‹ Un début dans la magistrature (volume 3)Chapitre 70 sur 89 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

tranquille, je te le rendrai. Mais, ventrebleu, il fallait donc me dire qu'il était susceptible à ce point ! Pouvais-je m'en douter, moi? Je riais, je plaisantais, je folâtrais. Tu verras qu'il se sera piqué de ce que j'ai dithier soir à propos de sa perruque. Tu conviendras aussi que c'est être par trop difficile à vivre.

— Allez, dit Louise en pleurant, vous avez été abominable. Quand je songe à la façon dont vous avez reconnu l'affection eties soins que m'a prodigués cet excellent bomme, j'ai honte, je rougis pour vous et pour moi-môme. Mon pauvre vieil ami, toujours si bon, si tendre, si dévoué, un esprit si charmant, un caractère si doux, une humeur si facile I Je n'avais que lui, vous me l'avez ôté.

— Je répète que j e te le rendrai. Baptiste, mes éperons, ma cravache ! Je lui croyais un meilleur caractère. Je te promets, puisqu'il en est ainsi, de m'observer à l'avenir. Je prétends désormais faire assaut avec lui de politesse et de belles manières. On est campagnard, mais au besoin on sait son monde.

Ce disant, il avait, pour ajuster ses éperons, appuyé tour à tour ses pieds malhonnêtes sur le bras du fauteuil où sa femme était assise. Cette opération achevée, il s'élança, la cravache au poing, et partit au galop pour ne s'arrêter qu'à la porte de M. Savenay.

— Eh bien! jeune homme, vous savez la nouvelle? s*écria-t-il en se frottant les mains. Le docteur Herbeau se retire des affaires. Il donne sa démission et se fait justice lui-même. Riquemont ne pouvait vous échapper.

sas LK DOCTEUR tlKHtlEAU.

•-^ En effist, Monsieur, dit le jeune dôctettf, je viens d^apprendre par M . Hèrbèan iul-mëmelà nouvelle que vous m'apporte^. G'e^ une grande perte pdurla Bdeiioe et pour le paysi

^ AUon6 donc I alloiia donci s*âcria M. Riqu&tùoniëû faisantëifflerèia cravache. Quoi qu'il en soit, la clientèle du cbftteau vous revient de droit; à moinft que vous ne déliriez la mort de ma femme, vous ne sauriez lui rèfli^er vod soins. li s'agit de savoir» jeune homme^ ai vous voulez la mort de Louison?

-— Je eonnais meti devoirs et saurai lei remplir, répondit gravement M. Savena^i

— Ce qui veut dire?..*

— Que je m elibreerâi, Monsieur, de remplacer le docteur Herbeau auprès de madame Riqueihont.

^^ Â la bonne heure donc ! s'écria le châtelain; maii^, mille diables! ce n'aura pas été $ans peine.

Là-dessus, il s'en retourna joyeux et triompbaiiti et certes il pouvait être fler de la façon dont il avait mené cette aventure. Grâce à sa perspicacité^ grâce k son active intelligence, il avait, en moinà de vingtquatre heures, accompli toute une révolution. Il s'était vengé sans éclat et dans bruit, au delà de ses es^ pérances. Il avait» en moins d'un jour , ruiné un odieux rival dans ses prétentions et dans sa fortune, etf du môme coup, installé dans sa maison un médecin qu'il aimait et auquel il voulait du bien.

De retour aii bhâteàu, il se laissa tomber lourdement dans un feuteuil» en poudèant des Bxclamations lamentables.

CHAPtTM Vllh %$9

•^Qu'«»t^6 doQo? demanda Loala» nfae in^ quiétude.

M. Riquemoiit se tordait, «e vquIaU, et fr|t{i{M|it U^ front et ne répondait pas,

•«<- Lottîson, s^écria-Ml eqfio^. tu toijei tOQ époux au désespoir. J'en ferai une maladie. Tout ce qoej'ai pu dire a été inattle. J?ai prié, supplié: absolument comme «ipavais •chanté iLedooieuc Herbeau estia^ flexible, une barre de. far Ml a de la médecine pari? dessus la télé; et ne veutplusenfiBnârepaolerde malades. Au vaste, il est bon que tu aaobes jqîie je 41e suis pour rien dan&s^ détermt{^tii>fi. U ^Cûupé aQ|ie| à mes exysuses, en m^asauiwt que je l'avais -bîer beaucoup diverti. Il dit qu'il est dégoûté de son mis tier et q^'il a besoin de vepos, Gela ae eooi^it. Con iette a le trotdur^ etsi tu Uanai» eue pendant /vingt* cinq ans entre les Jambes, tu savais de l'avis dupapa Herbeau, tu éproui^eraisun yî! désir 4^ t'étendca dans ta bergère et d'y passer le reste d^ tas jours. .!( faut que ce brave bomme se repose. Voilé tong» temps qu'il tire à aa fin. J'ai voulu ip l'aineoeri il a pour jamais renoi^çé au mondai JL te, présente sescivilités. Nous nous sommes embsassés en udua », . quittant. Je pleurais, moi; eut, j'en, conviens, je I pleurais eomme une vieille Jbéte. On a beau àitq ,^'v fort, la nature ne perd jamais ses droits. Sur le:pa^ v de sa porte, je lui ai demandé ce qi^e nous lui devions pour deux années devisitas et de soins ; mais l^-»deir * sus le docteur Herb^u n'a rien voulu éeauter, ati ; voyant que j'insistais, il m'a feroié la pone. au nés. >

Il peut être sûr, par exemple, de reeevoir le premier

t4« Lit DOCTEUR HBftBBAU.

lièvre qui se trouvera au bout de mon fusil, et si je puis y joindre quelques cailles, quelques perdreaux, je te jure, Louison, que je le ferai de grand cœur. Un bienfait n'est jamais perdu.

— Que vais-je devenir, moi ? s'écria Louise avec épouvante.

— Ce que tu vas devenir, Louison? c'est tout simple. N'ayant pu fléchir le docteur Herbeau, je suis allé chez le docteur Savenay...

Louise tressaillit à ce nom.

— - Mais, mon ami, s'écria-t-elle, je vous ai dit que je ne pouvais, que je ne devais pas...

^ Allons-nous recommencer? interrompit M. Riquemont avec colère. Gomment, ventrebleu I je me donne un mal d'enfer pour vous trouver un médecin, je crève des chevaux, j'use le pavé de Saint-Léonard; je vais de Tunà l'autre, du docteur Herbeau au docteur Savenay ; je néglige mes poulains, et vous n'êtes pas contente ! Vous attendez peut-être que M. Chomel ou M. Gendrin vienne de Paris s'établir à Riquemont tout exprès pour soigner vos gastrites? A votre aise ! Vivez, mourez, cela vous regarde; pour moi, je ne m'en mêle plus.

Il sortit. Demeurée seule, Louise s'agenouilla au pied de son lit. La pauvre enfant ne comprenait qu'une chose à la comédie qui venait de se jouer autour d'elle, c'est qu'elle restait sans appui, sans défense, et qu'en perdant le docteur Herbeau elle perdait son dernier refuge. Elle joignit les mains, et les yeux pleins de larmes :

— Mon Dieu, secourez-moi I dit-elle.

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