CHAPITRE II
Itten connue dans le pays; prenez garde, comme Paris, de vous brouiller avec Junon.
— Pour Yous, ravissante Louise, s'écria Tamoureuz Aristide, qui n'avait jamais sollicité de plus doux transports ni rêvé de plus tendre langage, pour ¥811», je me brouillerais avec tout TOlympe; pour
• V0Q8, chère eniant, que ne ferais-je pas !
— Vous ne feriez pas galoper Colette I dit une voix formidable qui se fit entendre sous la fenêtre du salon.
Cette voix était celle de M. Riquemont, qui avait tout vu et tout entendu. Louise ne put s'empêcher de lire; pour Aristide, il demeura foudroyé sur place. Son visage passa subitement par toutes les teintes du vermillon et du blanc de céruse ; son ventre oscilla sur ses jambes, et ses ailes de pigeon s'aplatirent d'enes-mémes sur ses tempes. Louise riait toujours, et, toujours en dehors du salon, M. Riquemont, dont la tête s'élevait au-dessus de la fenêtre, regardait le docteur d'un air en même temps réfléchi et gogue* nard.
M. Savenay, qui venait de faire brider son cheval, tira le docteur de cette position difficile. Il présenta ses hommages à la jeune femme, qui rougit en les recevant; M. Riquemont lui serra cordialement la main.
— Nous nous reverrons, monsieur, lui dit-il : j'aime les gens de votre trempe ; nous nous reverrons à coup sûr. Vous me plaisez beaucoup, monsieur Savenay, mais beaucoup, et je persiste à dire que si vous voulez me vendre votre cheval...
78 LE DOCTEUR HBRBBAU.
— Je regrette, monsieur, répondit Savenay, de ne pouvoir vous être agréable en cette occasion ; cette bête a été élevée par mon père, à mon intention ; mon père n'est plus, et vous comprenez...
— Très-bien! très-bien! s'écria M. Rlquemont. Ah ! votre père faisait de semblables élèves ! Eh bien ! monsieur, c'était un digne homme, qui élevait également bien ses chevaux et ses enfants; le pur sang limousin a fait^ en le perdant, une irréparable perte.
En parlant ainsi, M. Riquemont lui serra de nouveau la main. Le jeune docteur adressa quelques paroles respectueuses à son silencieux confrère, puis, une fois en selle, il envoya du regard un long adieu à Louise, de la main un salut gracieux au châtelain, et, mattrisant l'ardeur de sa monture, s'éloigna lentement, comme s'il eût craint d'humilier le vieux docteur dans son affection pour Colette.
Le départ de Savenay ne précéda que de quelques minutes celui du docteur Herbeau. Aristide se sentait mal à l'aise auprès de M. Riquemont; toutefois, celui-ci n'ayant plus fait allusion à la situation dans laquelle il l'avait surpris, et n'ayant témoigné là-dessus ni jalousie, ni soupçons, ni ressentiment d'aucune espèce, Aristide finit par se rassurer et par conclure que M. Riquemont n'avait rien vu ou rien compris. Louise, qui souffrait pour son vieil ami des prévenances affectueuses que son mari venaitde prodiguer au jeune étranger, — grâce à cet instinct charmant que les femmes possèdent seules, elle ^ en souffrait d'autant plus pour lui qu'en secret elle | en était heureuse ; — Louise redoubla de séductions