‹ Un début dans la magistrature (volume 3)Chapitre 23 sur 89 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

qui allait s'engager; plein de sécurité, il attendait Tennemi de pied ferme. L'ennemi ne tarda pas à se présenter. Au bout de quelques instants, le pas d'un cheyal se fit entendre dans l'allée du parc, éloigné, mais vif et rapide ; à peine les chiens s'étaient élancés en aboyant, que M. Savenay entra au galop sur la terrasse.

A quelques pas du groupe que formaient madame Riquemont, son mari et le docteur Herbeau, le cheval se cabra légèrement sous la pression presque imperceptible du mors. C'était un de ces beaux chevaux limousins qui semblent avoir absorbé la meilleure partie de l'esprit du terroir, aux jambes de cerf, au col de cygne, à la tête fine et brusquée. Ses naseaux aspiraient l'air avec fierté, ses oreilles se dressaient auvent; sa robe, bai doré, étincelant au soleil, ressemblait au manteau d'un roi.

L'étranger mit piedà terre; c'était un jeune homme, grand, svelte, d'un aspect froid et réservé, d'un costume élégant et simple. M. Riquemont s'était avancé pour le recevoir.

— Pardieu! Monsieur, s'écria-t-il, vous avez là un bel animal ! Combien vous coûte cette béte. Monsieur? Pure race limousine. Monsieur I Je vous l'achète; cinquante louis, et topez là, ajouta-t-il en tendant la main.

L'étranger regarda M. Riquemont d'un air étonné, puis, apercevant madame Riquemont, il alla vers elle el la salua avec respect.

— Monsieur Savenay? dit Louise avec un sourire bienveillant.

54 LE DOCTEUR HERBBAC.

— Oui, Madame, répondit lejeune homme; votre air souffrant m'apprend trop bien que c'est à m*» dame Riquemont que j'ai l'honneur de parler.

Et comme il se tournait vers Aristide, le prenant sans doute pour M. Riquemont :

— M. Herbcau, dît Louise, mon cher et bon docteur, l'ami que rien ne décourage, le plus charmant de vos confrères, monsieur Savenay, celui dont la science éclairée et le dévouement infatigable ne m'ont jamais abandonnée.

S'inclinant devant M. Herbeau :

— Combien je suis heureux de vous voir. Monsieur ! dit le jeune homme. J'ai eu l'honneur de me présenter chez vous et le malheur de ne pas vous rencontrer. Croyez que je me félicite d'avoir à conférer avec un homme si éclairé, et de pouvoir faire mes premières armes sous u& maître que la science honore.

Louise adressa au jeune docteur un regard qm voulait dire merci, et Aristide, serrant affectueusement la main de M. Savenay, se dit en lui-môme : — Voilà un garçon charmant, qui n'a pas l'air bien redoutable.

Cependant M. Riquemont était toujours en contemplation devant la monture de l'étranger, admirant le nerf détaché des jambes, la saillie des veines, gonflées d'un sang généreux, explorant du geste et du regard toutes les parties de la béte, et s'assurant qu'aucune infirmité cachée n'en déparait les admirables perfections. Le jeune docteur allait prendre le châtelain pour le vétérinaire du village, lorsque

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