CHAPITRE VU
qu'il avait été emporté par une trombe. Enfin, on apprit, à n'en pouvoir douter, que son cadavre ve* nait d'être retrouvé dans la Vienne, près du moulin de Champfleuri. Le fait était attesté par M. 6rip« pard, huissier, qui le tenait du percepteur, lequel se Tétait laissé dire par un rat de cave qui le savait d'un cabaretier. Rien n'était plus sûr ni plus authentique. Quatre garçons meuniers devaient, le soir même, rapporter sur un brancard les restes mortels à la ville. Saint-Léonard s'était mis en mesure de rendre quel* ques honneurs au défunt. On avait fait creuser un grand trou dans le cimetière, et, vers les quatre heures de l'après-midi, les cloches se prirent à se lamenter. Après avoir bien dîné, Saint-Léonard se leva de table et se répandit sur la route de Champfleuri pour voir arriver le cadavre. Mais voilà bien une autre fôle I Le noyé ressuscite I Au lieu de M. Save«^ nay mort, porté sur un brancard par quatre garçons meuniers, on le vit arriver vivant, sain et sauf, à che^ val. Il fendit la foule ébahie au grand trot et ne s'arrêta qu'à sa porte, où l'attendait son enterrement. Qui fut bien désappointé? Madame Herbeau d'abord, puis les chantres de la paroisse, et un poète de Saint* Léonard qui avait composé une ode sur le trépas du jeune médecin.
On imagine aisément de quel intérêt romanesque dut se voir entouré l'étranger. On sut bientôt que, tandis qu'on le croyait flottant sur les eaux de la Vienne et péché sous les roues d'un moulin, il était installé au château de Riquemont, hébergé comme l'ami de la maison. Le lendemain, la sérénade e^ la
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visite du châtelain complétèrentrovation commencée la veille. On avait aperçu M. Riquemont jetant des pièces d'or aux musiciens; on avait vu M. Savenay, pour se dérober aux transports de la foule, déserter son logis et s'échapper à travers champs. On s'entretenait aussi des vers charmants composés par madame d'Olibès ; il en circulait déjà plusieurs copies dans la ville. Les ennemis du docteur Herbeau allaient partout, les déclamant avec emphase. On racontait que M. Savenay, dans sa reconnaissance, avait fait présent à la petite Atala d'Olibès d'un magnifique bracelet orné de rubis et d'émeraudes. On ne doutait pas qu'il n'épousât très-prochainement la directrice de la poste aux lettres, que les érudits de l'endroit, depuis qu'ils avaient lu ses vers, appelaient la moderne Sapho. Le soir du même jour, onassurait que M. Riquemopt avait jeté des billets de $00 francs par la fenêtre^ que M. Savenay avait fait cadeau d'une cassette de diamants à mademoiselle d'Olibès, et que les bans de son mariage avec la mère seraient publiés le lendemain.
, Disons-le hautement à leur gloire, dans cette circonstance^ les amis du docteur Herbeau déployèrent ime énergie et firent preuve d'un dévouement bieo rares en pareille occurrence. Comprenant que le cas était grave, ils se rendirent en corps à la maison d'Aristide. Aristide était absent. Us trouvèrent Adélaïde en proie à une violente attaque de nerfs. Le bruit de la sérénade et les nouvelles du dehors l'avaient jetée dans cet état. Elle se tordait sur son lit en poussant des cris perçants, tandis que Jeannette,