CHAPITRE III
vendre Colette, ajouta-t- il d'un ton ferme en élevant la voix, il n'y faut pas compter; cette noble bote mourra dans mon écurie, et, tant que son maître aura du pain pour sa faim et un matelas pour son sommeil, il y aura pour Colette du foin au râtelier et de la paille pour sa litière.
— Allez, allez, s'écria madame Herbeau, laissant enfin couler à pleins bords les flots tumultueux qu'elle avait si longtemps enfermés dans son âme ; je sais bien, moi, ce qui vous arrête ! Perfide, je lis dans ton cœur; j'en connais les détours, toutes les ruses, toutes les trahisons.
— Qu'est-ce à dire? s'écria le docteur pâlissant.
— Vous le demandez I vous demandez ce que cela veut dire I Ah ! tu le sais bien, va I Mais comment as-tu pu penser un instant que j'étais ta dupe? Estce moi qu'on abuse, et n'ai-je pas l'expérience de tes perfidies?
•— Adélaïde, je vous jure... dit le docteur tremblant, éperdu.
— Ne jurez pas; je sais le charme qui vous attire à Riquemont, j'apprécie l'intérêt que vous portez à cette péronnelle qui ne sait ni vivre ni mourir. Ruses que tout cela I mensonges imaginés pour autoriser vos visites I Voilà pourquoi l'arrivée de M. Savenay vous a jeté dans un si grand trouble ; car ce n'était pas pour votre avenir que vous trembliez, mauvais époux, ni pour l'héritage de votre fils, mauvais père, mais pour vos coupables amours. Ah I puisséje un jour avoir entre les mains une preuve de ces
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basses intrigues, et je me vengerai, dût ma yengeance entraîner notre perte à tousl
Elle parla longtemps ainsi. Le docteur, dès qu*il eut compris que la jalousie d'Adélaïde ne s'appuyait que sur des conjectures^ se sentit délivré d'un grand poids, et se prit à respirer plus à l'aise : il y avait môme dans ces emportements, qui semblaient confirmer son bonheur, quelque chose qui ne lui déplaisait pas. Cette scène suivit le cours de toutes celles qui l'avaient précédée. Après les transports furieux vinrent l'attendrissement et les larmes, comme l'averse après l'orage ; le tout assaisonné de spasmes, de syncopes et d'évanouissements. Aristide avait l'habitude de ces ouragans domestiques. Il laissa gronder la tempête sans chercher à lutter contre les éléments déchaînés ; puis, lorsque les éclairs p&lirent et que la foudre baissa de ton, il se mit à rassurer Adélaïde par toute sorte de paroles insinuantes, d'autant plus éloquent cette fois, qu'il se sentait réellement coupable. Tout ce que le ciel lui avait départi de grâce dans les manières, de séduction dans l'esprit, de persuasion dans le langage, il le déploya en cette circonstance, et l'épouse infortunée revint une fois encore à la joie et à la confiance.
— Je ne vous demande, dit-elle en essuyant ses pleurs, qu'une preuve de votre sincérité. Rappelez Gélestin et suivez mes conseils, car cen'est pas lajalûusie seule qui les a inspirés. Je crois sérieusement que c'est Tunique parti qu'il nous reste à prendre.
— Qu'il soit donc fait ainsi que vous le désirez, répliqua le docteur. Je vous charge d'écrire vous-