CHAPITRE II
innoeentes, et trouya moyen de lui donner k la déro* bée son beau front à baiBer. Elle s'approcha de Colette, caressa la crinière du vilain animal, et remarqua tout haut combien une telle monture était préférable, en ses pacifiques allures et pour son air doux et honnête, au cheval de M. Savenay. Aristide ne se sentait pas d'aise; il fit observer à son tour que la queue de Colette frétillait en signe de joie^ comme si l'intelligente béte eût compris les compliments de Louise. M. Eiquemont ajouta qu'il ne lui manquait que la parole pour s'exprimer aussi galamment que son maître^ On se quitta les meilleurs amis du monde. Le campagnard lui-même s'était singulièrement ra«douci ; il accompagna le docteur jusqu'au bout de l'allée, le complimenta sur la manière brillante dont il avait soutenu sa réputation en ce jour, parla de l'avenir de Côlestin avec intérêt, et lui laissa par ses façons franches et naturelles une entière sécurité. Mais, lorsqu'il l'eut vu disparaître au détour d'une haie, pourquoi donc se frappa<-t-il le front et revintil le long des charmilles d'un air pensif et préoo cupé?
Le retour d'Aristide à Saint-Léonard fut une véritable ovation. Tous les amis du docteur étaient rassemblés chez Adélaïde : la crainte et l'espoir agi** talent tous les cœurs ; celui d'Adélaïde était dévoré d'angoisses. On allait, on venait, de la maison an kiosque, du kiosque à la maison. Tous les regards plongeaientdanslavallée,tous les yeux interrogeaient le sentier qui devait ramener Aristide. On se parlait, on s'appelait, on s'interrogeait : — Sœur Anne, ne
%t LE DOCTBCR HBRBBÀU.
vois-tu rien venir? — Soudain un cri parti du kiosque, vola jusqu'à l'épouse d'Herbeau : un cavalier s'avançait au galop dans la plaine.
— Ce n'est pas lui! répondit l'épouse en soupirant. En effet, c'était Savenay. M. Savenay ! le nouveau
docteur 1 s'écriait-on de toutes parts. Tous les amis d'Aristide, Adélaïde elle-même , coururent sur la place des Récollets, pour voir passer le nouveau docteur. Il passa bientôt, au pas relevé de son cheval, sans laisser tomber un regard sur les curieux qui le contemplaient. On ne put s'empêcher d'admirer sa bonne mine, l'élégance de son maintien, la beauté de sa monture; Adélaïde sentit son cœur qui s'éteignait dans sa poitrine.
Enfin, longtemps après, on aperçut au flanc du coteau un vieux cheval gris, surmonté d'une tête à perruque. Cette fois, c'était bien lui ! On se répandit de nouveau sur la place, et, au bout d'une petite heure, on vit paraître successivement sur le plateau de la colline un chapeau, des ailes de pigeon, un visage épanoui, le tout glorieusement porté par Colette. En moins d'un instant, le docteur fut entouré de la foule de ses partisans.
— Ëh bienl Aristide? demanda Adélaïde avec anxiété.
— Adélaïde, répondit le docteur, votre époux s'est couvert de gloire. Mes enfants, la victoire est à nous. Riquemont nous reste. Jeannette, allez tirer de la bière.
Dans sa joie, Adélaïde pressa sur son coeur le chanfrein de Colette. On enleva le docteur, on le porta