‹ Un début dans la magistrature (volume 3)Chapitre 48 sur 89 · CHAPITRE VU. 1G · texte numérisé non relu

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dont le type s'elTace chaque jour et se perdra bientôt parmi nous ; pour un de ces hommes enfin qu'on ne saurait entourer de trop d'estime ni de trop de respect. — Excusez du peu ! dit M. Riquemont remplissant son verre. Et comme médecin ?

— Gomme médecin, Monsieur, répliqua M. Savenay, le docteur Herbeau jouit d'une réputation acquise et justifiée par vingt ans de nobles travaux. Vous avez entendu ma profession de foi^ le jour où j'eus rhonneur d'être appelé par vous en consultation au château de Riquemont; cette profession de foi, je suis prêt, si vous le souhaitez, à la renouveler k cette heure.

— Ah çà ! mon petit, s'écria le châtelain d'un ton familieret goguenard, vous me la donnez belle! Nous ne sommes point ici en consultation ; gardez ce langage académique pour une occasion meilleure. Le vin est bon, rien ne nous presse ; parlons franchement et à cœur ouyert. Voulez-vous que je vous dise, moi, ce que vous pensez du docteur Herbeau? Vous pensez que c'est une vieille béte.

— J'imagine, Monsieur, que vous voulez parler de Colette, répondit froidement le jeune docteur.

M. Riquemont demeura quelque temps interdit sous le regard glacé de l'amphitryon. Il vida son verre et reprit :

— Voyons, sérieusement, entre nous, pensez-vous ce que vous dites ?

— J'ai pour habitude de penser tout ce que je dis.

— Eh bien, jeune homme, vous êtes dupe I s'écria M. Riquemont en donnant sur la table un grand coup

IB6 LE 0OCTBCR HERBBAIJ.

de poing qui fit vaciller les flacons«^Yous êtes dupe, TOUS dis-je t Savez-vous comment le docteur Herbeaa, lorsqu'il vous croyait mort, s'est exprimé hier sur I votre compte? Savez-*vous ce qu'a dit le docteur Bar-

beau? Monsieur, le savez-vous?Non, vous ne le savez s^ ^ pas,' vous ne le saurez jamais, car je n'oserais le re-

* ^ dire, je connais trop le respect que Ton doit à votre

personne. Il a dit que vous étiez une ganache.

-^ Soyez sûr, Monsieur, que le docteur Herbeau n'a pas dit cela, affirma M. Savenay avec assurance.

-^ C'est moi qui l'ai dit, répliqua M. Riquemont un peu troublé, mais pour le lui faire répéter.

— » Vous avez eu tort. Monsieur, ajouta le jeune homme en souriant. Rappelez*vous les paroles du Christ : «Vous ne tenterez pas voire Dieu.» Mais brisons là. M. Herbeau me croyait mort, il a pu me juger sévèrement. L'Egypte en faisait autant de ses rois; j'aurais mauvaise grâce à me plaindre*

«— Mais vous ne savez pas tout ce qu'a dit le vieux scélérat ! s'écria le châtelain avec rage. U s'est réjoui de votre mort;

-*• Permettez-moi de n'en rien croire.

--* Il a prétendu que vous n'étiez pas grand'cbose de bon.

— C'est tant pis pour moi.

•^ Que vous étiez un faiseur d'embarras I

— La chose est possible.

•^ Un faquin !

^^ Comme il vous plaira.

m^ Un espion de la police I

*«- Cessons, Monsieur, ces enflintillaget. Quelle que BOit ^opinion que le docteur Herbeau professe à mon égard y elle ne saurait modifier en rien celle que j -ai de son esprit, de son caractère et de son mérite.

M. Riquemont se mordit les lèvres et resta silencieux, déconoerté par ce ferme langage et par cette digne attitude.

— Jeune homme, reprit^il au bout de quelques instants, souffrez que je vous adresse une question qui pourra d'abord vous sembler indiscrète, niais qui vous prouvera le sérieux intérêt que je vous ai voué. Êtes-vous riche?

-^ Ma pauvreté ne doit rien à personne, répondit le jeune docteur.

— Vous êtes pauvre ?

— Oui.

— Et vous vouie« faire fortune ?

— Non.

— De par tous les diables I vous êtes fou, Monsieur, s'écria le châtelain avec humeur. Qu'êtes- vous^ donc venu chercher à Saint-Léonard, et quel but vous proposez-vous ici-bas, si ce n'est Targént el la fortune ? La fortune, Monsieur I vous en parlez bieii à votre aise. C'est la grande affaire de la vie, c'est la vie, la vie tout entière. Que faire en ce bas monde^ si l'on n'y fait fortune ? La fortune J Ah I vous n'en voulez pas. Je la garde ; merci !

— Voyons, Monsieur, où voulez- vous en venir? demanda M. 8avenay laissant échapper un geste d'impatience.

— A vous dire. Monsieur, que votre fortune, cette

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fortune que tous dédaignez, est entre mes mains, et qu'il dépend de yous de la voir passer dans les vôtres.

— En vérité, je ne vous comprends pas, dit M. Savenay d'un air étonné.

— Vous allez me comprendre. Étranger à Saint- Léonard, vous avez à lutter contre un homme qui, depuis vingt ans, a l'unique privilège de tuer en ce pays; on est Êiit à sa manière, et, bien que je vous croie fort habile, vous aurez de la peine à le détrôner. N'oubliez pas son fils qu'il ne va pas manquer d'appeler àson aide pour l'opposer à vos débuts. C'est un niais, il réussira ; vous êtes un garçon d'esprit^ votre succès est incertain ; toujours est-il qu'il vous faudra longtemps attendre, combattre tous les jours avec acharnement, gagner pied à pied le terrain. Eh bien, moi, je vous offre l'occasion de rafler sur-le-champ, d'un seul coup, la clientèle du père et du fils. Cela vous va-t-il ?

— De grâce, expliquez-vous, s'écria M. Savenay, qui de Tétonnement arrivait à l'ébahissement.

— Je vais m'expliquer, dit M. Riquemont.

n but un verre de rhum^ passa sa main sur ses moustaches ; puis, élevant la voix et d'un ton solennel :

— Je suis riche, moi, reprit-il. Mon bon ami, tel que vous me voyez, j'ai trente petites mille livres de rente au soleil. Ajoutez-y une influence politique qui s'étend à vingt lieues à la ronde. Je représente le parti libéral dans mon département. Les tyrans me redoutent, les vicaires tremblent à ma vue, les jésuites ont juré ma mort. Je corresponds avec le Constitutionnel.

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