CHAPITRE VIII
veuillez d*abord relever l'échelle et la mettre contre le mur. Si vous n'étiez venu par aventure, nous courions risque de passer la nuit sur ce toit.
Aumilieu de son trouble, de sa confusion et de son effroi, le docteur Herbeau ne pouvait s'empêcher d'admirer l'aplomb, le sang-froid, la présence d'esprit de Louise. U allait même jusqu'à s'en affliger intérieurement; il reconnaissait avec tristesse cette vérité, vieille comme le monde, qu'il n'est pas d'Agnès que l'amour ne change aussitôt en Rosine.
M. Riquemont se prêta d'assez bonne grâce au désir de sa femme. Il releva l'échelle et l'appliqua contre le mur ; puis, reculant de quelques pas, il arma son fusil et se tint prêta mettre en joue, comme un chasseur dont le chien vient de tomber eu arrêt.
— Allons, Monsieur, je vous attends, dit-il en regardant le docteur Herbeau.
L'infortuné docteur pensa sérieusement que son heure suprême avait sonné et que c'en étaitfaitdelui : de grosses gouttes de sueur ruisselaient de son front; et le jabot de sa chemise, répondant aux battements de son cœur, ressemblait à un éventail agité par uoe main légère.
— J'espère, Monsieur, dit-il enân^ que vous n'avez pas Tintention de recourir à un lâche assassinat?
— De par tous les diables ! descendrez-ivous. Monsieur? s'écria le châtelain avec iœpiUie0ce«
Aristide se mit à descendre ; il n'était pas aià milieu de l'échelle, quand M. Riquemont le coucha en joue et lâcha la détente. Au bruit de l'explosion»
il 8 LE DOCTKUR HERDEAU.
Louise jeta un eri» les pigeons s'envolèrent, Colette tressaillit, toute la meute s*élan^ en aboyant, et le docteur glissa» eomme un sac, jusqu'à terre. Il ohaueela, s'appuya contre le mur et porta la main k sa poitrinOi tandis que le rustre arrachait de la gueule d'un de ses chiens le pigeon qu'il venait d'à* battre.
— Vous êtes cruel ! s'écria Louise avee obagrin. Vous savez que j'aime ces oiseaux.
— Moi aussi, je les aime... il la crapaudine, répliqua le brutal en fourrant le pigeon dans 9a poche.
Pendant que Louise descendait à son tour, il s'approcha du docteur et lui dit à voix basse i
-— Monsieur, vous allez nous suivre. Vous dlnerei avec nous, il le fkut; j'ai à vous parler. Offrez votre bras à madame...
Ces paroles firent dites d'union qui ne souffi^itpas de réplique. Us prirent tous trois le chemin du château^ Louise appuyée sur le bras du docteur, M. Riquemont en avant, Colette fermant la marche, tous les ehiens gambadant autour du cortège. Louise, bien qu'elle ne fût pas dans le secret des préoccupations da ses deux compagnons, était redevenue triste et silencieuse, car elle comprenait que ce nouvel épisode ne ferait qn'irriter l'humeur de son mari etl'enoôuragerait dans ses projets contre le doeteur. Quant kceluirci, il allait, soutenu par elle plutôt qu'il ne la soutenait, sur les pas du fkrouche Riqoemont, dont le ûisil, incliné sur Tépaule, semblait avoir au bout du canon un œil de cyolope qui le menaçait. Ils arrivèrent ainsi au logis sans avoir échangé une pa-^
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Lé dtnej^fUt médiDcremeni ^l Assise auprès du docteur, Louise ressemblait à la cOupe^ attribut d'ES* culape, qu'entoure un serpent de ses «mneaux entre-^ lacés, et dané laquelle il plonge sa tôtë symbolique. Assis en face, M. Aiquemoni les tenait tous deuit soùs son regard d-épervier.
^ 11 paraît, Mttnsieur^ dit41 au doeteur» qnd TOUS exercez la médecine k la éomine les chats font Tamoùr^ sur les toits; Le procédé est nouveau, ce xUe semble^ car je ne sache pas que ^^otre maître Hippocrate en ait jamais parlé*
M. Berbeau essaya de sourire» Louise raconta comment s'était passée la chose ; M. Eiquemont n6 répondit pas.
•^ Savez^Vous^ Monsieur^ que vous êtes superbe? reprit-il en lui versant à boirOé Je ne vûua avais jamais Yu dans uà si galant équipage* Voua avez Tair d'un croque-mort. Vous aimeÈ le noir : vous en avez le droit.'
•^ MoUsieur..! murmui^ le docteur d'un ak sup* pliant.
— Ne vous emportez pas, que diable ! Toujours vif comthe un petit salpêtre. A propos^ docteur, quel âge avez-vous ?
A cette question insidieuse^ le docteur rougit et balbutia.
-^ Papa, quel âge avez-vous? répéta Timpitoyable Riquemont.
%%ù LE DOCTBOR HERBBAU.
- Monsieur, dit enfin Aristide, au mois de juillet de l'an passé, j'ai dû compter quarante-neuf ans.
— En ce cas, Monsieur, répliqua le bourreau, comme nous sommes au mois de juillet de Tannée courante, tout bien calculé, vous avez, sauf erreur, vos petits cinquante ans. C'est un bel âge pour marier ses enfants, ajoula-t-il en versant du vin dans son verre. Il serait difficile d'ailleurs de trouver un vieillard mieux conservé que vous. Vous avouez cinquante ans, mais vous n'en portez pas soixante. La perruque vous sied à ravir. Dans quelque vingt ans d'ici, je vous demanderai l'adresse de votre coiffeur.
Et, parlant de la sorte, il passait complaisamment sa main dans son épaisse et brune crinière.
— Pas vrai, Louison, que la perruque sied bien à papa Herbeau?
— Mon ami, dit Louise, ces plaisanteries sont pour le moins de mauvais goût et n'ont pas même, dans votre bouche, le mérite de la nouveauté. Vous n'avez déjà que trop abusé de la patience de M. Herbeau, de son indulgence et de sa bonté.
— Je ne plaisante pas, mille diables! Je vous le dis sérieusement, docteur : voilà une trentaine d'années, je ne vous aurais pas confié volontiers ma femme.
Le docteur une fois encore essaya d'un pâle sourire.
— Dans votre temps, Monsieur, reprit le féroce animal, vous avez dû avoir bien des succès auprèsdu beau sexe. Vous étiez un gaillard ; je suis sûr que vous avez fait avaler & la maman Herbeau nioins