CHAPITRE VIII. ta
Ds restèrent longtemps ainsi, les yeux baissés, n'osânt se regarder Tun l'autre. Louise pensa que son vieil ami se taisait par délicatesse, dans l'attente d'une confidence qui l'autorisât à offrir l'appui de son expérience et le secours de sa sagesse. Elle fit donc effort sur elle-même, et d'une voix émue, sans lever les yeux :
— Je comprends votre silence, dit-elle enfin ; j|e sais quel sujet vous amène.
A ces mots, le docteur rougît, pâlît et se troubla.
— Oui, reprit-elle, il n'est pas besoin d'explication entre nous; épargnez-moi la honte d'un aveu désormais inutile. Écoutez... mais dites-moi d'abord si je puis compter sur vous ?
Etcomme le docteur, terrifié parce préambule, ne répondait pas :
— Dites-moi, s'écrîa-t-elle avec fermeté et cette fois le regardant en face, dites-moi si vous; m'aimez véritablement, sérieusement, courageusement : si vous m'aimez enfin I
— Pe la prudence î Louise, de la prudence ! s'écria le docteur d'une voix éperdue.
— Vous ne réponde? pas, dit-elle.
— Je vous aime, balbutia le bon Aristide; mais, malheureuse enfant, songez à tous les ménagements que nous avons à prendre et à garder.
— Soyez tranquille, poursuivit la jeune femme ; si vous m'aimez comme vous l'assurez, et comme il m'est doux de le croire, je ne crains rien, je suis sauvée. Écoutez donc : vous savez l'histoire de mon cœur; sachez ce qui se passe dans celui de M. Rique-
212 LB DOCTEUR HBRDBAU.
mont. Mon mari ne vous affectionne pas, c'est tout simple ; peut-être avez-vous remarqué qu'en ces derniers temps sa haine contre vous n*a fait que croître et redoubler. Avant-hier, après votre départ, il est entré dans ma chambre, et m'a signifié qu'il ne voulait plus de votre présence au château. Que vous dirai-je? En un mot, il exige que vous cédiez la place à votre rival, et que M. Savenay devienne mon médecin.
— Tout estperdu! s'écria le docteur Herbeau, plus blanc que la poudre de sa perruque, plus tremblant que les feuilles que le vent du soir agitait sur sa tête.
— Rien n'est perdu si vous m'aimez, dit Louise résolument. Je ne veux pas, entendez-vous bien, docteur? je ne veux pas qu'on me sépare de vous ; je n'accepterai jamais d'autres soins que les vôtres. Puisque M. Riquemont refuse de m'entendre, je saurai résister à ses aveugles exigences. Si ce n'est mon droit, c'est mon devoir ; c'est mon devoir visà-vis de lui, vis-à-vis de moi-môme, et aussi vis-àvis de vous, cher et tendre ami, qui me prodiguez depuis deux ans les trésors de votre sollicitude.
Le docteur ne comprit qu'une chose, c'est qu'il allait se trouver pris entre l'amour de Louise et hi jalousie de M. Riquemont comme entre deux plaques de fer rouge.
— Le cas est grave, mon enfant, répliqua-t-il ; M. Riquemont est votre maître, vous lui devez obéissance.
— J'aurai Dieu et mon cœur pour m'absoudre, dit