‹ Un début dans la magistrature (volume 3)Chapitre 27 sur 89 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

— Qa'est-ce que cela, Antinous ? demanda M. Riquemont; je ne sais pas de cheval qui ponte ce nom.

—Antinous, répondit Aristide, était un bel homme de l'antiquité, et mon docteur, un de ces jeunes médecins auxquels les hommes sensés ne confient ni leur santé ni leur femme. II &ut bien que le sens commun soit fort rare à Montpellier chez les hommes, car, au bout de six mois, ce gaiilard-là avait la plus belle clientèle de la cité. Pour arriver à la fortune, il avait pris le bon chemin : il s'était faufilé par Talcôve.

— Ce jeune docteur, dit M. Riquemont avec une indifférence apparente, était moins ignorant que vous ne voudriez le laisser croire, et je le tiens, moi, pour un garçon d'esprit.

— Eh! sans doute, s'écria le docteur; il y a deux sortes d'esprit; la beauté est celui des sots.

—Tous les sots n'ont pas cet esprit-là. Monsieur, répondit le rustre en regardant effrontément le docteur.

— C'est possible, répliqua Aristide en se mordant les lèvres ; mais voilà où je voulais en venir, à vous démontrer que M. Savenay a des chances de succès assurées, et qu'il peut fort bien se passer de ma protection, n est jeune, plus jeune que nous; il a les plus beaux yeux du monde, et des dents I... je ne sais, Monsieur, si vous avez remarqué ses dents?

—Monsieur, répliqua froidement le châtelain, je regarde les chevaux aux dents et les hommes au mérite.

Ces paroles avaient clé prononcées d'un ton qui ne

$8 LE DOCTEUR HERBBAU.

demandait pas de réplique : le docteur n'ajouta pas un mot.

Après avoir marché quelques instants en silence, M. Riquemont s'arrêta, observa Louise et Savenay qui suivaient doucement l'allée, puis ramenant son regard sur le docteur, qui avait remarqué ce mouvement de jalousie avec un secret sentiment de joie:

— Il est certain, dit-il, que M. Savenay est beaucoup moins laid que vous -^ et que moi, ajouta-t-ii par politesse.

Ils poursuivirent leur marche silencieuse, et arrivèrent à la porte du parc sans échanger une parole. M. Savenay était à peine au milieu de l'allée; les deux compagnons l'attendirent, tous deux préocupés de leurs pensées secrètes.

— Eh quoi! Monsieur, disait Louise au jeune docteur, vous êtes né dans la Creuse ! Nous sommes compatriotes; nous avons vu le jour sous le même ciel. J'étais bien jeune encore lorsque je quittai ce petit pays, mais j'en ai conservé un bien tendre, un bien doux souvenir ; le parfum de ses bruyères embaume encore tous mes rêves. C'est le pays que mon cœur habite ; c'est au milieu de ses landes solitaires, sur le versant de ses collines, au bord de ses ruisseaux limpides, que j'ai semé les joies de mon enfance. Parlez-moi de la Creuse, Monsieur; vos paroles m'apporteront je ne sais quelles bonnes senteurs de menthe et de genêts fleuris.

— Je ne suis qu'un exilé comme vous. Madame, répondait Savenay; seulement mes regrets sont moins amers depuis que je les mêle aux vôtres.

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