‹ Un début dans la magistrature (volume 3)Chapitre 43 sur 89 · CHAPITRE T. tS · texte numérisé non relu

CHAPITRE T. tS

M. Savenay ne put, cette fois, échapper aa dtner de M. Rîqaemont. Le châtelain traita royalement son hôte ; les vins les pins exqnis furent servis à profusion. Louise ne parut qu'au dessert Le repas achevé, OD se leva de table pour aller prendre le café sur le perron. D Élisait une soirée charmante. Le soleil se couchait tranquille dans sa gloire. Des nuages blancs et roses se jouaient dans l'azur du ciel, comme une troupe folâtre de cygnes et de flamants. Les insectes ailés bourdonnaient dans Fair du soir; les hirondelles joyeuses traçaient de grands cercles autour du château. Une vapeur transparente, pareille à une gaze d'ai^nt, flottait sur la cime des arbres, et le feuillage^ encore tout meurtri, exhalait ses plus vertes senteurs. Assise sur le perron, Louise se tenait silencieuse et recueillie. M. Riquemont aidait, en famanl, un flacon de genièvre. Silencieux comme Louise, M. Savenay était visiblement souffrant. La pâleur de son visage, qu'il avait expliquée d'abord par l'émotion de la course, était devenue livide : il s'efforçait de sourire et de faire bonne contenance; mais, par intervalles, ses traits se contractaient douloureusement, et son front se couvrait de sueur. Louise l'observait avec inquiétude.

— Jeune homme, vous ne buvez pas, disait M. Riquemont, chaque fois qu'il remplissait son verre.

— Vous souffrez. Monsieur? dît enfin madame Riquemont.

Savenay essaya de se lever, mais il chancela aussitôt, on eût dit que le soufQe de la mort venait de passer sur son visage. Louise courut k lui et remar-

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qua avec effroi que soq gi)et était taché de aang. M. Riquemont le prit dans ses bras et le porta dans la chambre qui lui avait été réservée. Louise n'osa pas Ty suivre : elle attendit avec anxiété, 4ûnnant 4^^ ordres et veillant à toute chose avec une sollicitude que rien ne saurait exprimer. Au bout d'un quart d'heure, M. Riquemont descendit. Ce n'était rien : ea luttant contre son cheval effaré, M. S^ven^y avait reçu un coup violent dans la poitrine, et c^ coup avait rouvert une blessure m^l fermée ; voilà tout.

-* Mais cela est très-grave, dit Ï^Quise. Qu'est-ce que cette blessure ?

— Louison, répondit Ai. Riquemont, je crois pour voir affirmer que c'est un Joli petit coup d'ëpée. Quelque histoire galante ! quelque aventure romanesque ! ajouta-t-il en se frottant les mains de Taie d'un homme qui se connaît à ces sortes d'affaires.

— 11 faut envoyer chercher ^. Herbeau, dit Loui&e.

— C'est inutile, répliqua M. Riquemont ; les loups ne se mangent pas entre eux. D'ailleurs, Savenay, eu homme d'esprit^ a déclaré qu'il se soignerait luimôme. \

J^ouise, accompagnée de son mari, se rendit au?

malade. Il était asse? calme et ne souffrait^

î oppression. Il voulut parler; l^i

jeune femm^rti!rtySîWBÎSMi|L^^ 8^^^® ^^^^ ^ niant, pendant que M. RiqùemoîfW^^^^^ ^* chambre en sifflant, il lui prit un^B mSP^^^* silencieusement. Louise n'avait jamais s2S.^^* mains d'autres lèvres que celles du docteur

(fflAPlTRIS y. i%9

elle se retira le cœur e^ éi^oi. I^ nuit Qu'elle passât futoioins calme encore que la précédente; turbulente, agitée, fiévreuse, e^ cepep4ant inondée d'un sentiment de bonheur qui e^ fit une nuit enchantée. L'aube recommençait, T^ube resplendissante dont nous parlions tout à Theure. Â cette enfant qui venait de vivre les deux plus belles années de sa. jeur nesse près de M. Riquemont, et qui n'avait eu jusrqu'alors d'autres distractions à ses ennuis que la galanterie de M. Herbeau, d'autres, événements dans sa vie que les visites du médecin, cette journée devait sembler tout un poëme. Ce fut un poème, en effet, qui se chanta dans ce jeune cœur. Au lieu de ol^ercher le sommeil, elle entretint avec complair sance les pensées tumultueuses qui veillaient en elle. Elle joua avec les incidents de ce jour comme elle avait fait une fois avec la chambre de Savenay. Elle les ernjbellit des rêves de son imagination, çompe elle avait paré des fleurs de son jardin les vases de la cheminée. L'arrivée de ce jeune homme, ^uplus fort de l'orage, pâle, défait, ensanglanté ; le danger qu'il avait couru, ce qu'il avait dû souffrir lorsqu'il pausajt doucement auprès d^elle; l'évanouissement sur le perron, cette blessure rouverte, ce baiser silencieu:( sur une main tremblante, tous ces détails prirent, aux yeux de Louise, une solennité poétique qui ne laissa pas un instant de repos à son esprjt. Ce coup d'épée surtout, dont avait parlé M. Riquemont, la tint durant toute la nuit dans une préoccupation étrange. Un coup d'épée dans la poitrine! Et ceU s'appejait une histoire galante, une aventure roma-

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nesquel Elle ignorait pourquoi, mais ce coupd*épée la contrariait, elle en souffrait, elle en était jalouse; et cependant, à son insu, peut-être n'était-elle pas fâchée qu'il eût reçu ce coup d*épée : M. Riquemont, lui, n'avait jamais reçu que des coups de pied de cheval. Louise ne s'endormit qu'au matin, bercéepar une voix qui chantait à son chevet. Elle rêva que M. Savenay avait été blessé pour elle, et qu'elle s'était faite sœur grise pour le soigner.

Louise dormait encore, que M. Savenay était sur pied, faible, il est vrai, mais assez fort, il le croyait du moins, pour pouvoir retourner à Saint-Léonard. Il craignait d'abuser de l'hospitalité du château. En l'entendant parler de la sorte, M. Riqueaiont entra dans une épouvantable colère et jura qu'il mettrait plutôt le feu à tous ses domaines que de laisser partir ainsi son hôte. Il était de bonne foi dans son affection pour Savenay ; d'un autre côté, il se faisait une fête de montrer au docteur Herbeau son rival installé au château.. Au reste, dans l'état de santé où se trouvait M. Savenay, il n'était guère possible qu'il retournât à la ville, soit à pied, soit à cheval ; et les sentiers abîmés par l'orage ne devaient pas, de quelques jours encore, être praticables pour la carriole qui servait de calèche au châtelain dans les grandes solennités. Louise, qu'avaient réveillée les éclats de voix de M. Riquemont, était venue prendre part à la discussion; elle se rangea timidement de l'avis de son mari.

— Qui vous presse? dit celui-ci; vos maladesn'en mourront pas. Vous avez ici bonne table et bon gite.

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