoleries adorables, telles qu'une femme peut en avoir pour un vieillard ou pour un enfant. Elle tournait autour de lui comme une belle chatte blanche, lui doDuant ses petites mains à baiser, et ne l'appelant jamais que son bien-aimé docteur. Elle se montrait plus réservée en présence de M. Riquemont; mais lorsqu'il s'éloignait pour aller visiter ses poulains, laissant Aristide tout meurtri sur le champ de la discussion, Louise alors se mettait à l'œuvre. Elle relevait la victime et lui faisait de sa tendresse un édredon sur lequel elle le berçait mollement. Aristide était le médecin du corps de Louise ; Louise était le médecin de l'âme d'Aristide. Si le mal qui la consumait lui laissait quelque trêve, elle prenait le bras de son docteur chéri, et tous deux s'en allaient à pas lents le long des charmilles. La jeune femme avait un art exquis pour flatter les manies de son vieux camarade. Le docteur savait un peu de botanique; Louise se faisait dire le nom des plantes et des fleurs, l'histoire de leurs instincts et de leurs amours. Ello aimait les poètes que le docteur aimait. Ellere^ret*