CHAPITRE III
même à notre fils et de lui transmettre mes ordres. Préparez tout pour son retour, et que le jour qui la ramènera soit un Jour de fête et d'allégresse.
Madame Herbeau allait se jeter dans les bras de son mari, quand les hennissements de Colette, que Jeannette étrillait dans la cour, interrompirent les témoignages de cette réconciliation touchante. Aris* tide sauta précipitamment à bas du lit; le soleil entrait à pleins rayons dans la chambre.
Aussitôt levée, madame Herbeau écrivit à son fils une lettre ainsi conçue :
« MON GHBR mSt
« Des événements imprévus ont changé notre détermination à votre égard. Vous ne sauriez rester plus longtemps à Montpellier sans compromettre gravement nos intérêts et les vôtres. Votre présence est nécessaire à Saint-Léonard. Réglez donc vos affaires en toute hâte, et empressez-vous d'accourir. Nous vous attendons sous quinze jours au plus tard. Songez, mon cher fils, que, si vous ne répondiez pas à cet appel, vous encourriez la malédiction de votre mèie affectionnée. Adélaïde. )>
De son côté, pendant qu'Adélaïde écrivait ce billet et que Jeannette harnachait la jument boiteuse, le docteur, retiré dans le kiosque du jardin, écrivait à son fils une lettre ainsi conçue :
« M03^ GHBR FILS,
d Des événements tout h fait imprévue viennent de
iOO LB DOCTEUR HERBFAU.
changer la détermination que nous avions prise aujourd'hui même à votre égard. Regardez donc comme non avenue la lettre que votre vertueuse mère vient de faire jeter à la poste. En moins d'une heure, tout a pris une face nouvelle. Vous ne sauriez en cet instant venir à Saint-Léonard sans compromettre gravement les intérêts de votre famille. Votre présence est indispensable à Montpellier. N'oubliez pas, mon cher fils, que si le désir, bien naturel d'ailleurs, de revoir le berceau de votre enfance vous y ramenait contre mon attente, vous vous exposeriez à la malédiction de votre père qui vous presse tendrement sur son cœur. Aristide Herbeau. »
Ces deux lettres, à 1 adresse deCélestin, partirent le même jour.
Une fois sur Colette, le docteur disparut bientôt dans les sentiers verts du Limousin. II eût été difficile de reconnaître en lui le triomphateur de la veille. Il était soucieux et préoccupé de pensées graves. Son bonheur commençait à le gêner. La veille, il avait failli être surpris par M. Riquemont ; Adélaïde flairaitla vérité, et, pour lamettre surla trace, il suffisait d'un hasard malheureux. Que résulterait-il de tout cela ? Le docteur s'interrogeait avec inquiétude. Il se disait que la vie de ruses et de duplicité dans laquelle l'avait jeté l'amour de Louise compromettait vis-àvis de lui-même la dignité de son caractère ; il se demandait s'il n'étaitpas, comme l'avait dit Adélaïde, mauvais époux et mauvais père. Des remords sérieux l'agitaient. Il y avait des instants où, décidé à en finir