CHAPITRE Vri
respectable que l'austère innocence en sa sécurité. Le lendemain, après avoir fait remettre par un serviteur cette lettre à M. Rîqueinont, Louise atten* dit la réponse avec anxiété. Elle connaissait lecarac^ tère emporté de son mari, son humeur atrabilaire, ses susceptibilités étroites. D'ailleurs, elle se sentait coupable vis-à-vis de lui, vis-à-vis d'elle-même ; aussi, pour prix de ses aveux, la mort lui aurait semblé douce. Au bout d'une heure, le pas lourd et pe<» sant de M. Riquemont se fit entendre. L'innocenté coupable recommanda son âme à Dieu et s'apprêta à mourir. M. Biquemont parut ; il tenait à la main la lettre de sa femme. Louise baissa la tête et attendit l'arrêt de son juge. Après un long silence, durant le-* quel il tint Louise palpitante sous son regard :
— Il ne manquait plus que cela ! s'écria-t-il d'uii ton ironique ; vous m'écrivez I Je vais être obligé d'établir à Riquemont une petite poste pour desservir notre correspondance ! Je suis en effet un mari si ter* rible, si redoutable !Vous allez voir (jue j'interdis à madame la liberté de la parole.
— Mon ami, dit Louise sans lever les yeux, j*aî voulu vous parler hier, et...
— Eh bien, vous en al-je empêchée? ai-je reftisé de vous entendre ? Vous avez préféré m'écrire : cela flattait vos goûts romanesques.
— Mon ami...
— Vous êtes romanesque, ne vous en défendez pas. Vous avez des prétentions au beau style, voilà long^ temps que je m'en aperçois. Avant qu'il soit peu, vous écrirez de petits chefs-d'œuvre. Puis vous pu-
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blierez vos mémoires. Voilà qui me plaît chez une femme ! Je prétends, au jour de votre fête, vous faire présent d'une bouteille d'encre et d'un paquet de plumes d'oie.
-» Mon ami, dit Louise, avez-vous lu la lettre que je vous ai adressée?
— Moi ! s'écria M. Riquemont ; halte-là ! je ne veux pas de la liberté de la presse dans mon ménage. J'attendrai, pour lire vos lettres, que vous les écriviez en vers.
Et, parlant ainsi, il mit en pièces le papier qu'il tenait à la main.
— Ainsi, Monsieur, demanda Louise, vous n'avez pas lu cette lettre ?
— Non, Madame, répliqua M. Riquemont, et je réserve le même sort à toutes celles que vous voudrez bien m'adresser. Sachez, d'ailleurs, que quoi que vous puissiez écrire et dire, vous ne changerez rien à mes décisions : ce que Riquemont veut, Dieu le veut.
A ces mots, il se retira toutfier de sa belleéquipée.
— Seigneur I s'écria la jeune femme ; puisque mon mari me repousse et m'abandonne, qui me sauvera, si ce n'est mon vieil ami^ le bon Aristide Herbeau ?
Hélas ! jeune imprudente, implorez un autre appui ! carmieux vaudraità la colombe éperduese réfugier entre les griffes d'un vautour, mieux vaudrait à la gazelle harcelée par les chiens des chasseurs s'abriter dans la gueule d'un loup affamé.
Aristide Herbeau n'est plus reconnaissable. Ne cherchez plus le bon Aristide : notre héros s'est transfiguré. Ses mouvements sont brusques, son geste est