‹ Un début dans la magistrature (volume 3)Chapitre 52 sur 89 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

prompt, sa voix impérieuse, sa parole saccadée, sa démarche belliqueuse; son regard étincelle, son front est chargé de tempêtes. Ce n'est plus le docteur Herbeau : c'est un lion rugissant , c'est un sanglier blessé. Jeannette se demande ce qu'est devenu son maître ; Adélaïde, son mari. Colette elle-même ne reconnaît plus le poids accoutumé, ses flancs frissonnent sous l'éperon, ses oreilles se dressent avec élonnement aux sifflements aigus de la cravache. Adélaïde, Jeannette et Colette ne savent qu'imaginer. Yainementrépouseinterrogel'époux ; vainement elle s'alarme du long retard de Célestin, Le docteur Herbeau n'est plus époux ni père. Il ne vit, il ne respire que pour la vengeance.

Cependant le jour de la sérénade avait été assez fatal à la maison Herbeau pour qu'il fût permis de s'en inquiéter. On sait que depuis longtemps cette maison tremblait sur sa base, et qu'il ne fallait plus qu'un grand coup de vent pour la jeter à bas. M. Riquemont avait dit vrai : il n'y avait que son patronage apparent qui la retint encore dans sa ruine et l'empêchât de crouler comme un château de cartes. On s'étonnaitavec raison que Célestin nevîntpas disputer son héritageà l'ambition du nouveau médecin. Déjà des bruits fâcheux, auxquels madame d'Olibès n'était pas étrangère, couraient dans la ville sur le jeune absent. On assurait qu'à cause de sa constitution débile et de sa timidité naturelle qu'il n'avait pu vaincre^ Célestin était à jamais perdu pour la science. On ajoutait que c'était par vanité et par orgueil que les parents retardaient son retour. Il est vrai qu'on

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préleadait d'autre part que Célestin avait réalisé glorieusement toutes les espérances de sa famille, et qu'il allait bientôt apparaître radieux, comme un jeune guerrier armé de pied en cap, pour venger rboaneur et les intérêts de son père. Malheureusement, les bruits que sème la bienveillance n'éveillent point d'échos et meurent bientôt à la peine, tandis que les autres courent, prospèrent, grossissent, grandissent, choyés, caressés, nourris par la charité publique. Au milieu de toutes cesrumeurs, éclata, comme un obus entre les jambes du docteur Herbeau, le double incident de la mort et de la résurrection du jeune docteur. Depuis quelques jours, on commençait à se moins préoccuper de M. Savenay ; cet épisode réveilla dans toutes leurs fureurs les sympathies et la curiosité qui fitisaient mine déjà de s'assQupir«

La nouvelle de la mort du jeune étranger avait remué tous les esprits, (^ous sommes obligé d*avouer que madame Herbeau ne chercha point à dissimuler!» joie qu'elle en éprouvait. Quant au docteur, bien que nous l'ayons vu tomber dans le piège de M. Riquemont, nous devons dire qu'il s'en affligea sincèrement, et qu'il alla môme jusqu'à gourmander vertement Tallégresse d'Adélaïde, il yeut à ce sujet une scène assez vive entre les deux époux. Toujours estil que, durant quatre jours. M, Savenay avait passé pour mort à Saint-Léonard. Chacun racontait la ca« tastrophe à sa manière. Les uns soutenaient qu'il avait été foudroyé sous un chêne ; les autres, que son cheyal l'avait jeté sur un tas de pierres; d'autres,

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